‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 83 sur 210 · Cf. ci-dessus, chap. V · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, chap. V

35. Beleuchiunq der letzten AnstrvnQung des Herrn Kessler von Sprengseysen seine verehrungswurdigcn Ohern, die Berliner, und sich seW.st vor aller Welt zu vertheidigen, von Dr. Johann August Starck. p. 173.

36. Herrn Caspar Lavaters und eines Ungenannten Urtheîle iiher Hrn. C R. Steinbarts System des reinen Christenthums mit vielen Ziisatzen von D. Joii. Sal. Semler. Halle, 1780. — Etwas iiber Herrn Consislorlalrath Steinbarts System der reinen Philosophie und Glûchseligkeitslehre des Christenthums, von H. D. L., 1779, p. 24.

l'étatisme, ou la discipline ex face de la vérité 189

de Steinbart : Je préfère être fmncliemeut déiste, et laisser le même droit à qui voudra, car des hommes sensés et honnêtes peuvent être de ce parti ; mais je déteste cette inconséquence insupportable qui porte Steinbart « simultanément à adopter l'acte authentique du christianisme et à en rejeter l'essentiel »... Mais de son côté le « libéral » Semler, qui se sent également visé, proteste contre ce qu'il appelle l'anathème de Lavater, et ces a fanatiques épouvantails » qui sont de mise, semble-t-il, à Zurich. Il trouve qu'on abuse de l'accusation de déisme ^'^. Xicolaï se défendait de même ; et Semler aussi, qui jurait très haut que ni lui ni Steinbart n'avaient jamais projeté « un changement jmhlic » du dogme de leur Eglise. Semler n'avait travaillé qu'à perfectionner la a théologie », l'érudition — si défectueuse et inexacte — mais non « l'enseignement » destiné à la foule des chrétiens. Et quant au livre de Steinbart, il ne s'annonçait expressément qu'aux lecteurs « qui pensent », il ne s'agissait pas de transformer l'enseignement public oc dans nos églises et nos écoles » : le peuple garderait ses croyances 3S... C'était précisément la forme de réaction adoptée par les « libéraux » : nous y reviendrons.

Si chacun se défend, c'est pour accuser l'adversaire. Xous avons vu que les mystiques suspects criaient à l'intolérance. On ne se ménage pas les sarcasmes. Fichte écrit que î^icolaï est un sujet rare, pour 1' « historien de la littérature et le pédagogue », comme « type parfait d'un esprit à l'envers » : il est pour eux aussi intéressant « qu'un

37. Herrn Casf.ar Lavaters und eiues Ungenannten Lrthede..., préface de Semler, 1779.

38. Préface de Semler, 1779, dans : Tlerrn Caspar Lavaters und eines Ungenannten Urtheile... op. cit. Halle, 17S0.

fou original » aux yeux du psychologue, et qu'en physiologie a un monstre rare » ^9. I"n beau jour, le Berlinois Nicolaï vient à traverser des provinces catholiques, lui qui n'avait voyagé jusque-là que de Berlin à Leipzig. Là, il voit des crucifix dans les rues, des images de saints, des amulettes, des exvoto : « il n'en avait jamais tant vu à Berlin et à Leipzig », et ne pouvait croire que l'univers ne ressemblât point à ces deux villes, a Alors, jusqu'à perdre haleine, il poussa une retentissante clameur à travers le Saint-Empire romain : Allemagne, ô Allemagne, prête Toreille : un malheur, — il y a, oh ! il y a des catholiques, là, qui sont catholiques^*^... » Hélas I peu de temps après, il eut un déboire avec sa Bibliothèque. « On voulait — ce qui, je le dis en passant, n'est que trop vrai, manifeste et clair — on voulait qu'elle fût une œuvre dangereuse pour la reUgio7i. » Xicolaï en suffoqua. Œ Cette œuvre respirait pourtant ce qu'il nommait le plus pur protestantisme î »

Mais les querelles prennent un sens inquiétant pour la liberté d'autrui, lorsque l'un des partis s'arme d'une autorité officielle. A cet égard, les a libéraux » ne sont pas les moins menaçants. Ils réagissent les premiers contre l'irréligion dont ils étaient les fauteurs ; leur système comporte une stricte obligation commandée par l'intérêt d'Etat : malheur à quiconque s'y dérobe ! Le fameux Semler, l'apologiste des « dignes hérétiques » du passé, n'a point de pitié pour les hérésies contemporaines. Suspect lui-même de « naturalisme » et de déisme,

39. Fr. Nicoiai's Leben und sonderbare Meinungen, von J. G. FiCHTE. Hrsgg. von A. W. Schlegel. 1. Ausg. Tubingen, 1801. — J. G. Fichtc's sarnrntl. Werke. Hrsgg von J. H. Fichte, 8. Bd. Berlin, 1846, p. 6-7.

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