‹ Du climat de l'ÉgypteChapitre 50 sur 77 · QUANTITÉ D'EAU TOMBÉE PENDANT · texte numérisé non relu

QUANTITÉ D'EAU TOMBÉE PENDANT

le trimestre.

le semestre.

l'année.

Décembre à février. . . .

Mars à mai

ni

Juin à août

Septembre à décembre.

Il ressort de ce qui précède que, dans la période comprise entre octobre et avril, la quantité de pluie qui tombe forme les 88 centièmes de la pluie annuelle ; et, en comparant mois par mois le nombre des jours pluvieux et la proportion des quantités de pluie, à Funchal et à Alger (voir tableau XXX), on est frappé de cette particularité qui fait que, pendant les mois d'hiver, le nombre des jours pluvieux est plus considérable à Alger qu'à Funchal, tandis que la quantité de pluie est à peu près la même dans les deux stations. De là cette alternative : ou les observations prises à Madère ne sont pas bien exactes, ou bien il y a des averses plus fortes à Ma-

dère qu'en Algérie. Il nous semble que la dernière hypothèse n'est guère admissible, car les observateurs nous parlent de pluies tellement abondantes à Alger que les rues deviennent momentanément impraticables. Mais ils ajoutent aussi que, l'ondée venant à cesser, le malade peut quitter sa chambre et faire de l'exercice en plein air; que les rues se sèchent instantanément et que les nuages sont dissipés par un soleil éclatant : «Je crois vraiment, dit M. Mitchell, qu'un « malade, venu à Alger l'hiver pour y vivifier ses forces sous « la climature tempérée de cette station méridionale, et y « puiser, surtout dans la vie en plein air, tout ce que les « rayons salutaires du soleil africain promettent d'amélio- (i ration à une santé plus ou moins délabrée, ne pourrait v « être retenu à la chambre, par la pluie, une demi-douzaine « de jours de suite, durant une période de six à sept mois.» De toutes les stations hibernales, Alger est la seule où l'on ait noté séparément la proportion de pluie tombée le jour et la nuit; nous-même cependant, nous avons établi la même distinction à Alexandrie; et c'est là une nouvelle cause qui fait que la proportion moyenne d'eau admise pour Alger est si considérable, par rapport à d'autres stations d'hiver. En effet, si l'on ne tenait compte que de la quantité d'eau qui tombe dans le jour, on n'obtiendrait, pour la moyenne annuelle d'Alger, que o"1,/!1 1 1, ce qui est une proportion beaucoup inférieure à celle des stations dont nous avons parlé jusqu'à présent. Cette quantité partielle est à peine inférieure à la proportion annuelle de pluie qui tombe à Oran et à Mostaganem, situées à l'O. d'Alger, et qui passent, ainsi que toute la province d'Oran, pour être d'une grande sécheresse. Mais la proportion de la quantité de

pluie qui tombe la nuit, à Alger, est plus grande que celle du jour, et cela dans le rapport de 110 à ioo, suivant les observations de M. Don, tandis que l'inverse a lieu pour le nombre des jours et des nuits de pluie, dont le rapport est comme 1 17 est à 100.

Quoique nous ne possédions que des renseignements météorologiques assez vagues sur quelques localités de l'Algérie, antres que la capitale, nous osons espérer cependant qu'on découvrira dans cette partie de l'Afrique des points qui présenteront les avantages du climat d'Alger, et qui seront, comme Oran, plus à l'abri des météores aqueux.

Si nous voyons, à mesure que nous gagnons les stations les plus méridionales de la zone tempérée, se dessiner, de plus en plus, des saisons pluvieuses distinctes des saisons de sécheresse extrême ; si nous avons pu noter dans l'île de Madère, tout comme dans l'Afrique française, des mois entiers pendant lesquels il ne pleut pas, nous allons trouver en Egypte, d'une manière plus tranchée, la séparation de la saison des pluies de la saison de sécheresse. Dans le Delta, à Alexandrie, la pluie se montre depuis le mois d'octobre jusqu'en mai, terme moyen, de 4° à 60 jours, en comptant même les jours où il ne tombe que quelques gouttes d'eau. Au Caire, on voit en moyenne la pluie douze fois par an. Mais la quantité d'eau qui tombe dans ces deux villes est bien différente (voir tableau XXX). A Alexandrie il tombe, en. moyenne, 281""" d'eau par an, tandis qu'au Caire la quantité moyenne , suivant les cinq années d'observations de Destouches, n'est que de om,o34. Ainsi qu'à Alger, il pleut plus à Alexandrie pendant la nuit que pendant le jour, dans le rapport de 169 à 100. Rarement la pluie dure plusieurs

heures au Caire et devient un obstacle à la promenade ; et, même à Alexandrie, ce n'est qu'entre le i5 décembre et le i5 février qu'on observe la plus grande durée des pluies et leur plus grande abondance ; pendant cette courte période de temps, il arrive rarement qu'on soit retenu chez soi, par la pluie, plus de 5 ou 6 jours de suite.

Un auteur, cité par M. Mitchell , prétendait que la quantité de pluie diminue sur la côte méditerranéenne de l'Afrique, à mesure que l'on se porte de l'Occident à l'Orient. Ceci est évidemment vrai quant à Alger, Tunis et Alexandrie, dont le nombre des joui's pluvieux est comme 9,5,7/4 et 60, et dont la quantité de pluies décroît , dans la même proportion; mais Oran et Mostaganem, qui sont à l'O. d'Alger, ne paraissent présenter que la moitié de la quantité de pluie qui tombe annuellement dans cette dernière ville, d'après le travail même de M. Mitchell. Il semble toutefois, en comparant les pluies de Madère et d'Alger à celles d'Alexandrie, que les fortes averses se montrent plus fréquemment vers la côte occidentale que vers la côte orientale de l'Afrique ; la plus forte quantité d'eau que nous ayons observée à Alexandrie, en if\ heures, a été de om,o538, tandis qu'à Alger M. Bourget a constaté jusqu'à om, 1127, dans le même laps de temps, et une fois même o,u,i378 en i5 heures!

Il ressort de l'ensemble des considérations qui précèdent que les stations hibernales de l'Italie et de la partie septentrionale du bassin méditerranéen, ainsi que Païenne et Funchal, ont des jours pluvieux pendant tous les mois de l'année , mais que ceux-ci sont principalement prédominants entre novembre et avril , époque pendant laquelle nous recherchons précisément, pour les malades et les valétudinaires,

des climats tempérés, sous le triple rapport de la chaleur, de la pesanteur et de l'humidité de l'air. En Afrique, il pleut également dans les mois d'hiver, quoique les quantités d'eau qui tombent dans la vallée du Nil soient infiniment petites ; mais, par la nature du sol, par l'influence des vents secs et chauds, l'eau est promptement dissipée, et l'hôte des stations africaines n'est jamais retenu chez lui , plusieurs jours de suite, par l'abondance des pluies.

Ici encore nous aurions à signaler une foule de lacunes. Mais elles ressortent suffisamment de ce que nous venons de dire, et nous faisons appel à des observateurs consciencieux pour obtenir, sur les différents points de l'Algérie française, des renseignements plus précis sous le rapport des météores aqueux, si peu étudiés jusqu'à ce jour.

§ V. Humidité de l'air de l'Egypte, comparée à celle des autres stations d'hiver.

La proportion de la vapeur d'eau contenue dans l'air est un facteur puissant, au point de vue de la pesanteur et de la température atmosphérique; mais son rôle spécial n'est pas moins sérieux, dans ce milieu qui nous enveloppe de toute part et qui agit si directement et sur l'organisme végétal et sur l'économie animale. Il est évident que l'air, qui baigne la surface tégumentaire de notre corps et qui pénètre dans nos bronches, se charge de vapeurs d'eau avec une avidité d'autant plus grande qu'il est à une température plus élevée, et qu'il se trouve plus éloigné de son point de saturation. Ainsi, toutes conditions égales d'ailleurs, l'air qui nous arrive d'une large surface d'eau, l'air marin, agit sur nous bien

différemment de celui qui vient d'une plaine sablonneuse ou d'un désert fortement chauffé. Qui ne connaît, comme l'ayant éprouvée soi-même, cette humidité lourde, pénible et fatigante qui vous accable souvent dans les ports de la Méditerranée, le soir, peu après le coucher du soleil, surtout dans la saison chaude, alors que le corps est couvert de sueur et que la vapeur d'eau, suspendue dans l'air, s'est condensée et imprègne vos vêtements? D'un autre côté, au contraire, le vent des déserts et des plaines nues, chauffées par un ardent soleil, dessèche et fane tout ce qu'il touche. Mais, entre ces deux états extrêmes, une humidité et une sécheresse excessives, il existe une foule de nuances, des degrés variables qui sont à déterminer encore pour la plupart des points du globe. Ce n'est pas cependant que beaucoup de voyageurs n'aient fait des observations hygrométriques; mais, quand on cherche à les comparer entre elles, il se présente toujours un grand obstacle, qui tient au mode d'observation lui-même, au choix des instruments, plus encore qu'à la régularité et à la constance des faits observés.

Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons accorder de confiance qu'à un petit nombre de données recueillies jusqu'à ce jour sur cette importante question. Sous ce rapport, nous partageons bien l'avis de M. Mitchell, qui aime mieux confesser les lacunes qu'il trouve dans telle ou telle station vantée et fréquentée même, que de se contenter de faits qui laissent à désirer, ou qui d'avance sont condamnés par la science. Cet observateur consciencieux pousse la rigueur au point de ne pas même produire ses propres faits, par cela seul qu'il ne les trouve pas assez nombreux; et il rejette, avec raison suivant nous, les données fournies par l'hygromètre de de Saussure.

Ces restrictions faites, nous allons rapporter, clans le tableau suivant, les degrés d'humidité que les auteurs assignent aux différentes stations d'hiver, et nous les comparerons avec l'humidité que nous avons trouvée dans l'air de la vallée de l'Egypte :

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Par l'inspection de ce tableau on voit, non sans un certain étonnement, que l'air est moins chargé d'humidité à Pau, à Hyères et à Nice qvie dans la haute Egypte, surtout en partant de la moyenne de M. Uhle et de celle que nous avons consignée nous-même dans notre relation de voyage sur le haut Nil. Au Caire, la moyenne admise par M. Destouches est à peu près égale à celle des villes de la partie septentrionale du bassin méditerranéen. Sous ce rapport, toutes les stations hibernales doivent évidemment être comprises dans, deux catégories différentes : l'une, comprenant les localités maritimes, où les brises humides de mer maintiennent dans l'air une proportion plus considérable de vapeurs d'eau; l'autre , s'étendant aux stations continentales dont le degré de sécheresse est en rapport avec leur exposition, leur situation relative au voisinage de grandes surfaces d'eau, leur altitude, etc. Ce fait est bien loin de confirmer l'opinion de quelques voyageurs, qui prétendent que l'humidité atmosphérique diminue à mesure qu'on passe d'une zone tempérée sous des climats plus chauds. Nous savons, en effet, que l'humidité moyenne est au maximum à Venise et dans l'île de Madère, et que, dans ces deux stations, elle est beaucoup supérieure à celle de villes plus septentrionales, telles que Pau ; d'un autre côté, M. Uhle a constaté, dans la haute Egypte, pendant l'hiver, un degré d'humidité plus grand que M. Mason à Eunchal, pendant la même saison; de même le maximum de M. Uhle est supérieur à celui que nous avons obtenu à Alexandrie.

Mais, nous devons le répéter, c'est sous toute réserve que nous cherchons à établir un parallèle de cette espèce.

La sécheresse du climat des trois localités de Pau, de

Hyères et de Nice est admise, à priori, pour ainsi dire, par tous les auteurs qui ont écrit sur ces stations, car des observations précises, à ce sujet, restent encore à faire. Si les vents continentaux, qui arrivent à Nice et à Hyères, après avoir passé sur les montagnes chargées de glaces et de neiges, qui les dominent au Nord, et après s'être dépouillés d'une grande proportion d'humidité , peuvent rendre raison de ce faible degré d'humidité, au milieu du jour et pendant la saison froide; il n'en est certes plus ainsi quand soufflent les vents de S. plus ou moins déviés à l'O. ou à l'E., qui, chargés des vapeurs de la Méditerranée, pénètrent si facilement dans le bassin de Nice, comme dans la ville d'Hyères. Pau, d'ailleurs, est ouverte aux vents humides de l'Océan, et nous y avons constaté, plus haut, une grande proportion de pluie; conditions qui, même en acceptant le grand pouvoir absorbant de son sol, ne suffisent pas, suivant nous, pour admettre, avec le docteur Taylor, que le degré d'humidité de l'atmosphère de cette ville est insensible à l'hygromètre.

Le voisinage des marécages, des eaux stagnantes et des lacs, qui contribuent tant à l'insalubrité de Rome, est aussi une condition d'humidité plus grande pour cette station. Mais, s'il s'agit de déterminer le degré d'humidité de cette localité, nous n'aurons garde de nous contenter de ce vague que nous avons à signaler, de nouveau, dans le livre de M. le docteur Carrière, qui se borne à dire qu'à Rome l'hygromètre accuse rarement la sécheresse absolue et se soutient, dans toutes les saisons, à une assez grande hauteur. Nous adresserons le même reproche à M. de Renzi quand, pour caractériser les variations considérables qui régnent dans le bassin de Naples, il se sert de cette phrase banale : « L'humidité de

l'air y franchit, dans la période d'une journée, toute l'étendue de l'échelle hygrométrique. »

Le degré de tension de la vapeur d'eau contenue dans l'air est moins sujet à de si brusques variations dans la station de Païenne, quoiqu'il y règne une plus grande humidité que dans les deux villes dont nous venons de parler. La quantité de vapeur d'eau signalée dans l'air de Païenne est surtout considérable , pendant les mois d'hiver , de novembre à la fin de mars. Suivant Heineken et Mason , c'est l'automne qui est surtout très-humide à Funchal. D'après M. Barrai, qui n'a pas séjourné à Madère pendant toutes les saisons de l'année, la plus grande humidité coïnciderait avec l'hiver, et le degré de la plus grande sécheresse ne dépasserait pas 67 pour 100. Il est vrai que c'est à l'hygromètre de de Saussure que cet auteur doit ces résultats.

C'est par rapport à l'humidité de l'air que les observations l'ont surtout défaut à Alger; et, quoique M. Mitchell signale cette lacune, il croit néanmoins devoir considérer le climat d'Alger comme étant sec et fortiiiant. Pendant l'hiver, la rosée et les brouillards sont très-rares; ces phénomènes se produisent plus particulièrement en été ou pendant la saison chaude, et ils ne sont jamais très-intenses. Dans la vallée du Nil, au contraire, les brouillards sont fréquents, et souvent assez épais pendant les mois d'hiver; ils durent même parfois, au Caire et sur le haut Nil, toute la matinée. La rosée également est assez abondante sur ce fleuve, pendant les premières heures du jour, dans ces mêmes mois d'hiver.

Les variations les plus considérables qu'on ait signalées, jusqu'à ce jour, entre les maxima et les minima d'humidité de l'air, c'a été en Egypte, où M. Uhle a trouvé, entre le

(laire et la deuxième cataracte, pour la plus grande humidité, g3 pour ioo, et pour la plus grande sécheresse 8,8 pour 100, proportion que personne, que nous sachions du moins, n'a encore déterminée nulle part, jusqu'à ce jour. Tl nous semble toutefois difficile d'admettre que le thermomètre mouillé puisse donner assez de précision pour obtenir de semblables résultats. Le degré d'humidité le plus bas que nous ayons pu constater sur le haut Nil n'est pas descendu à plus de 1 1 pour i oo, au milieu du jour, en plein soleil et à une faible distance des rives du fleuve. Mais les alternatives entre les degrés de plus ou moins de sécheresse sont tellement considérables, que les fonctions de la peau et des muqueuses en sont sensiblement influencées. L'appareil sudoripare est d'abord excité, mais bientôt les sécrétions cutanées et muqueuses sont taries ; 1'épiderme s'exfolie ; et, sous ce rapport, les affections catarrhales se trouveraient assez bien des voyages dans la haute Egypte.

§ VI. Phénomènes électro-magnétiques de l'Egypte, comparés à ceux des autres stations d'hiver.

C'est encore là un paragraphe plein de desiderata, ou il est même tout entier à faire, et cela, ab ovo, aujourd'hui que nos moyens d'investigation sont plus parfaits, que nous avons des instruments plus sensibles, et que nos connaissances sur cette matière ont fait des progrès réels. Mais nous ne croyons pas néanmoins devoir passer complètement sous silence les faits épars que nous trouvons rapportés par quelques observateurs dignes de foi.

Les phénomènes éleetro-magnétiques qui accompagnent les orages, le tonnerre et les tremblements déterre se montrent principalement, pendant la saison chaude, dans les contrées méridionales de l'Europe, tandis que, dans la zone des pays chauds, sur le continent africain tout comme à Madère, ils n'existent, pour ainsi dire, que pendant les mois d'hiver. Ainsi Fodéré a compté à Nice 22 fois le tonnerre par an ; M. Teysseire, pour ses douze années d'observations, n'a trouvé qu'une moyenne annuelle de i3; la plus grande fréquence des orages tombe en été et en automne.

Dire, comme certains admirateurs de Nice, que les malades atteints d'affections nerveuses s'y trouvent bien parce que l'a i r qu'on respire dans cette station est dans un état parfait d'équilibre électrique, c'est pécher par pétition de principes. Si nous ne pouvons pas être plus précis, nous savons du moins que dans cette localité les pluies arrivent plus brusquement qu'il Hyères, et qu'elles se compliquent plus souvent de troubles atmosphériques, liés à de fortes décharges électriques. Nous sommes donc autorisé à penser que les malades, dont le système nerveux est surexcité, doivent mieux supporter le séjour de cette dernière ville que celui de Nice. Mais, dans l'une et l'autre de ces stations, on ne constate pas, comme à Pau, suivant le docteur Taylor, quand la tension électrique est extrême, l'intervention d'un vent humide et doux qui rétablit l'équilibre et ramollit l'air ; ce vent, si tempérant et si bienfaisant pour la ville de Pau, souffle de l'ouest et amène dans la cité béarnaise des masses de vapeurs dont il s'est chargé sur l'Atlantique.

Les orages sont plus fréquents à Rome , où l'on en compte en moyenne [\i par an ; nïais le voisinage du Vé-

suve est pour Naples une cause puissante de manifestation des phénomènes électro-magnétiques. M. le docteur Carrière, qui ne les définit pas et qui ne les énumère pas davantage, ne croit cependant pas, comme M. de Renzi, que les productions vésuviennes soient de nature à adoucir les rigueurs de l'hiver dans cette ville.

Nous sommes un peu mieux renseigné sur la ville de Païenne, grâce au travail de M. le docteur Vivenot, qui nous apprend que les orages grondent, dans cette ville, surtout en automne ; il porte leur nombre à i4 par an. Le relevé que M. le professeur Ragona a fait, à l'aide de 65 années d'observations, prouve qu'il y a tous les sept mois un tremblement de terre à Palerme; mais ceux-ci sont presque insensibles, tandis que tous les cinq ou six ans il s'y fait sentir de fortes commotions. Depuis le tremblement de terre de 1783, qui a détruit une partie de la Sicile et de la Calabre, on n'en compte presque plus jusqu'en i8a3, époque à laquelle les secousses ont été assez violentes pour renverser plusieurs maisons et causer la mort de quatorze personnes.

Dans l'île de Madère on compte généralement de 6 à 12 orages par an ; et les tempêtes, qui y sont rares, paraissent être extrêmement dangereuses pour les navires qui se trouvent alors dans le voisinage de l'île.

Sur le Nil, la sérénité du ciel est rarement troublée par des phénomènes électriques. Au Caire il y a, en moyenne, 3 orages par hiver; et, en général, la proportion n'est guère plus forte à Alexandrie, où. toutefois nous avons noté jusqu'à 5 orages, dans les deux mois de décembre et de janvier. Mais Rùssegger et M. Pruner-Bey voient dans les phénomènes qui précèdent, accompagnent et suivent les violents coups

de vent de Sud ou khamsin, les symptômes d'un orage qui, d'après ces observateurs, coïnciderait avec des décharges électriques et se terminerait souvent par des éclairs et de la pluie. Nous croyons devoir être plus réservé que ces voyageurs, qui oublient môme de nous dire à l'aide de quel instrument ils ont déterminé l'état électrique de l'atmosphère, et de quelle manière ils ont précisé leurs observations ; nous déclarons humblement (pie nous ne savons rien de bien positif sur l'électricité atmosphérique, et cpie, quant au khamsin, vent sec, chaud et déprimant, nous restons dans le doute, relativement aux phénomènes électriques qu'on lui attribue, jusqu'à ce que nous ayons de nouvelles et précises observations.

On ne saurait trop, en général, se défier des documents louangeurs que la plupart des auteurs nous transmettent sur les localités qu'ils recommandent, comme stations d'hiver, pour certaines classes de malades ; à les entendre, on ne serait embarrassé que du choix ; cependant toutes les lacunes que nous avons relevées, toutes les erreurs d'observation et d'interprétation que nous avons signalées, ne nous autorisent guère à partager cet optimisme que nous entendons chanter sur tous les tons. Ils sont rares, ceux qui, comme M. Mitchell, traitent avec impartialité des conditions tant favorables que défavorables d'une station hibernale qu'ils habitent ou qu'ils fréquentent. Les phénomènes électriques sont précisément au nombre de ceux qui laissent le plus à désirer.

Quant à la présence et à la quantité d'ozone dans l'air, questions en litige sur lesquelles on se plaît tant à recueillir des faits, condamnés d'avance par la chimie moderne, nous

savons que les réactions fournies par l'ozonomètre de Shoenbein sont infidèles et comme, jusqu'à présent, c'est là à peu près le seul instrument employé, nous croyons agir sagement en laissant de côté les résultats dus à ce moyen d'investigation, attendant que l'avenir nous en fournisse un meilleur.

Conclusions tirées des phénomènes météorologiques.

Le déplacement temporaire de l'homme, en santé ou dans l'état de maladie, peut se faire dans plusieurs directions : du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, du Sud au Nord ou de l'Ouest à l'Est ; mais, de toutes ces migrations, qui s'étendent plus ou moins suivant l'altitude, la seule dont on se soit occupé jusqu'à ce jour, c'est celle qui porte l'homme de l'Equateur au pôle boréal, ou vice versa. Nous aurons à insister, avec quelques détails, sur l'influence que le déplacement du nègre et de l'Ethiopien, suivant la latitude, du Sud au Nord, exerce sur ces variétés de la grande famille humaine. Us suivent le cours du Nil et arrivent jusque dans le Delta égyptien.

Depuis des siècles, depuis que les peuples du Nord ont appris à goûter la douceur des hivers des contrées méridionales de l'Europe et des pays véritablement chauds, depuis que les relations entre les peuples sont devenues plus faciles, depuis que l'homme recherche davantage le confort et le bienêtre, depuis que nos connaissances en climatologie tendent à gagner en précision, on voit les malades et les valétudinaires fuir, chaque année, les latitudes septentrionales de l'Europe,

pendant la saison hibernale, se soustraire à un ciel sombre et brumeux où régnent la pluie, les neiges et le froid. Mais l'expérience et l'observation nous ont prouvé qu'il ne suffit pas de connaître la température moyenne, les chaleurs et le froid excessifs d'un lieu, pour en déduire l'influence favorable ou défavorable sur tel ou tel état maladif; qu'il ne suffit pas de pouvoir joindre à ces notions celles empruntées aux degrés d'humidité ou de sécheresse de l'air, à la direction et à la force des vents ; mais qu'il faut surtout au malade et au valétudinaire un ciel serein et des jours clairs qui le disposent à puiser constamment dans l'atmosphère une alimentation réparatrice et suffisante ; il lui faut une habitation saine et confortable ; il lui faut trouver dans sa nouvelle résidence les ressources sociales auxquelles le rattachent ses conditions de fortune et ses relations du monde. C'est par l'ensemble de toutes ces circonstances qu'on doit juger du degré d'utilité que le déplacement peut offrir à telle ou telle classe de malades ; c'est à l'aide de ces données que l'homme de l'art se prononce en faveur de telle ou telle localité ; c'est à ces conditions qu'on pourra parvenir un jour à formuler des lois qui régiront les migrations ae l'homme et des êtres animés d'une latitude dans une autre, d'une région septentrionale dans une région méridionale.

Quelque éloignés que nous soyons encore de ce degré de connaissances, en climatologie, nous ne croyons pas moins pouvoir dresser, dès à présent, l'inventaire sommaire de ce que nous possédons et indiquer, de cette manière, les lacunes que les observatem^s futurs devront combler.

Les stations hibernales vantées et fréquentées jusqu'à ce jour sont ou continentales ou maritimes; parmi celles-ci, il

faut comprendre non-seulement les îles, telles que Madère, la Sicile, etc., mais encore les ports de mer dont nous avons parlé ci-dessus. Ces localités, quant à leur position géographique, se trouvent dans des climats chauds ou au moins tempérés. Pour trouver cette douceur et cette constance recherchées dans un climat, il faut choisir une localité qui soit placée dans un pays chaud et non loin de la plage de la mer; et, dans cette investigation, il faut avoir toujours présent à l'esprit ce précepte d'Hippocrate, qui dit qu'une courte distance change souvent le mérite des localités.

Nous nous croyons donc amené, par les considérations météorologiques comparatives dans lesquelles nous sommes entré ci-dessus, à rejeter les stations continentales, où les phénomènes atmosphériques passent par des variations extrêmes; et, sous ce rapport, le climat chaud du Caire et de la haute Egypte est loin de convenir à toutes les classes de malades, et surtout aux phthisiques. En ne considérant que les alternatives extrêmes et fréquentes dans la température, dans le degré d'humidité de l'air, dans la pression atmosphérique et dans l'influence des vents du désert, la vallée du Nil renferme les climats partiels les plus inconstants. Ces variations sont moins considérables déjà à Alexandrie, où se font sentir cependant encore les grandes perturbations atmosphériques tenant aux vents et au degré d'humidité et de sécheresse que l'on y subit quotidiennement.

Dans les deux autres stations à climat chaud, à Alger et à Funkal, l'état hygrométrique de l'air est moins sujet à de grandes variations, quoique la quantité d'eau pluviale soit plus abondante dans ces deux villes que dans le port égyp-

tien. Si la température moyenne des mois d'hiver est à peu près la même dans ces trois localités, nous avons montré, par des chiffres précis, que les oscillations sont le plus sensibles à Alexandrie. Dans notre colonie de l'Algérie, comme à Madère, règne un ciel d'une grande sérénité et des vents qui attiédissent l'atmosphère en hiver et la rafraîchissent en été ; les oscillations de la pesanteur et de la température de l'air sont aussi limitées dans le port d'Alger que dans celui de Funkal. « Pendant l'hiver et le printemps, dit M. Mitchell, « le climat d'Alger le dispute à Madère ; avec la même cha- « leur et la même constance de température, il est plus sec « et moins énervant. »

Si, d'une part, le khamsin chasse les poitrinaires de l'Egypte, déjà au mois de mars et parfois même en février, alors que ces malheureux ne sauraient encore impunément regagner des stations plus septentrionales ; si, d'autre part, le leste, que nous avons vu souffler sur Madère, se montre avec les qualités de sécheresse et de chaleur, de durée et d'impétuosité des vents qui viennent des déserts de l'Afrique, la même chose n'a pas lieu à Alger, qui, au contraire, se trouve à l'abri de ces courants aériens, lesquels ne parviennent dans cette ville qu'après avoir passé sur les neiges de l'Atlas et s'être chargés d'une suffisante proportion d'humidité.

Si toutes ces conditions climatériques ne suffisent pas pour militer en faveur des stations algériennes, pendant l'hiver, nous ajouterons que, dès à présent déjà, et sans attendre même de nouveaux documents sur cette colonie française, la ville d'Alger l'emporte encore sur Funkal par sa proximité et ses rapports fréquents avec l'Europe; elle l'emporte sur

les villes sales, poussiéreuses et infectes de l'Egypte ; elle l'emporte sur ces dernières, avant tout, parles ressources sociales qu'elle offre à ses hôtes ; on n'y rencontre pas, comme dans les villes de l'Egypte, une population aussi misérable et une société aussi bigarrée d'habitudes levantines, si opposées à celles des peuples occidentaux.

Ees conditions météorologiques des autres stations hibernales du bassin méditerranéen, de la Sicile, de l'Italie méridionale et septentrionale, de l'Espagne et de la France, s'écartent trop de celles des pays chauds que nous venons de parcourir, pour que nous puissions même les comparer les unes aux autres. Dans toutes ces localités, qui comprennent à la fois des climats marins et continentaux, régnent des hivers encore assez froids pour qu'on y voie de la neige et même de la glace. Parmi les climats continentaux, celui de Pau est un des plus tempérés ; mais les variations atmosphériques y sont nombreuses; il y pleut beaucoup; toutefois les vents y sont moins rigoureux, pendant la saison froide, que dans les deux villes maritimes de Nice et d'Hyères. Cette dernière ville est moins balayée par les vents froids du Nord qui soufflent sur le bassin de JNice. Si le voisinage de la mer contribue à entretenir dans des conditions climatériques à peu près identiques les villes de Nice, d'Hyères, de Rome, de Naples, de Palerme et de Malaga, il n'en est plus de même pour Venise, où la température, quoique plus constante, est cependant plus basse qu'à Nice, à Hyères, à Rome et à Naples. Palerme, au contraire, l'emporte, et par l'égalité de sa température et par la douceur de son climat, sur toutes les autres stations d'Italie, et, quoique cette ville compte plus de jours de pluie que Venise, Nice, Hyères et Naples, il

y tombe cependant moins d'ean que dans toutes les autres stations hibernales de l'Italie et de la France.

Si elles se confirmaient par la suite, ces vues émises par quelques auteurs, qui considèrent les pressions atmosphériques les plus fortes comme étant celles qui conviennent le mieux aux affections de poitrine et principalement aux poitrinaires, ce serait pour le climatologiste une raison de plus pour exclure des stations d'hiver les localités du cours du Nil, ainsi que celles qui sont situées à certains degrés au-dessus du niveau de la mer; d'après cela aussi, les stations de Venise, d'Hyères, de Nice, de Palerme et de Malaga seraient préférables, pour séjour d'hiver, à celles qui se trouvent plus éloignées de la mer.

Donc, en résumé, ce n'est pas dans les pays appelés chauds, comme l'Egypte, qu'on rencontre, pendant l'hiver, les meilleures conditions météorologiques d'un climat doux et constant ; ce n'est pas davantage dans les localités situées loin de la mer, et à un degré d'altitude plus ou moins grand, qu'il faut chercher une uniformité et une égalité de climat propre à un séjour d'hiver ; c'est au niveau de la mer, dans des localités voisines de la zone des pays chauds, dont la température moyenne des mois d'hiver ne descend pas au-dessous de 12°, et qui, par suite des dispositions topographiques, sont à l'abri des grandes variations et perturbations atmosphériques, comme Alger, en première ligne, puis Funkal, que nous trouvons les conditions les plus favorables à une station hibernale pour des malades et des valétudinaires. Dans la zone plus septentrionale, nous recommanderions, comme stations passagères et intermédiaires, Palerme en automne et au printemps, ainsi qu'Hyères. Les variations con-

sidérables qu'on observe, en hiver, dans la constitution atmosphérique de Nice, de Rome et de Naples, le froid sensible qui y règne, la neige et l'abondance de pluie, sont bien loin de contribuer à maintenir dans ces villes une douceur et une uniformité de climat. Toutefois il y existe de ces conditions qui rendent leur séjour favorable à certaines classes de valétudinaires. De son côté, Venise jouit d'un climat à peu près marin et assez constant ; sous ce rapport, comme sous celui de sa situation, de la richesse et de la variété de ses belles campagnes, le séjour de cette ancienne reine de l'Adriatique nous semble convenir à plusieurs classes de malades, pendant la saison chaude.

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