‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 96 sur 210 · Id., p · texte numérisé non relu

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on que cette limitation fût pernicieuse en ce cas? Que dis-je ! elle est plutôt salutaire. La tranquillité personnelle, la sérénité des sujets, est par là sauvegardée ». Par cette mesure bienfaisante, l'homme « pense rarement ou ne pense jamais que son destin peut être d'autre sorte. Est-il éclairé au contraire : oh ! combien il ressent le poids de ces chaînes ! »

Frédéric-Guillaume II soutint l'orthodoxie par un édit fameux, où se retrouve le même esprit de réaction utilitaire, L' « Edit de religion » est du 9 juillet 1788. Il restaurait l'autorité chancelanle des « Livres sj-mboliques », au nom du bon ordre et de la tranquillité sociale. Jacques-Frédéric Rônnberg, professeur à Eostock, en fit bientôt une apologie véhémente. Son livre n'est qu'un essai, dit-il, mais il en appelle à l'approbation d'un Solchow ou d'un Piitter, d'un Schaubert ou d'un Runde, à d'éminents collaborateurs qui développeront un sujet de telle importance, « pour la satisfaction du besoin d'Etat, si pressant pour notre époque » ^^ : On nomme ainsi ce qui fait l'objet d' « une sage décision du gouvernement, pour l'avantage du bien public » ; aussi les « Livres symboliques » sont-ils un « besoin d'Etat ». — L'Eglise protestante est une association religieuse. Le peuple qui s'y assemble a besoin d'une règle certaine. Dès lors il faut conférer à la doctrine religieuse une ferme autorité. Tel est le rôle du Prince : car le peuple, par un contrat primordial et implicite, lui a remis ses di'oits ^5. Comment accepterait-il que la communauté, dans une telle société religieuse, soit troublée par des enseignements étrangers, et qu'on moleste les

94. D. Jakob Friedrich Rônnberg, L'ebev Symbolische Bûcher Un Bezug aufs Staatsrecht, 2. und vermelirte Auflage. Rostock, 1790, p. 2.

esprits ? ^6. La paix de Westplialie remet aux princes d'Allemagne le soin de maintenir l'observance des dogmes. La religion, dans l'association qui forme l'Eglise, est « ajfaire d'Etat » ^'^. x^insi les origines du protestantisme lui rappellent, dans cette crise moderne, les liens qui le rattachent à la politique ^^. Qu'adviendrait-il si le scepticisme, pénétrant jusqu'aux classes inférieures, ébranlait les vertus sociales, la fidélité qu'on doit au Prince ? ^9. De cette pensée naquit l'Edit de religion, publié par Frédéric-Guillaume, conformément à « Ja constitution d'Etat de V Eglise protestante d' Allemagne lo^ ». Cet acte solennel consacrait la réaction : a Bien avant de monter sur le trône, nous avons déjà reconnu », est-il dit, a la nécessité de conserver à la religion protestante, dans les pays prussiens, sa pureté primitive », et même de la restaurer, afin de contenir « le dérèglement des mœurs ^^^ ». En particulier, l'article 8 ordonne aux maîtres « de guider et d'instruire fidèlement et loyalement » la multitude.

Cet Edit du roi de Prusse n'est pas une manifestation isolée; nous avons d'autres exemples de la surveillance imposée aux opinions. En 1788, le consistoire du grand-duché de Bade, à Carlsruhe, publie un avertissement : il lui est revenu, de divers côtés, a que les membres du clergé, surtout les jeunes, s'instruisent assidûment des écrits modernes », et négligent les Livres symboliques. A l'avenir, dans les synodes, chaque prêtre, ou vicaire, ou candidat,

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