‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 97 sur 210 · Edit de Religion, cité ici par Rônnberg, p. 152 sqq · texte numérisé non relu

Edit de Religion, cité ici par Rônnberg, p. 152 sqq

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fera connaître les résultats de ses méditations ou de ses lectures; ils feront l'objet d'une délibération, suivie d'un procès-verbal. Le surintendant-général Schneider, conseiller au haut-consistoire, à Eisenach, juge ce décret « très sage, et approprié à l'état actuel de l'Eglise protestante ^^- ». — Plus anciennement, en 1T7G, un décret du grand-électeur de Saxe réagissait contre l'indépendance rationnelle du clergé ; « quelques savants de l'Eglise protestante », disait-il, ont adopté divers principes erronés, entachés de Socinianisme, et ils vont jusqu'à les répandie par des écrits publics. En conséquence, l'observance du dogme primitif fut prescrite expressément ; et l'on envoya le décret à tous les consistoires, à tous les surintendants de la Saxe électorale, ainsi qu'aux deux universités de Leipzig et de Wittemberg. — De même, le « révérend Sénat » de la ville d'Ulm avait pris un décret pour maintenir les Livides symboliques du protestantisme, parce que plusieurs théologiens et ministres de cette Eglise ne craignaient pas de s'en écarter « sur diverses voies et en des intentions multiples ». On y réprouve donc l'esprit novateur, cette manie envahissante qui « aura nécessairement le plus funeste résultat », et « déjà, cà et là », produit de pernicieux effets. Le peuple, ou bien des âmes faibles, « qui ne possèdent ni les dons ni les vues nécessaires pour l'examen de pareilles doctrines », sont inquiétés dans leur foi : un gouvernement chrétien doit veiller au maintien de la paix sociale, « dans l'Eglise comme dans l'Etat 103 j>.

102. Ahteti, Urkunden und Nachrichten zur neuen KirchengeschicJi.te, i. Ed., 2. Stûck, Nr. 111, p. 1S2. Edité à Weimar par Christian Willielm SCH^'EIDER.

103. Cf. le Dehret des Magistrats der Kaiserl. freien Reichsstadt Ulm die einschleichende neiie Relioionslehren hetieffend; vom 14. Nov. 1787. — Cf. ci-dessus l'ouvrage de Schneider, p. 293 sqq.

lionnberg, se remémorant ces témoignages d'une vigilance attentive de toutes parts au bon ordre social, approuve le souverain qui vient d'y joindre sa puissante parole en une époque troublée. L'Edit ne répondait-il pas à un « besoin d'Etat », généralement ressenti? — « Considéré sans prévention ni partialité, du point de vue qui convient », écrit un autre apologiste ^^^, « c'est une manifestation à laquelle on devait aspirer depuis longtemps, pour mille motifs, et qui par suite doit nous être extrêmement agréable ». — Lui-même, le commentaire de Kônnberg sur l'Edit de religion fit grand bruit en Allemagne ^^^. Il fut recommandé, prescrit à tous les membres du clergé prussien, comme une norme précieuse.

Rappelons encore que Frédéric II, le « roi philosophe », conçut les nécessités pratiques du gouvernement avec le même réalisme que son successeur, le mystique Frédéric-Guillaume. En Prusse, la diversité des partis n'empêche point que tous poursuivent, avec une égale discipline, la satisfaction des intérêts d'Etat. Les idées font illusion et s'agitent, en quelque monde de théorie ou de rêve ; nous pouvons nous rappeler alors, avertis par l'Histoire, les débuts de l'Etatisme au XYIIP siècle dans la crise des croyances, et ce partage de la conscience protestante entre les espoirs, les vérités, et l'inéluctable « Besoin ». — Un « apologiste » i^e de l'édit de religion rendait justice — en ce sens — au défunt roi. Un système religieux eût-il été mauvais prati-

104. Press frciheit, Satire, Beligionscdlkt. Arifhldrung. Berlin, 17^9, bei Petit urid Schone unter der Stechbahne, p. 36.

105. Cf. Carl Fr. Bahrdt, Prûfung der Schrift des Hofraths Bùunbera iiher syrnbolische Bûcher in Beziehung aufs Staatsrecht. In Briefen. Halle, 1791, p. 2.

106. Apologie des Kovdgl Preussischen Beli.gions-Edicts. Frankf. am Mayn, in der Hermannischen Buchhandlung, 1788, p. 129.

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quement, Frédéric ne l'aurait pas toléré, « lui qui — si peu qu'il crût lui-même — savait pourtant bien ce qui était dangereux, préjudiciable à l'Etat, et ce qui gâtait le caractère du peuple... » Ainsi s'exprime un réactionnaire, qui trouve en Frédéric II un ancêtre de la politique nouvelle. Et de son côté un adversaire de la réaction, Bahrdt, propose l'exemple du même roi, qui sut demeurer — quoique irréligieux — prudemment conservateur par souci de la discipline ^^.

En fait, l'édit de 1788 s'inspire d'un principe d'Etatisme que nous connaissons bien, et les orthodoxes ses défenseurs ont pris le langage des anciens libéraux. — D'abord, les deux motifs essentiels ont agi. A la dissociation du dogme, avons-nous dit ^^^, se rattacbait un second péril. L'affaiblissement du protestantisme ranimait le désir d'une religion plus sentimentale que raisonneuse, plus religieuse en somme, et perpétuelle comme un asile au-dessus des temps agités. La foi catholique devenait l'Eden tentateur, pour les mystiques en quête d'une certitude apaisante. Dès lors, encore une fois, danger pour l'Etat protestant î Des « libéraux » le signalaient de leurs clameurs : pour la défense des intérêts menacés, ils s'instituaient eux-mêmes les « gardiens de Sion ». Bahrdt imagine, dans une « Comédie » ^^^, que Xicolaï vient demander au « pasteur Blumenthal » qu'on introduise sa Bibliothèque allé viande universelle dans les églises et les écoles. Blumenthal lui rend justice : car sa Bibliothèque s'est amendée, pour la partie théologique ; maintenant, « elle res-

107. K. Fr. BAHRDT, Das Eeligionsediht. Ein Lustspiel. Eine Skizze. Thenakel, 1789, p. 15.

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