Paris, 1727, p
28. Balthasar Bekker, Le Monde enchanté, traduit du Hollandois. Amsterdam, 1694, p. 133-134.
29. Philipp Christian Reixhard, Ahrlss einer Geschichte der Entstehung und AusMldung der religiosen Ideen. Jena, 1794, Einleitung-, p. xxi-xxn.
tradition des premiers apologistes. Ils s'inspirent toujours de ceux-ci, leurs maîtres, mais ils modifient, étendent, exagèrent. L'exagération, néanmoins, est plus sensible ou plus dangereuse, lorsqu'il s'agit des temps modernes. En 1759, l'abbé Foucber, protestant contre les dangereuses louanges décernées par l'Anglais Hyde au paganisme d'Orient, montre ici une modération digne de l'apologétique ancienne : « Est-il nécessaire de trouver un peuple qui, par le seul secours de la raison, ait eu avec les Hébreux une aussi parfaite conformité ? » ^^. Cet intéressant passage montre que Texcès fut constaté, avec le dommage que la religion pouvait subir. L'abbé Foucber nous désigne même l'adversaire que cette imprudence favorise, lorsqu'il reproche au a docte Anglais » de glorifier la sagesse d'un peuple qui n'a que « le seul secours de la raison ». On incrimine volontiers les anciens jésuites : mais l'époque est animée d'une fièvre d'audacieuse apologie qui doit prévenir et réfuter l'audacieux esprit du siècle. Le plus sûr moyen d'arraclier à l'adversaire l'arme dangereuse de la « Eaison », n'est-il pas de la revendiquer pour la bonne cause ? Mais on en voit la conséquence. L'éloge de la religion « naturelle » ou « rationnelle » s'est retourné sans peine contre le christianisme : car il semblait démontrer à merveille que les peuples pouvaient se passer de sa Révélation. Un théoricien allemand, Gottfried Less, accusant les jésuites d'avoir donné une vogue dangereuse à ce thème, s'explique ainsi : Ils ont voulu par là soutenir l'esprit de leurs missions, mais par leur imprudence ils sont aussi coupables que
30. Mémoires de l'Académie des Inscriptions..., t. XXV, 1759. — Traité historique de la religion des Perses, par M. l'abbé Foucher, Introduction, p. 105-106.
l'apologétique 'chrétienne en histoire 2l>
Voltaire. Les jésuites rapprochaient du cliristianisme la pure religion des Chinois, pour la plus grande gloire du christianisme : Voltaire fait de même, mais c'est au contraire pour le rabaisser ^^
En revanche, l'esprit laïque se pénètre, à cette école, d'une religiosité philosophique à l'égard de la « Raison » et de la « Nature ».
De la sorte, nous voyons déjà comment les apologistes se sont compromis avec l'adTcrsaire au lieu de lui faire avouer la grandeur de leur cause. Mais l'adversaire, de son côté, est lui-même compromis. La religion naturelle ou rationnelle — cet argument qui se retourne contre le christianisme — séduit l'esprit laïque. Elle lui apparaît comme un moyen terme entre la Eaison et les croyances : elle comporte cette religiosité dont la forme dogmatique est combattue, mais qu'un atavisme entretient toujours vivace. Elle semble concilier, elle oiïre le charme d'une solution élégante. Elle permet, par sa souplesse même, d'écarter au moins le dogmatisme abhorré, et de railler... sans se refuser à la douceur d'une idéaliste croyance. Xous apercevons déjà ce que le XVIIP siècle devra au christianisme, à cause de THistoire et des apologistes : une religiosité rationnelle, et le goût vaguement religieux de la « iS'ature ». Ainsi les thèmes anciens de l'apologétique se prolongent en des résultats imprévus ^'.
Nous observons en eiîet qu'à la faveur des idées chrétiennes se développe l'habitude de prêter à la Eaison — même profane ■ — une sorte de mission sacerdotale. La préface d'un ouvrage du pieux Abraham Eoger disait que les païens, réduits aux