‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 99 sur 210 · Cf. ci-dessus, chap. V · texte numérisé non relu

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l'étatisme, ou la discipline en face de la vérité 2 17

inquiétait les a gardiens de Sion ». A l'intérieur, le caucliemar d'une révolution ; — ou bien, l'armée de Rome aux portes d'Allemagne. « Irréligion et superstition », disait-on dans l'Eglise protestante, étaient les deux dangers du siècle : ils avaient arrêté les libéraux. Or l'Etatisme qui restaure l'Eglise protestante évoque cette double hantise : l'édit de Frédéric-Guillaume dénonce « l'irréligion de même que la superstition », comme les fléaux de l'époque. Enfin, le système improvisé naguère par les librespenseurs proposait un partage des consciences. Or l'Edit de religion n'exige des opinions qu'une discipline extérieure : et pour le reste il revendique cette « tolérance qui est une tradition particulière aux Etats prussiens » i^^. Le prêtre est tenu à un dogme par « ses fonctions, son devoir », et parce qu'il a reçu son poste à cette condition. « S'il enseigne autre chose, il est passible d'une peine, déjà d'après les lois civiles, et à vrai dire il ne peut conserver son poste plus longtemps » . Certes, « nous accordons volontiers aux membres du clergé dans nos pays la même liberté de conscience qu'au reste de nos sujets, et sommes bien éloignés d'imposer la moindre contrainte à leur conviction intérieure ». vSeulement il en va de même pour tout ecclésiastique que pour les juges à qui l'Etat ne saurait permettre « de raffiner sur le contenu des lois » et de les modifier à leur fantaisie. Les opinions dissidentes, en matière reli-

113. a propos de la « Tolérance ». citons un autre passage de la « comédie » de Bahrdt. Il attribue la rédaction de l'édit au pasteur Blumenthal, et nous montre celui-ci dans les tourments de la compcsition. Hélas ! un nouvel édit pour le ministre Wôllner, le » frère Wollner » ! Grand est son souci. Il s'agit de restaurer « la pure doctrine » et de réfréner les propagateurs de « lumières » ; « néanmoins il faut s'exprimer de manière à conserver le semblant de la Tolérance. - (Cf. Bahrdt. Das Religions-Edikt, op. cit., p. 8-9.)

gieuse, ne sont libres qu'à condition que le « bon citoyen de l'Etat » les « garde pour lui », et « s'abstienne soigneusement de les répandre ou d'en persuader auti-ui » (cf. article 2). Et Ronnberg, le fameux apologiste de l'édit, rappelle que la religion, dans une association ecclésiastique, est a aiïaire d'Etat » : donc, sitôt que les opinions d'un liomme agissent « sur le peuple », il est urgent que l'autorité les surveille i^^. — Un autre apologiste « impartial », un fonctionnaire, s'exprimait ainsi : « En vertu de ma charge, je dois sui^veiller d'un œil attentif l'obsei'vation des lois du pays » ^^^ ; or, lorsqu'un système de croyance est accepté pour juste dans un Etat, le souverain — si les « éducateui^s religieux » dérogent à ce système — « ne peut-il pas ordonner par des lois que l'application soit faite? » Le principe reparait : « Xon, mon ami, la loi ne commande pas : tu dois croire au Symbole par lequel tu as juré ; tu dois seulement t'abstenir de présenter au peuple tes opinions qui s'y opposent i^*^... » — Koppen, rappelant le double péril qui hante l'Etat protestant, dénonce la libre-pensée séduisante, qui ménage les voies à « une nouvelle hiérarchie », à un prosélytisme tacite et puissant. Et quelle est alors la forme d'objurgation qu'il adresse à ses frères? « O protestants... si vous ne voulez pas pratiquer votre religion, du moins consei-vez votre confession ^i''... » Les opinions privées, ce qui se passe « pour soi seul, ou en secret », tout cela est libre et doit rester libre.

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