‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 88 sur 210 · Cf. ci-dessous, chap. IX · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessous, chap. IX

57. Nous exceptons cela va sans dire, les homines indépendants qui eurent la dangereuse audace — et la clairvoyance — de juger leur milieu. Nous en citons quelques-uns, ci-dessous. Leur opposition ne rend que plus manifeste la tendance dominante. D'ailleurs ils confirment précisément, par leurs accusations, le langage même des artisans de lEtatisme.

X'est-elle point une association pratique, où les dogmes cimentent un Etat? Il n'est besoin que de se rappeler ses origines. Ronnberg, apologiste de la réaction prussienne, invoquera l'histoire : la paix de Westphalie a remis pleins pouvoirs aux princes d'Allemagne, ce sont eux qui dirigent le peuple, en matière de croyance, selon les princips religieux une fois adoptés ; ils ont mission de maintenir conformément aux dogmes tout ce qui a trait à l'Eglise. « Dès lors la religion, qui n'était auparavant qu'une affaire de cœur », devint a affaire d'Etat », avec lassociation religieuse ^^. « Encore une fois je le répète : ce n'est pas seulement lorsqu'on la pratique en culte public, que la religion est affaire d'Etat; mais dès que l'idée religieuse d'un individu agit sur le peuple, la haute surveillance de cette action devient pour l'Etat un devoir des plus impérieux ^9. » Koppen allait même plus loin : « Une collectivité qui s'assemble en vue d'assurer la tranquillité, la sûreté, et le bien-être, s'appelle un Etat... or sans religion aucun Etat ne peut subsister ! » Quels seront, par suite, les rapports de ces deux institutions? — Dans certains pays, elles sont distinctes, et la religion a le premier rôle. Mais a dans les pays protestants il en va différemment, pour de très justes motifs. L'intérêt politique est considéré comme le principal et le plus éminent, et l'intérêt de la religion lui est subordonné » ^^.

Serait-ce donc ici, réalisée dans le présent, la fameuse alliance des prêtres et des princes, au béné-

58. D. Jak. Friedr. Ronnberg, Ueber SymboUsche Bûcher ira Bezug aufs Staatsrecht, 2. verm. Aufl., 1790. Rostock, p. 24.

60. Daniel Joachim KOppen, Das Recht der Fùrsten, die Beligiorislehrer auf ein feststehendes Symbol zu vcrpflichteii. Leipzig, bey Christian Gottlob Hilscher, 1789, p. 34-36.

l'étatisme, or la discipline en face de la vérité 197

fiée d'un gouvernement? Serait-ce la religion commandée par quelques législateurs habiles? Serait-ce FappKcation de ceîte tliéorie chère à certains historiens?

Voilà en effet que de telles idées, singulièrement familières à l'esprit pratique de l'Allemagne protestante, font surgir du passé l'argument d'une Eglise d'Etat, au moment même où le XVIIP siècle, avec des historiens, répète que les religions sont des institutions humaines au ser^-ice de quelque politique intéressée.

Xous avons exposé que le siècle sceptique se plaisait à dissocier la conscience religieuse des anciens temps, et, prêtant au passé les connaissances et la liberté d'esprit qu'il avait acquises lui-même, imaginait les a pontifes » d'autrefois comme d'avisés calculateurs, avertis de l'illusion religieuse mais adroits à l'entretenir ^^. Méprisé par la libre-pensée française comme l'image de la fourberie intéressée, le prêtre politicien — fantaisie facile pour l'irréligion moderne — trouverait-il soudain des apologistes dans les organisateurs de l'Allemagne protestante? Ici, comme en France, un certain scepticisme s'est répandu avec les études historiques ; ici de même les théoriciens de l'Histoire ont brodé sur le thème inspirateur : les religions sont l'œuvre des hommes, on les inventa pour en imposer au peuple, de tout temps. Mais la France révolutionnaire ne dénonce la conjuration des trônes et des autels que parce qu'elle veut s'affranchir ; la Prusse, au contraire, devant l'irréligion grandissante, n'admet la nécessité des croyances dans l'ordre social établi que pour les maintenir et sauver par là l'Etat chan-

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