‹ Du climat de l'ÉgypteChapitre 21 sur 77 · LE CAIRE · texte numérisé non relu

LE CAIRE

Au sommet du Delta, à environ cinq lieues et demie au sud de sa bifurcation en deux branches, le Nil franchit la plaine qui sépare la pointe septentrionale du Mokattam de la région des hautes Pyramides de Ghiseh , laissant sur sa droite l'ancienne capitale des califes, El-Kahireh, dont les

Occidentaux ont fait le Caire, appelé Masr par les Orientaux. Cette ville, adossée contre le dernier mamelon de la chaîne Arabique, domine du haut de sa moderne citadelle, à l'envi des superbes monuments pharaoniques de l'autre rive, toute cette riche plaine du Delta, qui se perd au loin, vers la Méditerranée. Sa position exacte, calculée par les savants membres de l'ancien Institut d'Egypte, est par 3o°2'2i" de latitude nord, et par 28°58'3o" de longitude est de Paris. Sa hauteur au-dessus du niveau de la mer, en partant des plus hautes eaux du Nil, serait, suivant l'honorable M. Jomard- Bey, de i8'",6G, et sa' plus courte distance de la rive droite du fleuve est d'environ 800 mètres.

Bâtie sur les alluvions du fleuve, cette ville s'étend surtout vers le nord-ouest, fuyant le désert et se rapprochant de plus en plus des rives du Nil. Dans son origine, qui remonte aux premières années de l'hégire, elle était limitée dans Fostat, aujourd'hui le vieux Caire, bâti sous les Ommeyades ; beaucoup de sa splendeur actuelle et de ses agrandissements sont dus à Selahh-Eddin, qui aussi éleva sa citadelle. Au temps de l'expédition française, la capitale de l'Egypte, avec ses deux ports, Boulaque et le vieux Caire, offrait une superficie de 883 hect. 8, et avait plus de 24,000 mètres de circonférence; elle dépasserait en grandeur, suivant les calculs de M. Jomard-Bey, toutes les villes de l'Europe, à l'exception de Londres et de Paris. Depuis soixante ans elle s'est réellement agrandie vers le couchant, en élevant de nombreuses campagnes dans la direction de Choubra, quoique sa population n'ait probablement pas augmenté depuis lors; on estime que cette grande ville, avec ses faubourgs, ne renferme pas plus de 260,000 âmes.

De grands et beaux jardins entourent les quartiers occidentaux, ainsi que ceux du Nord ; et, si l'on n'y trouve pas de bosquets, de gazons et des allées bien plantées, comme nous avons l'habitude de les voir chez les peuples civilisés, on y peut contempler du moins une luxuriante végétation, des massifs d'orangers et de citronniers, l'acacia-lebbek, le sycomore, le myrte, le bananier, avec ses gigantesques feuilles, le dattier élancé, qui domine le grenadier et tous les autres arbres qui croissent spontanément en Egypte.

Parmi les monuments les plus remarquables de cette ville, il faut placer ces mosquées abandonnées, qu'on connaît sous le nom de tombeaux des califes, et qui limitent la cité vers le désert de Suez; la plus ancienne de la ville est la grande mosquée de Touloun, dans le quartier le plus vieux également; elle est aujourd'hui à peu près en ruine. Les plus belles et les plus célèbres sont à présent celles de Soultan- Hassan et d'El-Azhar, à laquelle est attachée la grande école des Ulémas qui y enseignent la grammaire, la rhétorique, la théologie, les traditions du Prophète, les lois religieuses, morales, civiles et criminelles, basées sur les traditions et le Koran ; l'interprétation de ce livre domine d'ailleurs tous les autres enseignements. Autrefois , grâce aux immenses ressources de cette mosquée, les étudiants, dont le chiffre s'élevait quelquefois à 2,000, étaient logés et nourris par le cheik de la mosquée ; mais, le pacha lui ayant enlevé ses biens fonciers et ayant réduit considérablement ses revenus, c'est à peine si elle peut aujourd'hui donner du pain aux quelques centaines d'aveugles en faveur desquels a été instituée cependant cette pieuse fondation. Il est des biens de ces malheureux, comme de ceux des orphelins, qui ont été dissipés dans

ces dernières années. Heureusement que le généreux peuple de l'Egypte répare, par une charitable abnégation, les spoliations qu'il est obligé de subir. Cet enseignement libre des mosquées, le seul qui existe encore en Egypte, est donné gratuitement et spontanément par l'homme du peuple qui, souvent, est un aveugle constamment contraint lui-même, pour subvenir à ses premiers besoins, à réciter les versets du Koran sur la place publique ou au sein des familles.

Le Caire, El-Kahireh, la Victorieuse, forme un centre de commerce où aboutissent les échanges des populations de l'Afrique occidentale, de l'Arabie, de la Perse; c'est un lieu de négoce, d'affaires, où, comme d'ailleurs dans toute l'Egypte, l'on ne songe qu'à amasser vite et beaucoup, n'importe comment. Les Européens y marchent à l'unisson avec les Turcs. Le peuple égyptien est exploité par les spéculateurs les plus éhontés.

Le Caire est, après Constantinople, la première ville du mahométisme. Ses mosquées nombreuses, flanquées de si gracieux minarets, lui donnent un cachet oriental tout particulier ; ses rues étroites et tortueuses, encombrées par une population qui habite moins l'intérieur de ses demeures que le seuil des portes, ou le devant des boutiques basses, étroites, humides et misérables, quoique souvent encombrées de marchandises précieuses et recherchées; ses bazars riches, à la vérité moins élégants et bien moins vastes que ceux du vieux Stamboul; ses quartiers distincts, séparés souvent en autant de corporations; ses places, dont la plus spacieuse est l'Esbekyéh ; ses promenades et sa proximité des rives du fleuve font du Caire un séjour où l'on peut passer plusieurs mois à voir, à visiter, à examiner et quelquefois aussi à admirer.

Le Caire, autrefois une ville savante, était renommée pour le beau type, les impressions soignées et les publications correctes des livres arabes qui s'y publiaient; mais, aujourd'hui, on y chercherait vainement quelque production qui put témoigner d'un esprit de science pure et élevée. Nous avons même vu, il y a peu de mois, disparaître les dernières traces qui subsistaient encore de l'imprimerie de Boulaque.

I^s documents que nous possédons sur le climat du Caire sont plus variés et aussi plus nombreux que ceux des autres points de l'Egypte. Nous ne rappellerons qu'en passant ceux qui sont antérieurs à l'expédition française, car ils nous offrent peu de garantie d'une précision rigoureuse. Mais, à côté des observations des savants de la Commission française, nous grouperons les faits que nous ont laissés Niebuhr , M. Destouches, M. V'erdot, et, plus récemment , M. Pruner- Bey, qui a écrit une bonne topographie du Caire.

A. Température de l'air.

Nous sommes frappé de voir des auteurs sérieux, comme M. Pruner-Bey, traiter de la climatologie du Caire, en se contentant de produire simplement quelques mois d'observations recueillies, il y a juste cent ans, quand, plus près de nous, nous rencontrons des faits dont la valeur est garantie par une commission de savants et dont l'exactitude est reconnue solennellement par l'Institut d'Egypte. Nous tâcherons de ne pas encourir le reproche de partialité que ce médecin allemand s'est attiré, et nous profiterons de tous les documents qui nous paraîtront authentiques, qu'ils soient fournis par des auteurs français ou par des étrangers ; c'est

de cette façon que nous pourrons chercher à contrôler et à compléter les uns par les autres.

Si nous ne croyons pas devoir accepter cette opinion, assez généralement répandue, que l'état de l'atmosphère commence à devenir plus fixe au Caire, et que, dans la haute Egypte, il est presque constant; nous ne pensons pas moins cependant qu'aux mêmes phénomènes, se reproduisant chaque année, doivent succéder les mêmes effets, et que, par conséquent, il est permis d'admettre que les résultats d'une année diffèrent peu de ceux d'une longue série d'observations.

Les trois années d'observations recueillies au Caire, depuis 1799 jusqu'à 1801, par Coutelle et Nouet, peuvent se résumer dans les tableaux suivants (1) :

(1) Nous avons relevé ces tableaux du Journal d'observations que ces savants nous ont transmis ; nous avons seulement converti les degrés du thermomètre Réaumur en degrés centésimaux. Voir Description de /'Egypte. t. XIX, XX et XXI.

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