‹ Du climat de l'ÉgypteChapitre 49 sur 77 · PS · texte numérisé non relu

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Pour apprécier l'influence de la pluie sur le climat, il y a à considérer, d'une part, le temps qu'elle met à tomber, qui est bien différent dans la zone tempérée et dans les régions chaudes, et, d'autre part, la quantité d'eau qui tombe. Ces deux termes sont évidemment dans un rapport inverse. C'est ainsi que, dans les stations les plus septentrionales, à Venise, à Nice, à Hyères et à Pau, la sérénité du ciel et la durée du beau temps diffèrent considérablement ; elles l'emportent de beaucoup dans la ville d'Hyères qui, terme moyen, ne présente dans l'année que quarante jours de pluie. D'après les calculs de M. Barth, tirés des observations de M. Honnoraty se l'apportant à quatre années, le nombre des jours de pluie, pendant l'hiver, n'a été que de sept. Cependant, comme le fait remarquer notre savant maître, ces résultats, empruntés à des observations étrangères, ne seraient pas l'expression rigoureuse de la vérité, parce que M. Honnoraty ne notait l'état du ciel que vers l'heure de midi. Toutefois la station d'Hyères, qui mérite notre préférence, comme séjour d'hiver, par les conditions favorables qu'y présentent les autres éléments de son climat, domine les localités que nous venons de citer, non-seulement par le petit nombre de jours pluvieux qu'on y supporte, mais encore par la quantité bien moindre de pluie qui y tombe. Ainsi que le fait remarquer M. Barth, les pluies sont surtout abondantes en automne dans cette ville, et dès lors leur proportion est moindre en hiver, en même temps qu'elles influent moins sur les autres conditions météorologiques. M. Carrière lui-même est obligé de convenir que les pluies d'automne donnent de si féconds résultats, en peu de temps, à Hyères, qu'elles permettent la succession des belles journées pendant l'hiver.

De ces quatre stations, Nice est celle qui donne la plus forte proportion de pluie; celle-ci est sensiblement supérieure à la quantité d'eau qui tombe à Pau et à Venise, elle est fournie par un nombre de jours presque double de celui d'Hyères. D'après les observations de M. Teyssière, le maximum des jours de pluie, à Nice, a été de io3, en i853, et le minimum de 5o, en 1 854 5 et, suivant les données mêmes de M. Roubaudi, qui n'est pas peu enthousiaste pour le climat de Nice, la quantité de pluie qui tombe annuellement dans cette localité peut encore s'élever à im, 217, ce qui n'est pas très-éloigné du résultat moyen que Schouw obtient pour une durée de vingt années. Si la moyenne de ce dernier observateur paraît un peu forte, les données du médecin niçois n'ont pas moins besoin d'être confirmées. Ne savons-nous pas déjà, par Fodéré, combien les vents d'O. et tous ceux qui soufflent du continent, sans dissiper les nuages, amènent dans le bassin de Nice de vapeurs qui se résolvent en pluies abondantes? M. Roubaudi note, plus particulièrement, les averses qui tombent dans cette localité aux équinoxes ; c'est ainsi qu'il peut tomber, en vingt-quatre heures, jusqu'à i35mm d'eau, et que la pluie est parfois si abondante et si forte qu'en moins de dix minutes il tombe parfois i4mm d'eau. Ces averses rappellent évidemment les grandes pluies d'automne que nous aurons à signaler à Rome et à Naples. La plus forte proportion d'eau, d'après ces mêmes observateurs, tombe pendant les mois d'hiver; et M. Roubaudi signale surtout la saison froide, comprise entre 1837 et i838, comme ayant été très-pluvieuse, puisqu'il est tombé, en cinquante jours, 4o6mm d'eau. Nous ne pouvons trop concilier, avec de pareils faits, ceux que résume ce médecin d'après dix années d'observations, et qui

lui font admettre, en moyenne, les proportions de pluie suivantes : 'X'i centimètres en automne, i5 en hiver, i(5 au printemps et 17 en été. D'après cela, il semblerait que les plus fortes pluies arrivent en automne et les plus faibles en hiver. En vérité, il est bien singulier que nous ayons des documents si peu sérieux et si peu dignes de foi sur une station aussi vantée et aussi recherchée !

Pau offre la plus grande proportion de jours pluvieux, parmi toutes les stations hibernales recommandées, et la quantité de pluie qui y tombe est presque égale à celle de Nice. Il y pleut cependant rarement plus de deux jours de suite; et, comme le fait observer Clark, la nature absorbante de son sol et le prompt retour du soleil font que la terre se sèche rapidement; toutefois l'hiver est assez pluvieux, et il tombe aussi de la neige ; mais les brouillards y sont trèsrares, tout comme les vents, qui sont si violents dans le bassin voisin de Nice. La neige, d'ailleurs, n'a pas manqué une seule fois dans cette dernière localité, pendant les douze années les plus rapprochés de nous ; M. Teyssière l'a observée déjà en octobre et en novembre, tout comme dans les mois d'hiver. D'après ses documents, il y neigerait, en moyenne, deux ou trois fois par an. Mais, à Hyères, suivant les recherches de notre savant maître, M. le professeur Barth, la neige n'apparaît guère qu'une fois sur trois ans, et encore est-elle en petite quantité et d'une courte durée. Pendant l'hiver si rigoureux de 182g, elle y est restée pendant deux jours; c'est la plus grande durée signalée jusqu'ici dans cette station. A Nice, elle reste quelquefois cinq à six jours sur la terre ; la neige est plus commune encore à Venise.

Dans les deux, villes de Rome et de Naples, ni la pluie, ni

la neige ne sont des phénomènes rares ; le nombre de jours pluvieux et la quantité d'eau qui tombe dans l'année sont plus considérables dans la première que dans la seconde localité. C'est précisément au commencement de l'hiver qu'on voit tomber à Naples ces averses torrentielles qui souvent ne vous permettent pas de sortir pendant plusieurs jours de suite. Les orages ne sont pas plus rares que la pluie dans cette ville, dont le ciel pur a cependant été tant célébré par les poètes; même, d'après M. Carrière, les beaux jours ne formeraient que le quart ou le cinquième du nombre total des jours de l'année. C'est surtout le nuageux libeccio, ce vent de S.-O., qui se précipite dans le golfe de Naples et y amène les pluies.

Quoique la sérénité du ciel paraisse moins constante à Palerme que dans les stations plus septentrionales que nous venons de parcourir, car, d'après Cacciatore, il n'y a dans cette ville sicilienne que dix-neuf jours parfaitement sereins, dans l'année, et le tiers des jours de l'année est formé de jours nuageux, c'est cependant, de toutes les stations de la région tempérée et méridionale de l'Europe, celle dans laquelle il tombe le moins d'eau. (Voir Tableau XXX.) Mais c'est précisément pendant l'hiver que la presque totalité de la pluie fond sur Palerme ; il y a même assez souvent une absence complète de pluie pendant les mois de juin, de juillet et d'août. Malgré cela, on ne rencontre pas encore en Sicile ces pluies tropicales qui inondent déjà Malte ; c'est à peine si elles durent quelques heures, et cela arrive ordinairement dans l'après-midi ; rarement même, dans les saisons les plus pluvieuses, il se passe des jours où l'on ne puisse sortir. En rapportant à ioo la proportion d'eau qui tombe

pendant les différentes saisons , M. Vivenot trouve qu'elle s'élève à 5,5, p. o/o, en été, à 24, 1 p. o'o, au printemps, à 33 p. 0/0, en automne et à 37,4 p- 0/0, en hiver ; et, eu égard aux mois, ceux de l'été figurent pour 1 p. 0/0, tandis que ceux de l'hiver présentent une proportion plus grande qui va à 12 ou à i/j p. 0/0; c'est décembre qui paraît être le mois le plus pluvieux de l'année. Mais la neige est assez rare dans la ville même de Palerme ; on la voità peine deux fois par an, encore n'arrive-t-elle pas toujours à terre sans être fondue; les sommets de l'Etna cependant sont couverts de neige à peu près constamment.

L'île de Madère est diversement appréciée par les voyageurs, quant au temps plus ou moins beau, quant à la sérénité plus ou moins pure de son ciel, à cause des variations fréquentes qu'on y observe du matin au soir, et à cause de la différence des heures d'observations. Heineken y a compté 74 jours pluvieux , Mason en trouve un plus grand nombre, Mittermaier admet même 93,7, tandis que Macaulay n'en a signalé que 73; quant à M. Barrai, qui n'a observé le climat de Funchal que pendant quelques mois de l'année, il admet qu'il y a moins de jours pluvieux en été qu'en hiver, et que la pluie tombe dans tous les mois de l'année; cependant il y a des observateurs dignes de toute confiance, comme Heberden, Heineken et White, qui citent des années dans lesquelles un ou plusieurs mois se sont passés sans pluie. Quant à la quantité annuelle, Heberden la porte à 866mm,7, Heineken à 86omm,8, et Mittermaier, quoique acceptant un nombre plus considérable de jours pluvieux, n'a constaté que 746mm,8. Mais, quelle que soit l'abondance de la pluie, les eaux s'écoulent assez rapidement, par suite de la pente sur laquelle se trouve placée la ville de Funchal; on signale même de vé-

ri tables désastres causés par les torrents qui se formèrent à la suite des grandes averses qui tombèrent sur l'ile.

Les auteurs signalent même à Madère la présence de la neige pendant les mois d'hiver, mais celle-ci ne dure jamais. Les orages ne manquent pas non plus dans cette île, ainsi que les tempêtes, amenées par les vents du S. qui les font déchaîner sur ses côtes.

Il y a entre Funchal et Alger un rapport intime, quant au nombre des jours pluvieux et à la quantité d'eau qui tombe annuellement dans l'une et dans l'autre de ces villes, quoique le climat de notre cité africaine soit sec et celui de la capitale de Madère assez humide. Mais, en admettant avec M. Mitchell que la plus grande rigueur ait présidé dans le relevé des jours de pluie, à Alger, dans lequel on a compris ceux mêmes où il ne tombait qu'une quantité inappréciable d'eau, il n'est donc pas juste de comparer ces jours pluvieux avec ceux des autres villes accusant des quantités souvent très-élevées. Il enestd'ailleurs de ces phénomènes météorologiques, comme de tous les autres où l'uniformité des moyens d'observation et leur précision laissent encore tant à désirer. Après ces réflexions, nous croyons pouvoir faire remarquer, avec quelque raison, que le nombre des jours pluvieux à Alger est inférieur à ceux de Païenne, de Naples, de Rome, de Pau ; que, de toutes les stations de la région septentrionale du bassin méditerranéen, celle d'Hyères est probablement la seule dont le nombre de jours de pluie soit de beaucoup inférieur à celui d'Alger. Mais ici encore, comme à Funchal, la saison pluvieuse tombe dans les mois d'hiver; et, ainsi que le fait remarquer M. Mitchell , d'après les observations de MM. Don , Bourget et Humbert, Alger présente réellement un semestre pluvieux,

d'octobre à avril (7 mois), qui compte 80 jours de pluie, tandis que celui des cinq autres mois, qui forme le semestre sec, ne compte que i5 jours pluvieux. La même remarque s'applique à la quantité de pluie. Voici comment elle se répartit, suivant les saisons, d'après les observations de M. Don :

Tabl. XXXI. — Quantité de pluie qui tombe » Alger,

suivant /es saisons de l'année.

NUMÉRO d'ordre.

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