‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 51 sur 210 · Cf. ci-dessous · texte numérisé non relu

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ailleurs qu'il faut chercher le repos, la sérénité, mais aussi la force même de vouloir : dans le rêve mystique de son âme, qui donne à l'individu seul la raison ou l'excuse suprême — celle de posséder l'ordre divin. Alors, à l'amertume qu'on emporte de son pessimisme et de sa propre direction des affaires, se joint la confiance d'être absous, ou l'orgueil de savoir, de vouloir mieux que quiconque. Le mysticisme exalte une aveugle violence ; et ainsi, par ses erreurs surhumaines, il rend la conviction qui justifie un vouloir inhumain î

Le mysticisme n'a point perdu, avec le Germanisme, son rôle séculaire en l'Allemagne protestante. Mais il s'est étroitement combiné à l'édifice social. Il n'offre plus seulement la retraite nécessaire et l'asile suprême, il est la force génératrice de la discipline. Dès l'origine, nous devions le constater, il voisinait avec les soucis de l'organisation pratique — dans ces consciences qui pouvaient admettre une triple attitude. Il y a gagné de ne point se séparer de la forme Etatiste, et d'être luimême le rêve d'un Etat. Avant le Romantisme, avant l'Allemagne moderne, il voudrait s'appeler une vaste communauté agissante, une humanité de l'avenir.

Cette universelle religion de rêve, uniforme attroupement des âmes, a pris réalité peu à peu, à travers la destinée pratique du protestantisme allemand. Ce songe intérieur, longtemps distinct des obligations envers l'Etat, mais lié à lui par un pacte consenti dans les consciences et maintes fois affirmé, fut rénové soudain. Ce fut le jour où lui-même, ce rêve d'avenir, prédisposé à l'association et l'Etatisme, reçut nettement une discipline. Dans la crise du XYlir siècle, l'Etat s'efforçait de retenir la

religion pour les besoins de la législation morale : Kant offrit un système de eroj-ances postulé par l'exigence « pratique », un idéal qui ne serait que discipline, mais qui le serait mystiquement : Etat uniforme pour l'universalité des hommes, néanmoins tentateur pour l'orgueil individuel de ces consciences illuminées, pour chacun des sacro-saints fonctionnaires, qui s'apparaîtront comme les pontifes du Devoir. De ce jour, l'Etat mystique était mûr pour l'action : il entrait dans l'histoire générale de l'Europe et du monde. Son rêve demeure universel. Associé à une prétention intellectuelle, une a Culture », il se nomme le Germanisme.

Rappelons encore, pour résumer, que l'occasion de la crise est intellectuelle. Alors l'Etat réagit ^s. Puis le mysticisme vient à son secours. La a science » et la religion s'incorporent à l'Etat 26. La triple orientation protestante donne une synthèse dans le Germanisme. Telle est la genèse que nous étudions.

Rationalisme, Etatisme, Mysticisme : cette triple tendance au XVIIIe siècle. — Le partage de la conscience.

Maintenant, revenons à l'expérience. jN^ous montrerons les trois termes de l'esprit protestant au XYIIP siècle, leur liaison, et leur attitude réciproque.

Le premier terme signalé était un indépendant rationalisme. Sa hardiesse confinait à l'irréligion : nous l'avons longuement exposé '^'''. La « Bibliothèque allemande universelle » passait pour pro-

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