CHAPITRE PREMIER
Action des divers éléments constitutifs des climats sur l'homme.
Avant de discuter, à l'exemple de la plupart des médecins climatologistes, les avantages de tel ou tel climat, de telle ou telle station hibernale pour une affection déterminée , en ?ious basant sur des données plus ou moins vagues de la température, de la pression et de l'humidité de l'air attribuées à une localité préconisée et vantée, nous croyons devoir insister, au préalable, sur le degré d'influence que peuvent exercer, sur les fonctions normales de l'économie vivante, la chaleur humide ou sèche, le froid vif, le ciel brumeux ou serein, la direction des vents prédominants, les variations modérées ou brusques de la pesanteur et de la température de l'air.
C'est faute de s'être entendu sur ces causes nombreuses des modifications climatériques, avant de juger de la valeur d'un climat, qu'une foule d'écrits sont restés discordants. Quel est ensuite l'auteur qui ne se sent pas pris d'une certaine affection pour la localité qu'il habite? De là aussi toutes ces merveilles que nous trouvons sur tant de localités qui, suivant les louanges qu'on en fait, seraient infaillibles contre la tuberculose. L'un accorde la préférence à une station montagneuse dont il est l'oracle; l'autre loue les avantages d'un port de mer dont il voudrait garnir la plage déserte ; celui-ci vante une cité qui éblouit par les beautés de la nature ; celui-là admire tout dans un lieu célèbre où la mode se donne rendez-vous et que la fortune favorise. Partout, quand on va au fond des choses, quand on se donne la peine de rechercher les motifs sérieux qui recommandent aux malades le choix d'un séjour d'hiver plutôt qu'un autre, quand on se demande pourquoi on doit accorder à un climat la préférence sur un autre, on ne trouve que déceptions et découragements !
La climatologie médicale, exacte et précise, basée sur des chiffres, est une science née à peine d'hier ; elle a fait toutefois des acquisitions d'une certaine valeur, que de nouvelles investigations viendront augmenter peu à peu, et cela d'autant plus facilement que l'inventaire scientifique en sera fait à des époques de plus en plus rapprochées. Il serait nécessaire déjà aujourd'hui de savoir au juste où nous en sommes, ce que nous possédons et ce qu'il nous reste à acquérir. Quoique ce champ soit vaste et qu'il soit à peine défriché, osons du moins le parcourir.
Quoique les éléments qui entrent dans la constitution
d'un climat se tiennent d'une manière assez intime pour qu'il semble peu possible de les séparer et d'étudier l'action directe de chacun isolément et indépendamment des autres, nous allons cependant essayer ce genre d'appréciation , en adoptant la marche que nous avons suivie jusqu'ici. Nous traiterons donc de l'influence que la température, la pression et l'humidité de l'air, ainsi que la direction et l'intensité des vents et l'état électrique exercent sur l'homme en bonne santé. Cette voie, nous ne l'ignorons pas, est à peine tracée, et nous réclamons l'indulgence du lecteur pour un sujet aussi délicat.
En recourant cependant aux données positives des sciences physiques, chimiques et naturelles ou physiologiques, nous trouverons une base qui nous servira à déterminer le mode d'action du froid et du chaud, du sec et de l'humide, sur l'économie vivante.
$ I. Influence de la température de L'air sur l'homme.
Si les temps historiques placent le berceau de l'humanité dans ces contrées édéennes dont la température moyenne se rapproche le plus de celle du corps de l'homme, il n'est pas moins démontré aujourd'hui que, de tous les êtres dispersés sur le globe, ce roi de la création, cet être raisonnable par excellence, vit, prospère et se perpétue dans toutes les zones terrestres, sous toutes les latitudes et par le froid des régions polaires, où le mercure se congèle, où la température descend chaque année, pendant un certain temps, jusqu'à — 4o°, et par les chaleurs intenses des déserts brûlants de l'Afrique
centrale. Les calculs des météorologistes nous démontrent que l'homme peut supporter des températures extrêmes qui différent entre elles autant que l'eau bouillante diffère de la glace fondante, et nous pourrions citer, à l'exemple des physiologistes, des faits qui précisent les limites auxquelles l'organisme animal résiste à l'action décomposante des hautes et basses températures. Mais tel n'est pas 'notre but. Nous ne devons pas nous occuper des conditions accidentelles et passagères de l'existence de l'homme; c'est l'effet constant et permanent d'une température chaude ou froide sur les fonctions de son économie que nous cherchons à déterminer; c'est d'après les modifications qui en résultent que nous apprécierons l'influence des déplacements, suivant la latitude et l'altitude.
L'action spéciale de la température de l'air sur le corps de l'homme, abstraction faite de son degré d'humidité et de sa pesanteur, c'est de produire une sensation agréable ou désagréable, de chaud ou de froid, suivant l'état même de notre corps. Qui ne sait combien sont agréables les bains maures ou arabes de l'Orient, qui consistent à maintenir le corps dans une vapeur d'eau, jusqu'à ce que celui-ci ruisselle de sueur, et à le plonger ensuite subitement dans un bassin d'eau froide? Ces réactions peuvent être mieux goûtées encore quand elles sont obtenues avec plus de facilités et avec une plus grande régularité, comme cela se pratique dans nos établissements thermaux de l'Europe. Les voyageurs qui ont parcouru les pays chauds ou les déserts de l'Afrique savent combien le corps est sensible au froid qui se montre dans ces contrées vers le soir et après le coucher du soleil, quoiqu'il n'existe alors, en général, suivant les indications du
thermomètre, qu'une différence de peu de degrés entre la chaleur de la fin de la journée et celle du crépuscule. Ces phénomènes, qui sont propres à tous les pays vraiment chauds, et qui peuvent être rapportés à la sérénité du ciel et à la sécheresse de l'air qui favorise tant la transpiration cutanée et le rayonnement calorique vers l'espace, sont accusés avec une bien plus grande précision par nos fibres nerveuses, périphériques, que par nos instruments les plus exacts. D'un autre côté, l'action de la sécheresse de l'air sur le corps vivant n'est pas moins pénible dans un milieu chaud ; nous avons rappelé, plus haut, combien sont fâcheuses pour l'homme les impressions des vents secs et chauds qui soufflent du sud dans la vallée du Nil, quoique la température ne s'élève pas alors à plus de 38 ou 4o°. L'influence du degré d'humidité de l'air peut encore être rendue plus sensible en faisant observer combien sont différentes les impressions que le corps éprouve à une même température, suivant qu'il se trouve exposé à l'air ou plongé dans l'eau; ainsi, dans un air à a5°, par exemple, il se sent sous l'impression d'une douce chaleur, tandis que, plongé dans une eau à cette même température, il est aussitôt saisi par une assez vive sensation de froid. L'homme qui peut supporter les conditions de chaud et de froid de tous les points du globe, vit le plus ordinairement dans un milieu dont la température est comprise entre i5 et 1 7°, et, chose assez singulière, il supporte beaucoup plus difficilement les écarts de ces moyennes en plus que ceux en moins ; ainsi il se trouve réellement incommodé quand la température s'élève à une différence de io°, tandis que, abaissée de la même proportion, la température est encore très-bien supportée, et notre corps s'y trouve même à l'aise.
Le corps humain étant à une température d'environ 36°, et l'enveloppe cutanée n'étant pas très-mauvaise conductrice de la chaleur, il en résulte que, même dans les climats chauds dont la température moyenne est comprise entre 20 et 25°, l'air enlève encore constamment du calorique à notre économie; et, toutes choses égales d'ailleurs, cette soustraction est d'autant plus grande que le milieu ambiant est plus froid et moins humide. C'est là une cause principale du refroidissement qu'on subit dans la vallée de l'Egypte, sans que, cependant, le thermomètre puisse l'accuser d'une manière appréciable.
Mais il ne faut pas oublier que les corps animés sont de véritables foyers de chaleur dont l'activité est en raison même des déperditions de calorique, et dont la combustion est entretenue par l'alimentation et par le mouvement. S'il arrive que le corps perd peu de chaleur ou s'il en reçoit, ainsi que cela se passe dans les pays chauds, il en résulte, d'une manière toute naturelle, que les agents qui président à la calorifîcation, l'activité corporelle, la respiration, la circulation et l'acte de nutrition languissent, se troublent et amènent, par conséquent, des désordres deutéropathiques. C'est ainsi que, dans les pays chauds, comme en Egypte, l'appareil digestif est si facilement enrayé : l'appétit se perd, il survient des flatuosités, des embarras et des fièvres gastriques, des dérangements d'intestins et des désordres dans les fonctions du système hépatique, troubles qui sont si fréquemment accompagnés de fièvre. A ces conditions déjà fâcheuses pour les malades, même pour des valétudinaires qui viennent dans les pays du Nil, il faut joindre, en outre, celles non moins sérieuses qui dépendent des ingesta ; ainsi la chair
des animaux de boucherie est molle et fade, les légumes sont aqueux et les fruits peu succulents, à l'état de maturité. C'est probablement là une des raisons qui font que les indigènes mangent presque tous les fruits verts.
L'influence de la chaleur sur le corps humain est surtout sensible en Egypte, à l'époque où règne le khamsin, alors que le thermomètre atteint jusqu'à 4o et 45°. Le contact de l'air donne, dans ces circonstances, une sensation de chaleur extrêmement désagréable ; la peau devient sèche, en apparence du moins, parce que l'air, qui est sec et chaud, a une capacité plus grande pour la vapeur d'eau, qu'il enlève avec une grande avidité, à mesure que celle-ci se forme sur la surface cutanée, tout comme il la pompe partout où il la rencontre. On voit alors l'épiderme se fendiller, surtout sur le dos des mains et à la ligure; les lèvres se gercent, et souvent, sous l'influence de ce souffle brûlant, le bord libre des paupières se gonfle. Le corps, quoique exposé à cette influence, conserve néanmoins sa température intime, propre; mais ce n'est pas sans luttes et sans perturbations; et celles-ci sont d'autant plus profondes que la pression atmosphérique se trouve en même temps considérablement diminuée. L'équilibre tend cependant à se maintenir dans l'économie animale, par suite d'une transpiration cutanée et pulmonaire qui sert à tempérer les effets de la caloricité atmosphérique; et, en même temps, les fonctions des organes périphériques sont plus stimulées, la circulation devant être plus accélérée dans le système des capillaires. Cette influence est telle que, si ces vaisseaux contenaient -de l'eau , la vitesse du courant serait plus que doublée déjà pour une élévation de température de o à 370. La circulation peut cependant deve-
nir assez sensible pour simuler la fréquence du pouls fébrile.
Dans ces conditions, il pénètre dans les cellules pulmonaires un air plus dilaté, mais non pas plus pauvre en oxygène eu égard au volume, comme le prétendent certains médecins; cet air, moins dense, passe plus rapidement dans l'arbre respiratoire, accélère la respiration sans augmenter pour cela l'hématose ni la proportion d'acide carbonique exhalée; par contre, il soustrait au sang une quantité de vapeurs d'eau plus considérable. De là découlent une prédisposition aux congestions veineuses et une torpeur physique autant qu'intellectuelle, si ordinaire aux habitants des pays chauds.
Quant à la caloricité de l'économie, M. Valentin, qui a respiré un air chauffé à 4 1° 9, a vu que l'air expiré marquait seulement 38° 1 ; c'est-à-dire pas même i° de plus que dans une atmosphère à 200. Il semble donc que les climats chauds aient peu d'influence sur la température de l'appareil respiratoire, et, de là, sur celle qui est propre à l'économie animale.
lie point de saturation d'eau s'éloigne d'autant plus que l'air est plus chaud, comme aussi la tension, ou force élastique de la vapeur d'eau augmente, avec la température ; il en résulte donc un défaut d'équilibre entre la pression atmosphérique extérieure et la force expansive des cellules pulmonaires, où s'appliquent et la pression de l'atmosphère et la tension de la vapeur d'eau. Ainsi, d'après les expériences de M. Regnault, la tension de la vapeur d'eau à o° est de 4mm,47 et à 32°, 5 de 36mm ; de sorte que l'air du poumon, qui est saturé, à une température encore plus élevée, comme cela a lieu en Egypte à l'époque de l'année où souffle le
khamsin, exerce une pression interne de 759°"", qui est celle qui correspond à o°, plus, au moins, 36mm, qui répond à 32°5, ce qui donne 795mm pour la pression intérieure, tandis que celle de l'air, observée au même moment, descend le plus ordinairement au-dessous de 75omm, différence énorme que les meilleurs poumons supportent difficilement.
Nous voyons tous les ans se manifester, souvent d'une manière terrible, les effets de ce défaut d'équilibre sur de malheureuses victimes que l'Europe expédie, un peu légèrement, dans ce pays, au commencement de l'hiver. Les malades qui présentent des signes de tuberculisation et ceux qui sont déjà dans un état de phthisie avancée ont alors à redouter des hémoptysies mortelles. Sans aller même jusqu'à produire un pareil effet, ce vent chaud et sec excite du moins l'appareil sudoripare, accélère les battements du cœur et pousse le sang avec plus de violence vers les viscères encéphaliques et thoraciques; aussi les effets immédiats qu'il produit alors ont moins de gravité : il engendre des vertiges, trouble la vue, produit des tintements d'oreilles et gêne plus ou moins la respiration.
S'il est possible au malade d'échapper à l'action nuisible du khamsin, en quittant l'Egypte à la fin de février ou dans le mois de mars, époque à laquelle ce vent se montre assez régulièrement, il n'en est pas tout à fait de même pour les poitrinaires qui visitent Madère, où le lest souffle à des époques irrégulières ou mal définies encore. Nous en dirons à peu près autant du vent chaud et sec qui règne en Sicile. Quant à l'Algérie, les documents météorologiques sur cette partie de l'Afrique laissent encore trop à désirer pour que nous puissions les invoquer.
Les conditions de température dont nous venons de parler, et qui sont incompatibles avec de certains malades ou valétudinaires, n'existent heureusement que d'une manière très-exceptionnelle et passagère. Leurs effets étant signalés, nous allons examiner la modification qu'une température moyenne de 12 à i5°, comme celle que recherchent les malades en hiver, produit sur l'économie animale.
Par rapport au froid qu'ils auraient enduré dans les pays septentrionaux qu'ils viennent de quitter , ces voyageurs jouissent d une température plus élevée, quoique celle-ci soit toujours bien inférieure à la température de leur corps. Ainsi l'air qui vient frapper le corps tend à en abaisser la température; mais il lui soustrait d'autant moins de calorique que la différence entre la chaleur du milieu ambiant et celle de notre organisme est moins grande, que l'état hygrométrique de l'air est moindre et qu'il y a plus de calme. Ce refroidissement, qui est réel et en dehors de la susceptibilité nerveuse, se communique jusqu'aux couches sous-cutanées et musculaires. Ainsi M. Valentin a pu constater une température de 35°, i4 dans notre enveloppe périphérique, tandis que les muscles profonds, protégés contre l'action refroidissante de l'air, marquaient 36°, 9. C'est aussi ce que les expériences de Breschet et Becquerel et de Berger nous prouvent. H est donc naturel de constater, à cette température, que les fonctions de la peau s'accélèrent, comparativement à ce qu'elles eussent été dans des pays plus froids. Il n'est pas rare non plus de voir alors, par suite d'une hypersécrétion, la peau se congestionner et devenir le siège d'affections éruptives, de furoncles, d'acnés à forme spéciale, comme les boutons du Nil, etc.
La combustion moins active du carbone dans l'appareil respiratoire devient une cause de congestion dans le système veineux des glandes hépatiques et spléniques, d'où les désordres si fréquents et si sérieux du foie, de la rate et probablement aussi ceux de l'estomac et des intestins, qu'on rencontre si généralement dans les pays chauds.
Sous l'action d'une douce température, la circulation devient aussi sensiblement plus active, en même temps que les tissus se relâchent, d'où probablement cette prédisposition aux affections du centre circulatoire qu'on remarque chez les habitants des pays chauds. En même temps que la proportion de la fibrine tend à diminuer dans leur sang, les maladies inflammatoires deviennent moins aiguës, et toutes leurs affections même revêtent une forme d'adynamie dont les praticiens des pays chauds doivent être prévenus. L'anémie et la chloro-anémie se présentent avec leur aspect hideux dans la population égyptienne.
A cette cause de débilitation se lie d'ailleurs, comme dans un cercle vicieux, une moindre dépense de force exigeant une proportion moindre d'aliments comburants; et, l'appétit diminuant, la réparation est nécessairement moins complète. Le sommeil même est moins réparateur dans les climats chauds que dans les pays plus froids.
En recherchant pour des malades ou des valétudinaires le séjour des pays chauds pendant l'hiver, on a pour but nonseulement de les soustraire au froid de contrées plus septentrionales, mais surtout de les placer dans des milieux tels, qu'étant soumis à des agents moins stimulants et moins excitants, certaines fonctions de l'organisme sont moins activées, en même temps que d'autres sont entretenues par une
activité modérée et réparatrice. Prolonger davantage le séjour dans les climats chauds rend l'appareil digestif languissant, prostré les forces, émousse la fibre sensible et engourdit la motilité.
Notre but n'étant que d'apprécier l'influence des climats chauds sur la constitution de l'homme, nous n'entrerons pas dans les considérations physiologiques auxquelles peut donner lieu l'action des froids intenses sur l'économie animale ; d'ailleurs les phénomènes qui accompagnent et qui suivent la congélation des organes vivants sont connus et consignés dans tous les traités d'hygiène.
C'est en réfléchissant aux conséquences que toutes les variations et oscillations du chaud au froid produisent sur l'être organisé vivant, ainsi que nous venons de le rappeler en peu de mots , c'est après avoir passé en revue toutes ces influences que le médecin pourra se prononcer en faveur de tel ou tel climat qu'il croit devoir convenir au malade qu'il veut déplacer.
t^ II. Influence de la pesanteur de l'air sur l'homme.
Les différences quotidiennes ou annuelles, entre les pressions atmosphériques d'une station plus septentrionale et d'une autre plus méridionale, sont tellement petites qu'il serait assez difficile de préciser les modifications qu'elles exercent sur la santé de l'homme, si l'on ne tenait compte que des moyennes. Nous ne croyons d'ailleurs aucune station hibernale plus propre à influencer heureusement l'appareil respiratoire, que celles qui se trouvent au niveau de la mer
ou qui s'en écartent peu, comme les îles, les ports de mer, etc. 11 est vrai qu'à ce degré d'altitude même, la colonne barométrique subit encore parfois de brusques perturbations qu'il importe à l'homme de l'art de connaître, pour en apprécier le degré d'influence sur tel ou tel malade.
D'autre part, les voyageurs, principalement de Humboldt, Bonpland , Boussingault, Barry, Bravais, Agassiz, qui ont visité les habitations les plus élevées où vit l'homme ; et, d'autre part, l'expérience journalière que nous livrent les ouvriers plongeurs qui travaillent sous des pressions de deux atmosphères et plus, nous prouvent combien est grande l'échelle de l'altitude à laquelle nous pouvons exister sans danger. De Humboldt , au sommet du Chimborazo , n'était plus que sous une pression barométrique de 376™™, 75; et, plus tard, sous la cloche à plongeur, il supportait une pression de ii5omm,47, c'est-à-dire que celle-ci était trois fois plus grande. Mais nous ne séjournons ordinairement que pour peu de temps dans des conditions si extrêmes de la densité de l'air. M. Mùhry (1) admet même qu'il n'y a pas 20,000 hommes qui vivent, en Europe, à une hauteur de plus de 1 ,200 mètres.
Ce n'est pas l'influence de ces pressions extrêmes qui doit nous occuper; elle est connue et presque suffisamment appréciée. En nous reportant aux relevés consignés plus haut et fournis par les divers points du globe que nous avons examinés, nous ne constatons que des écarts de la hauteur barométrique moyenne (76oram), qui ne dépassent pas i5 à 20mm. Ces perturbations, rendues sensibles par la préci-
(1) Klimatologische Untersuchungen Leipzig et Heidelberg, i858.
sion de nos moyens d'investigation , paraissent intimement liées à la direction et à l'impétuosité des vents, aux changements dans la température et dans le degré d'humidité de l'air.
L'abaissement de la colonne barométrique, toutes conditions égales d'ailleurs, est plus grand dans les climats chauds que dans les pays froids; la colonne mercurielle tombe d'autant plus que l'air est plus raréfié. Cet état amène, comme conséquence immédiate, un développement plus sensible de vapeurs d'eau. Une densité moindre de l'air impressionne la peau d'une manière moins pénible qu'une pression atmosphérique plus grande; elle active la transpiration cutanée et la perspiration pulmonaire; les mouvements respiratoires deviennent plus aisés, mais aussi plus accélérés; même de brusques raréfactions de l'air gênent la respiration d'une manière plus ou moins sensible. L'inégalité considérable entre la densité de l'air ambiant et celle des gaz de l'économie vivante agit principalement sur les appareils respiratoire et circulatoire, d'où la tendance aux congestions et aux hémorrhagies pulmonaires, aux troubles du système circulatoire, qui deviennent à craindre pour ceux qui se trouvent ainsi exposés. Les hémorrhagies ne sont nullement rares quand le poids de l'air diminue subitement, comme cela arrive en Egypte , surtout sous l'influence du khamsin ; à Madère, quand règne le lest; en Sicile, à l'époque où soufflent les vents chauds et secs du S.-O., etc.
Sous l'influence de la pression atmosphérique plus faible des climats chauds, les fonctions de la vie organique, ainsi que celles de la vie de relation, perdent de leur énergie; l'appétit est moins stimulé, en même temps que les déperdi-
bons aqueuses, par la perspiration et la transpiration, sont augmentées; la sécrétion de l'urine baisse au contraire dans une proportion h peu près analogue.
Ces conditions climatériques pourraient donc être favorables aux personnes prédisposées aux affections des voies urinaires ; leur influence sur les muqueuses ressort plus nettement de ce que nous venons de dire ; mais des recherches ultérieures seules permettront de décider si, pour les phthisicjues", l'air raréfié des pays chauds n'est pas plus nuisible que l'air de certaines montagnes. Est-il besoin de rappeler que la diminution de la pesanteur de l'air rend plus dispos et égayé l'esprit? Chacun peut s'en convaincre en faisant l'ascension d'une montagne, ne serait-elle même que de médiocre hauteur.
Dans un air plus lourd, au contraire, les fonctions de la peau sont moins actives, la perspiration est moindre, la respiration devient plus lente, mais elle est aussi plus profonde; l'oxygénation du sang se fait d'une manière plus parfaite, les déperditions aqueuses, en général, sont moins grandes; il faudra donc une réparation moindre pour maintenir l'équilibre dans les fonctions de l'organisme.
Ces effets étant reconnus, les modifications atmosphériques dont nous venons de parler étant confirmées par l'observation, il s'agit d'éviter aux malades qu'on veut déplacer surtout les brusques variations de la pesanteur de l'air, qui peuvent amener bien des conditions fâcheuses.
— 2uH
§ III. Influence de l'humidité de l'air sur l'homme.
Pour prouver combien le degré d'humidité de l'air est lié aux autres conditions atmosphériques , nous n'aurions qu'à rappeler que ce milieu gazeux , mis en contact avec l'eau, tend à se saturer d'humidité, suivant le degré de température. 11 résulte de là naturellement aussi que son poids est variable; que, de plus, le degré de saturation de l'air, par la vapeur d'eau, joue un rôle important dans la pression atmosphérique. Ainsi, en supposant que dans l'air sec et à la température de o°, nous sommes sous une pression de 760111"1, il arrive, suivant le calcul des densités de vapeur de M. Regnault, que, dans le même milieu saturé d'humidité, nous subissons une pression de y6omm -+- 4mra,5, ^e qui fait 764mm,5; si, comme dans les pays chauds, la température est à 25°, la force élastique de la vapeur d'eau à ce degré étant de 23mra,55, la pression de l'air sera alors de 783°"°, 55. Donc, comme la température moyenne des mois d'hiver, dans les diverses stations de Madère, d'Algérie et d'Egypte, est à peu près de 1 5°, le poids de l'air saturé d'humidité, dans ces points du globe, est de 772""", 7, au niveau de la mer.. Il est tout simple que l'air, à n'importe quel degré de température, peut être plus ou moins saturé d'humidité, et dès lors il exerce sur l'économie animale des pressions plus ou moins différentes de celle du point de saturation. C'est de ces degrés variés de température, de pesanteur et d'humidité que dépendent la transpiration cutanée et la perspiration du poumon.
Au contact d'un air sec, renfermant, par exemple, moins (Je 5o pour ioo d'humidité, la sécrétion de la peau est activée au point que, dans les pays chauds du Nil, l'épiderme se gerce, se fendille et s'exfolie, principalement sur les parties qui sont en contact immédiat avec l'air, comme le dos des mains, le visage, etc.
Quand souffle en Egypte le vent chaud des déserts, le brûlant khamsin, alors que l'air ne contient plus que 3o, •^o,et même quelquefois seulement i5 pour ioo de vapeur d'eau, la peau devient sèche et rugueuse en peu d'heures; il semble que la transpiration cutanée soit suspendue. Mais il se fait, au contraire, de grandes pertes de vapeurs d'eau, non-seulement par la peau, mais encore par les poumons, tandis que les sécrétions glandulaires diminuent; l'urine devient très-rare. Dans cet état de l'atmosphère la bouche et le gosier se dessèchent, la soif devient impérieuse, et l'appétit est peu aiguisé. Il est bien entendu que, loin d'être supprimée, la transpiration cutanée est au contraire augmentée, exagérée même : seulement la vitesse avec laquelle la sueur passe à l'état de vapeur rend celle-ci imperceptible. On trouve même les traces les plus évidentes d'une rapide vaporisation dans le dépôt de poussière salée qui recouvre, dans ces moments, la surface cutanée. La chimie moderne devra déterminer les éléments, avec leurs proportions, qui entrent dans ces dépôts.
Quand, au contraire, dans les pays chauds, le degré d'humidité de l'air augmente, l'organisme de tout être vivant y pousse vers une exubérante végétation ; mais, ce que le corps gagne en développement, il semble le perdre en force ou en énergie. L'économie, pour ne parler que des ani-
maux, conserve une plus grande proportion de liquides, et leur échange avec ceux du milieu ambiant se fait avec lenteur; la transpiration cutanée ainsi que la perspiration pulmonaire sont d'autant moins prononcées que l'air est plus humide. L'évaporation rendue presque insensible sur la surface de la peau ne contribue pas à tempérer la chaleur de l'économie, d'où aussi un degré de relâchement dans le système musculaire et un certain abattement physique.
Une conséquence non moins sérieuse d'un air chaud et humide, c'est de rendre les sécrétions urinaires et pulmonaires plus abondantes ; c'est de permettre au sang de se dépouiller d'une plus forte proportion d'urée. Dans ces conditions, l'expectoration devient plus facile; aussi alors, quand un phthisique est arrivé dans la période de la fonte tuberculeuse, la marche de la maladie tend à devenir aiguë. Il n'est pas rare de voir en Egypte, sous l'influence d'une constitution atmosphérique semblable, que la phthisie revêt la forme galopante.
Dans un air humide, les poumons, suivant M. Lehmann, exhaleraient aussi une plus forte proportion d'acide carbonique. Cependant l'assimilation y paraît moins complète; sous son influence, la matière adipeuse s'accumule, et, en général, l'obésité prédomine parmi les habitants des pays chauds et humides ; tandis que le Bédouin du désert est d'un tempérament sec comme l'air qu'il respire.
Pour l'homme de l'art appelé à se prononcer en faveur d'un climat, il suffira de peser les considérations qui précèdent, en négligeant même les phénomènes électro-magnétiques sur lesquels nous ne connaissons encore rien de bien précis. Il devra s'aider cependant, dans son appréciation re-
lative aux autres éléments météorologiques, de l'état de la laune et de la flore qu'il trouve dans la station qu'il étudie. C'est de l'ensemble de ces faits seulement qu'il pourra déterminer les conditions climatériques à rechercher, suivant qu'il s'agit de modifier les phénomènes d'oxydation de l'économie animale, suivant qu'il se propose de soustraire au sang une plus ou moins grande quantité d'eau ou d'urée, suivant que le but à atteindre est d'appeler à la périphérie, ou de refouler dans les organes du centre une plus forte proportion du liquide nourricier, suivant qu'il cherche à activer le travail de décomposition et de recomposition, dans tel appareil ou dans tel organe, suivant enfin que l'exigent les indications les plus précises que la science lui permet de saisir.