Vollendeter Aufschluss..., op. cit., p
L ALLEMAGNE PROTESTANTE ET LE DANGER CATHOLIQUE l65
institué un pareil accoutrement monacal. Que sont, en effet, les capes que nous avons coutume de faire endosser à tous nos enfants, sinon de petits costumes de moines ? » En revanche, « les corsets sont un préservatif contre le Jésuitisme... Aussi ai-je expressément enjoint à ma femme de ne vêtir d'une cape aucun de mes enfants, mais de les habituer dès leur jeune âge aa corset sans cape. Car je tiens ceci pour le meilleur moyen contre le monachisme et le jésuitisme ». La chasse aux Jésuites, dit enfin l'humoriste, est la vraie chevalerie eiTante de ces dix années, et deviendra bientôt la risée universelle.
Lavater était compromis à cause de son langage trop semblable au « langage mj'stiqiie » des « émissaires rampants » ^^^. On l'incriminait aussi pour sa liaison notoire avec « un vénérable théologien catholique » dont il avait recommandé les écrits : ainsi s'exprime Frédéric-Henri Jacobii^^, protestant orthodoxe, qui se rit de pareilles insinuations. Il pense aussi que Stark, un autre suspect, s'est fort bien disculpé dans une très longue réponse, « convaincante presque pour tout le monde, sauf pour ses accusateurs ». « Contre un seul homme il y avait là toute une troupe, et Stark devait y laisser plus que la vie »io4... Néanmoins madame de Staël ^^^, protestante d'ailleurs, écrit avec une pompeuse assurance : « Il y avait une sorte d'anarchie douce et paisible, en fait d'opinions
102. Berlin. Monatsschr.. 5. Bd. Berlin. 17S5, Januar. 7. Beitrag zur Geschichte jetzig-er geheimer Proselytenmacherei, p. 64.
103. Friedr. Hnr. JACOBi-Werke, 2. Bd. Leipzig, bei Gerhard Fleischer d. Jung., 1815. Einige Betrachtungen ûber den frommen Betrug und liber eine Vernunft welche vicht die Verniinft ist (Zuerst im deutschen .Muséum Febr. 1788). Vorerinnerung, p. 458.
104. JacoM à Schlosser. Diisseldorf, 8 Dec. 1787. Ici, p. 462.
105. Madame de Staël, De l'Alhmagne. Paris, Charpentier, 1841. p. 24.
littéraires et métaphysiques, qui permettait à chaque homme le développement entier de sa manière de voir individuelle »... ; tandis que Lavater 1^, renseigné par son expérience personnelle, voyait en cet Eden de la libre-pensée « un esprit d'inquisition véritablement torturant » et une « pure tyrannie sur les consciences ». — La terreur du catholicisme donne aux gardiens vigilants la haine de tous les projets mystiques, ou simplement des fantaisies d'imagination. Lavater lO''' se raille — non sans quelque amertume — des clameurs accusatrices. Le (f Crypto- Jésuitisme », le catholicisme rampant de toutes parts, lui semblent quelque chimère qui trahit le malaise de l'esprit protestant. Il est bien loin de penser, d'ailleurs, que le Jésuitisme soit inactif ou éteint ; il y réprouve l'esprit d'astuce et d'intrigue, de domination. Mais de telles tentatives sont-elles particulières à l'époque ? a J'étais disposé à considérer avec un juste sourire ce bruj^ant concert, cette hypothèse qui me semblait du pur fanatisme ». Sans aucun doute — du moins Lavater voulait Tespérer — le public sensé se lasserait de pareils cris d'alarme et renverrait au silence de l'oubli ce « don-quichottisme qui tend à rendre suspects les plus honnêtes protestants aussi bien que les catholiques »... La patience était vaine. Pour bien connaître l'intolérance que manifestent les dénonciateurs, « apprenez », dit Lavater, « qu'ils apostent des espions, qu'ils détournent des lettres privées ; et que dire de cette insolence qui leur permet d'invoquer, non seulement en conversations particulières, mais publiquement, les
106. J. C. Lavater, Pechenschaft an seine Freunde, 2. Blatt. Ueber Jesuitismus und Catholicisrnus. Wahr und hlar. sanft und jest. Winterthùr. 1786, p. 58.