Id
l'étatisme, ou la discipline en face de la vérité 187
Ce n'est pas à dire que l'ortliodoxie soit moins accessible aux intérêts temporels : nous verrons que Tortliodoxe Eônnberg se fait l'apologiste d'une certaine « conscience » du fonctionnaire que les libéraux ont imaginée. Seulement, pour ceux-ci, elle tient lieu d'une croyance; pour les religieux défenseurs du dogme, elle n'y supplée qu'au besoin : il vaut mieux croire.
Les partis s'agitent, mais le principe de l'Intérêt d'Etat s'affirme et demeure.
La préoccupation de l'intérêt d'Etat n'exclura point la diversité des partis. Leurs querelles sont particulièrement vives, en cette époque de crise intellectuelle et religieuse, où l'esprit protestant se défait et se refait, s'agite et cKerclie de nouveaux espoirs.
D'abord les libéraux ont lutté contre l'ortliodoxie, l'ennemie béréditaire ; ceci était conforme à l'esprit du siècle. On réclamait l'indépendance du jugement et de la parole : tout ce qui tend à punir « de destitution ou de suspension d'avancement » l'honnête et libre examen, cela entrave la conscience, enchaîne l'esprit ; c'est un « papisme protestant » qui s'insinue en Allemagne. C'est « papiste ipso facto » , contraire au principe de la Réforme 32, — Mais à cette date de 1768, et jusqu'au cri d'alarme qui le signale à la vigilance commune, le catholicisme lui-même n'est guère suspect : voici qu'on le donne en exemple à l'orthodoxie protestante. « Dans l'état
32. Gedanhen ùber den Zustand der r>rotestantischen Kirche, imprimé en 1768, sous le titre : Ein Wort zu seii^er Zeit, von einem christlichen Juristen. Réimprimé dans la Lebensbeschreibung de A. F. W. Sack... hrsgg. von dessen Sohne, 1. Bd. Berlin, 17.S9, p. 354-355.
actuel de l'Eglise protestante, il n'y a pas lieu, de sitôt, d'attendre d'elle l'amélioration. Il faudrait plutôt l'espérer d'un tout autre côté, c'est-à-dire de l'Eglise catholique... Un très important progrès est déjà accompli. L'autorité excessive de l'évêque de Home chancelle plus que jamais, et reçoit une succession de chocs sensibles. Le monstrueux principe d'un Etat dans l'Etat est sapé, et le clergé est ramené de force aux liens salutaires de l'obéissance qu'il doit au chef de l'Etat. » On espère que le catholicisme réalisera, par une série de réformes, a des avantages que l'Eglise protestante ne possède pas » 33. — De même, la « Bibliothèque » de Xicolaï vantait en 1777 le libéralisme du clergé catholique. Soudain, le péril jésuitique est dénoncé par les libéraux de Berlin, Il ne s'agit plus d'une simple imitation des principes du papisme, mais d'une propagande précise pour les intérêts de Rome, Alors se déchaîne la campagne que l'on sait 3^.
En revanche, les orthodoxes menacés accusent les libéraux leurs accusateurs. Si Stark est suspect de catholicisme, le D'" Biester n'est-il pas convaincu de a pur déisme » ? Expliquera-t-il comment cette libre-pensée peut s'accorder avec son prétendu zèle pour son Eglise?... 35. L'orthodoxie avait pour elle quelque apparence de logique : croyez ou ne croyez pas ; mais, si vous admettez l'autorité de la Bible, suivez-la jusqu'au bout. Lavater 36 écrivait à propos