Id., p
l'étatisme, ou la discipline ex face de la vérité 191
il n'en est que plus sévère pour les déistes inipiiidents. Balirdt, s'étant exprimé librement contre l'Eglise protestante, fut condamné par les théologiens de Halle, parmi lesquels Xôsselt et Semler, deux libéraux. Condamné par la censure, il en appela au public. On répondit en citant un passage du rescrit du l^'" juin 1772 qui confirmait le jugement : c'était l'article 10, qui prétendait respecter tout « examen convenable » de la vérité, et n'enrayer que « ce qui s'oppose à l'ordre tant moral que social » ^^. Xous reconnaissons encore une fois le principe même de la réaction des « libéraux » . — Plus tard, c'est Fichte, l'un des artisans du Gennanisme, qui semblait trop hardi à l'orthodoxie restaurée, et qui s'entendait condamner pour athéisme par un rescrit du Grand-Electeur de Saxe, adressé aux deux universités de Leipzig et de Wittenberg, le 19 novembre 1798. D'ailleurs, que cette accusation ne nous égare pas : Fichte ne refusait, en philosophie, de commencer par Texistence de Dieu, par sa connaissance pure et simple, que pour assurer la primauté des rapports moraux ^- sur toute autre donnée religieuse. Il ne supprimait pas l'usage de la croyance, il la soumettait seulement au système a pratique ». Ici il déclare d'ailleurs que a même devant les hommes d'Etat qui ne se soucient ni de religion ni de science, mais visent uniquement le maintien de la tranquillité et de l'ordre social, il
41. Cf. Erkldrung der theologischen Facultât zu Halle ûber Herni D. Karl Friedrich Bahrdt's Appellation an das Publihum wegen ciner Censurbedrùchung. Halle, in der Hemmerdeschen Buchliandlung, 1785, p. 36.
42. Appellation an das Publihum uber die durch ein Kurf. Sactis. Conflscationsrescinpt ihm beigemessenen atheistischen Aeusserunyen, i. Auflage. .Jena und Leipzig, bei Gabier; Tiibingen, in der J. G. Cotta'schen Buchhandlung, 1799. — /. G. Fichte's sàmmtliche Werhe.., op. cit . 5. Ed., p. 214.
peut défendre sa cause avec le plus haut avantage ^3. » Comme nous l'avons annoncé, le Germanisme ne dépassera l'orthodoxie que pour le bénéfice d'une foi nouvelle, conditionnée par les exigences d'une discipline ^^. Le soupçon d'athéisme, dont Fichte fut l'objet, ne doit point nous tromper sur la nature de la besogne philosophique poursuivie par le continuateur de Kant : irréligieux dans le sens commun du mot ^^, il ne renverse avec son siècle l'antique croyance que pour la soumettre au gré d'un calcul « pratique » et dans ce sens en restaurer le mirage.
Ici, voyons en son aventure un effet de cet acharnement des partis qui se dénoncent avec un égal zèle, et du reste tout en gardant le souci du bon ordre et le respect de l'Eglise officielle. De 1772 à 1798, la vigilance de l'Etat ne s'est pas démentie... Dans l'intervalle on a institué une « commission roj^ale d'examen en matière spirituelle » ; elle officia avec rigueur. Le cas du pasteur Schulz, à Giesdorf, est un exemple d'inquisition. On lui intenta une action pour ses opinions religieuses, et il dut présenter à la justice sa défense écrite ^^. On fit copier un de ses sermons par deux maîtres d'école, nommés Michaelis et Arndt; et le soin d'interroger les suspects et les paysans témoins fut commis au a grand inquisiteur Hermès : tel est le titre que lui donne le public, et qui convient parfaitement à ses fonctions » ; il était assisté de son second, Hilmer ^'^.