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D'après le relevé de ces tableaux, la moyenne annuelle de la température du Caire était de 22° 07, il y a soixante ans; et, en comparant à ces résultats ceux obtenus par M. Destouches (1), pendant les cinq années, de i835 à 1839, qui lui ont fourni pour moyenne annuelle 22°4o; on voit que la température n'a guère changé dans cet espace de temps, qui comprend plus d'un demi-siècle. Si, remontant plus haut encore, nous rapprochons de ces données les observations, quoique plus incomplètes encore, que Niebuhr a faites, pendant dix mois de l'année seulement, comme il ressort du tableau suivant :
Tabl. IX. — Observations de Niebubr de novembre 1761 jusqu'en août 1762.
MOIS
MOYENNES des mois.
MOYENNES
des maxima.
MOYENNES des minima.
Mai
MOYENNES
(1) Aperçu général de l'Egypte, par Clot-Bey, t. I", page 25.
Nous voyons que sa moyenne (21 ° 56) diffère peu de celles obtenues un demi et même un siècle plus tard, vu que les deux mois de septembre et d'octobre, qui manquent dans l'année de Niebuhr, ont une température moyenne supérieure à celle de l'année, et que la différence provenant de ces deux mois suffirait pour parfaire les 220 que nous fournissent les observations plus récentes.
Les températures extrêmes notées par les savants de la Commission française sont comprises entre 4o°,87, qui est la plus grande chaleur signalée au Caire, et cela le 28 mai 1799, et entre 4%4° la température la plus basse observée le i3 février de la même année. De là une différence de 36°, 47 , dans l'espace de peu de mois. Cette différence peut même devenir plus grande encore, elle peut aller jusqu'à 38 et même 4o°; et M. Jomard-Bey, qui a subi l'influence du froid au Caire, pendant les années de l'occupation française, y a vu le thermomètre descendre à 20, et se former du givre et de la glace.
Les oscillations entre les moyennes mensuelles, quoique moins considérables, sont cependant encore très-prononcées. Ainsi le mois le plus chaud, suivant tous ces observateurs, est souvent le mois d'août, qui a pour moyenne, d'après Niebuhr, 3o°,77; d'après Nouet, 32°, 79; d'après Destouches, 29°,54; mais souvent aussi la plus forte moyenne correspond au mois de juillet; ainsi, pour l'année d'observations de Coutelle, ce mois a 3o°,35, pour température moyenne, et c'est le maximum de l'année; pour Destouches, la moyenne de juillet, calculée pour ses cinq années d'observations, est absolument la même que celle du mois d'août. Ce sont donc là les deux mois les plus chauds de l'année ; ceux qui ont la température moyenne la plus basse, ce sont les mois de jan-
vier et de février ; et Niebuhr, il y a un siècle, a trouvé pour l'un i3°,3q, pour l'autre i4°,35; Coutelle, i3°,5o et i3°,g5; Nouet, i3°,02 et i3°,95; Destouches, i3°,36 et i5°,34- Le mois qui se rapproche le plus de la température moyenne annuelle, c'est celui d'avril, puis aussi celui d'octobre, d'après tous ces observateurs.
Ce qu'il importe surtout aux médecins de connaître, c'est, d'une part, le degré de chaleur, pendant les mois d'hiver, et, d'autre part, les variations (pie l'organisme animal doit subir. La moyenne des mois d'hiver, pour Coutelle, est de i5°,3o,; pour Nouet, i4°,5i; pour Destouches, i5°,45, et, pour Niebuhr, également i5°,45. Mais la santé de l'homme ne s'accommode guère avec des moyennes, et M. Jomard- Bey a pu dire , avec raison , que « la température moyenne du Caire est très-élevée; néanmoins j'y ai essuyé des froids assez vifs. » Entre les moyennes des maxima et celles des minima des mois d'hiver, la différence est rarement inférieure à 10 degrés; mais celle qui sépare les températures extrêmes de ces mois s'élève à i5, 18, 20 et même 22% et c'est à ces variations considérables qu'est due la sensation de froid pénible que les Européens éprouvent, pendant l'hiver, au Caire. Les savants de l'expédition française ont déjà rappelé combien on souffre du froid dans cette ville, quand le thermomètre descend jusques à quelques degrés au-dessus de zéro, bien plus qu'en Europe, dans la zone tempérée, alors que la colonne thermométrique est à plusieurs degrés au-dessous de zéro. Nous ne voulons pas comparer, certes, le froid de l'Europe avec celui de l'Egypte ; mais il est d'observation unanime que, quand on subit au Caire, en moins de dix heures, des variations de température allant
de 19 ou de 200 à 7, 6, 5 et même 4° au-dessus de zéro, l'impression du froid est beaucoup plus considérable qu'en Europe, où le thermomètre descendrait de 8 ou de i o° au-dessus de zéro jusqu'à 4 ou 5° au-dessous; la sensation, dans ces cas, dépend absolument des contrastes.
Il existe entre les variations diurnes des différences qui s'élèvent, pendant l'hiver, à 4, 5, 7 et même à 90 entre l'observation du matin et celle de deux heures; ainsi, au lever du soleil, le thermomètre descend parfois, en janvier et en février, jusqu'à 3 et même jusqu'à 20, surtout quand on approche de la lisière du désert, tandis que, vers le milieu du jour, la colonne thermométrique atteint 19, 20 et même 24°. Il n'est donc pas étonnant que la sensation de froid qu'on éprouve les soirs, et surtout les matins, soit plus pénible au Caire que dans la basse Egypte, et la suite prouvera que ce contraste est encore plus sensible dans la Thébaide et sur le haut Nil.
Les mois pendant lesquels les oscillations diurnes sont le moins prononcées , ce sont ceux de l'automne ; les différences ne dépassent pas alors , en général , 70. Les plus fortes oscillations tombent évidemment dans les mois de printemps, comme dans le Delta, alors que surviennent les vents du sud. Ainsi le Caire a une température beaucoup plus élevée qu'Alexandrie, pendant les mois chauds, et, pendant l'hiver, le thermomètre y descend également plus bas ; ces amplitudes d'oscillations font du climat du Caire un climat chaud, mais variable, plus que celui d'Alexandrie; elles en font un climat continental, tandis que ce dernier tend à s'approcher des climats maritimes.
B. Pression atmosphérique.
Quant aux observations barométriques faites au Caire, non-seulement elles sont assez bornées , mais encore elles offrent cette grande difficulté qu'elles laissent le plus souvent ignorer le genre de l'instrument qui les a fournies; ce n'est donc que sous toute réserve que nous invoquons les résultats autres que ceux de la Commission de l'expédition française. Celles de Russegger, qui forment en tout trente-neuf observations recueillies en hiver, ne sauraient suffire à une base sérieuse des moyennes mensuelles et annuelles. Quant à celles de Destouches, nous n'en possédons pas le journal, mais seulement des moyennes que nous empruntons au livre de M. Clot-Bey sur l'Egypte.
Après avoir relevé, dans le journal de Coutelle, les observations barométriques qu'il a pu faire en Egypte, nous trouvons une année complète, sauf le mois de février. Nous avons eu soin, pour faciliter nos rapprochements, de convertir en fractions décimales du mètre les données représentées en pouces. Puis, après avoir comparé entre eux les maxima et les minima, et après en avoir tiré les moyennes et les différences, nous avons dressé le tableau suivant :
Tabl. X. — Observations barométriques faites par Coutelle , en il 99 et iSOi, au Caire.