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à cause de l'insuffisance de la production. Il y a cependant des remèdes à cet état de choses et nous arriverons certainement à triompher des difficultés. Il nous faudrait pour cela modifier la culture du müûrier et remplacer progressivement par des espèces nouvelles les arbres existants, appauvris par un long bouturage. En outre, la régénérescence de la race actuelle des vers à soie s’impose et nous pourrions, sans aucun doute, arriver à d'excellents résultats par le croisement avec d’autres races. Enfin, et c'est encore une condition sine qua non, il serait de toute nécessité de changer l’outillage tout primitif de la filature annamite et de ladoter de nos perfectionnements modernes.
Voici les moyens à employer pour l'amélioration de la qualité de la soie. En ce qui concerne l’insuffisance de production, en dehors de l’outillage perfectionné, qui permettrait d'extraire des cocons une quantité de soie plus considérable, nous devons encourager la culture du mürier et l’élevage du ver à soie. Beaucoup de terrains encore incultes sont susceptibles d’être plantés et d’après nos observations les nouvelles plantations ont toujours réussi admirablement. Peut-être pourrait-on donner aussi une prime aux Annamites qui défricheraient les terrains et s’adonneraient à la culture du müûrier.
C’est en 1897, que l’Indochine a atteint le chiffre maximum des exportations de soie avec 193.000 ki. logrammes, les années qui suivirent furent également bonnes; en 1898, l'exportation fut de 190.000 kilo-
mm 25
grammes ; en 1899, de 185.400 kilogrammes. Elle n’a jamais atteint 200.000 kilogrammes, et depuis quelques années elle est tombée à 100.000 kilogrammes et même au-dessous comme le prouvent les dernières statistiques. En 1909, l’Indochine exporta 117.757 kilogrammes de soie grège représentant une valeur de 1.919.439 francs; en 1908, l’exportation fut seulement de 79.978 kilogrammes avec une valeur de 1.303.641 francs.
La diminution estsurtout sensible pour le Tonkin: elle s'explique par une augmentation certaine de l’emploilocal de la soie. Nous avons en effet, constaté qu'une partie des grèges tonkinoises est exportée maintenant vers la Chine sous forme de tissus.
Hong-Kong est le plus important destinataire des grèges de la colonie ; elles y sont réexpédiées vers les Indes ou les pays musulmans du sud de la Méditerranée après avoir été redévidées. Le marché de Lyon est trop bien approvisionné pour pouvoir accepter sous sa forme actuelle la grège indochinoise.
En revanche, les bourres et déchets de soie sont à destination presque exclusive de la France ; le reste va vers Hong-Kong. En 1907, la métropole a reçu 106.467 kilogrammes de ces déchets représentant une valeur de 239.551 francs; en 1908, elle en a demandé 51.280 kilogrammes soit une valeur de 115.380 francs.
Le prix de la soie varie beaucoup selon la manière dont elle a été filée: celle de la filature modèle de Nam-Dinh a été cotée en France 35 francs le kilo-
gramme ;tandis qu’au même cours, la soie filée selon
le mode indigène valait au maximum à Lyon de 15 à 16 francs.L'industriel français importe de 6 à 8 millions de kilogrammes de grèges ; Lyon produit tous les ans pour plus de 500.000 francs de soieries de toutes sortes: ces chiffres sont assez éloquents pour nous montrer l'intérêt de premier ordre que peut avoir la France au développement et surtout au per-
fectionnement de la sériciculture indochinoise.
D.— Coron.— Crise cotonnière 1901-1903.— Création de la culture cotonnière dans nos colonies.— Reésultats obtenus en Indochine. — Statistiques d’ex-
portation.
Si les soieries occupent une grande place dans les statistiques du commerce français, nous savons que les cotonnades sont également pour nous une source de grande production: la question cotonnière constitue donc un problème, que nous verrions résoudre avec le plus vif intérêt. La France, comme tous les pays d'Europe, n’a pas un sol ni un climat susceptibles de produire la matière première de l’industrie cotonnière; elle aura donc recours aux pays producteurs.Parmi ceux-ci, il faut citer l’Égypte,la Chine, le Japon et surtout les États-Unis qui fournissent à eux seuls les 4/5 de la production mondiale. Nous voilà done tributaires de l’étranger,qui peut brusquement nous refuser cette matière première et du jour au
lendemain ruiner une de nos plus florissantes indus-
CE nTe
iries. De plus, la quantité de coton exporté par l’Amérique doit forcément diminuer chaque année en raison du développement que ce pays donne à ses fabriques de cotonnades.La consommation de ce produit en Amérique suit une progression ascendante et simultanée avec la population, qui augmente d’une façon prodigieuse. Il fallait s'attendre à une crise cotonnière et celle-ci ne manqua pas de se produire avec une grande intensité dansles années 1901-1902- 1903. Le seul moyen d'’enrayer cette crise qui menaçait une de nos industries nationales était d’implanter la culture du coton dans nos colonies.
Dès 1901, M. Esnault-Pelterie, prévoyant le malaise, qui devait se produire, décida de fonder un syndicat général de l’industrie cotonnière. Celui-ci créé, on posa le problème et l’on se mit à l’œuvre pour savoir quelles colonies réuniraient les conditions elimatériques nécessaires à la culture du coton. Le 1% janvier 1903, l'association cotonnière coloniale fut définitivement constituée. On fit successivement des essais: en Nouvelle-Calédonie, les résultats furent négatifs ; en Algérie et Tunisie, les plantations n’eurent qu’un succès fort relatif. Par contre, à Madagascar, au Sénégal, au Soudan particulièrement dans la région du Niger et dans notre colonie de l’Indochine les efforts de nos compatriotes pour la création ou le développement de la culture du coton furent couronnés de succès. Nous nous occuperons seulement de ce qui a été fait en Indochine. Les plantations
au Tonkin ne donnèrent que des résultats pito yables
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malgré la diversité des graines semées. Il en fut autrement au Cambodge et en Annam. Dans ce dernier pays notamment le coton pousse un peu partout; loutefois la qualité manque à ce produit et il ne peut être exporté en France, car la plupart des fabriques de la métropole le refusent comme impropre à la filature. Au Cambodge, au contraire, nous avons obtenu sous tous les rapports d'excellents résultats : les cotons sont soyeux et pourraient être utilisés par nos fabricants ; mais ils sont accaparés par les Japonais et les Chinois. Bref, la culture du coton ne fait que naître dans notre colonie et il faut bien le dire les plantations n’ont été, jusqu’à ce jour, d’aucun secours pour la France. Certains prétendent mème, ceci ne s’applique pas aux cotons cambodgiens à l’abri de tous reproches, qu’en raison de la qualité inférieure de la récolte indochinoise, il est inutile d’encourager la plantation. Ce n’est pas là notre avis :ilest fort possible que le produit s'améliore grâce à la culture moderne et au perfectionnement de l'outillage de la filature encore très primitif. D'ailleurs, en admettant que la France ne doive pas en profiter d’une façon directe en raison de la mauvaise qualité du coton, ce qui n’est pas complètement prouvé, elle peut par son initiative donner une nouvelle source de richesse à sa colonie, qui emploiera ce produit pour ses indigènes. « C’est ainsi, dit M. Albéric Neton dans son livre : /’Indochine et son avenir économique, qu’encouragés par des lentatives européennes, on peut
voir dans le chaû de Chien-Thon (cercle de Bao-Ha)
plus de deux cents familles s’adonner exclusivement à la culture du coton et en récolter suffisamment pour en trafiquer après avoir fabriqué leurs vêtements.» Le coton de cette province serait, paraît-il, assez recherché par les Japonais: il semble très blane, exempt d'impuretés et propre à la confection des meilleurs tissus. D’après ce témoignage, les Européens pourraient, à notre avis, se lancer dans les entreprises cotonnières en Indochine et devraient en retirer un profit certain. La main-d'œuvre ne manque pas: ce qui manque c’est l’initiative,ce sont encore plus les capitaux. A l’heure actuelle, notre colonie compte trois filatures de coton,toutes trois au Tonkin, ce sont la filature d’Hanoï de 10.300 broches, celle de Haïphong 20.000 et celle de Nam-Dirh 25.000.
L'exportation du coton indochinois en laine et non égrené se fait surtout vers l’entrepôt de Hong- Kong pour être ensuite réexpédié en Chine et au Japon; la France n’en reçoit qu'une très faible quantité. Pendant l’année 1907, il a été exporté d’après les statistiques des douanes 5.214.413 kilogrammes de coton, représentant une somme de 2.576.794 fr. ; en 1908, on constate une augmentation considérable l'exportation se chiffrant par 7.381.006 kilogrammes d'une valeur de 4.353.441 francs. Il nous est donc permis de croire, malgré certaines assertions pessimistes,que la production du coton en Indochine est
appelée au plus brillant avenir.
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E. — Poivre. — Surproduction de cette denrée. Statistiques d'exportation.
L'Indochine produit de 4.000 à 5.000 tonnes de poivre ; ce qui est supérieur à la demande de la métropole. Or, c’est la France qui constitue à peu près le seul débouché du poivre indochinois et elle n’en réclame que 2.800 à 2.900 tonnes par année. Malgré cela,les cultures poivrières ont beaucoup augmenté, au Cambodge notamment, et les planteurs ont été obligés ces dernières années de limiter leur production. Nous retrouverons d’ailleurs cette question lorsque nous étudierons le commerce de l’Indochine avec la France et la législation de la métropole relativement au régime des poivres de la colonie.
Les planteurs ne doivent donc pas s’exagérer l’importance que peut atteindre cette culture, d’autant plus que l’Indochine n’est pas le seul pays asiatique producteur de poivre : elle ne vient même qu’après la péninsule malaise, l'Inde et les Indes néerlandaises. [ls doivent tenir compte que le poivre est une denrée de consommation limitée, qui, au surplus, n’est pas susceptible d’une augmentation considérable, en admettant mème qu'elle puisse prendre un plus grand développement. Enfin, les poivres de l’Indochine sont cotés sur le marché de Cholon plus cher que ne le sont ceux cotés sur le marché de Sin-
gapour ; cela tient au régime de la détaxe de 50 °/,
ne
dont jouissent les poivres indochinois à leur entrée dans la métropole. C'est là une condition défavorable pour lutter sur un marché libre. L’exportation, faute de débouchés suffisants, doit donc nécessairement diminuer. C’est ce que prouvent les statistiques des douanes : en 1907 l’Indochine exporta en France et vers l’entrepôt de Hong-Kong 5.025.346 kilogrammes de poivre, alors qu’en 1908, elle n’en exporta que 4.059.757 kilogrammes. La différence paraît légère, il est vrai ; mais à notre avis, elle s’accentuera encore dans les années qui suivront.
F. — Thé. Café. Tabac. — Autres produits
d'importance secondaire. — Possibilités industrielles.
La province de Quang-Nam avec Tourane comme port est le centre de la culture du thé.Celle-ci actuellement est bien négligée par les indigènes: l’arbre est mal taillé et la feuille n’est ni choisie ni séchée avec assez de soins. Certaines régions pourtant se prèteraient fort bien à cette culture, notamment l’Annam; les frontières de la Cochinchine et la partie montagneuse du Cambodge qui longe le golfe de Siam semblent réunir les conditions de terrains et de climat nécessaires pour le succès de la plantation d'arbres à thé.
Grâce aux colons et aux Français, qui tiennent à diriger les productions des indigènes dans certaines
régions de l’Annam et du Tonkin, l’Indochine est
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arrivée à pouvoir fournir 260.000 kilogrammes de thé, à la métropole. Ce produit est d'autant plus intéressant pour notre colonie que la consommation mondiale ne cesse d'augmenter et tout fait prévoir que cet accroissementira ens’accentuant de plus en plus. Ces trois dernières années ont déjà élé caractérisées par une demande supérieure à la production, ce qui prouve que l’usage du thé se généralise. Parmi les variétés de thé, il convient de citer les thés de Ceylan et ceux de la Chine. Les premiers nommés, grâce aux efforts des planteurs, à la publicité et à la réclame qu’ils ont su faire à leurs produits, ont atteint au point de vue exportalion un développement extraordinaire. Cependant le thé chinois est préféré en général au thé de Ceylan etcomme les thés d’Indochine sont de la même espèce que ceux de la Chine, il y a là des possibilités d’exportations importantes vers les pays européens. Le thé indochinois peut donc être appelé au mème avenir brillant que le thé de Ceylan, de la Chine ou de Java; mais à la condition de surveiller cette culture, de régénérer l'espèce des arbres et d'apporter un plus grand soin dans le choix et le séchage des feuilles de l’arbre à thé. Il est de notre devoir de combattre l’inertie des indigènes et de collaborer à l’œuvre de nouvelles plantations. D’après les dernières statistiques, l'exportation de ce produit s’est élevée en 1907 au chiffre de 1.249.331 kilogrammes représentant la somme de 3.747.993 francs; en 1908, elle a été de 1.344.706 kilogrammes d’une valeur de 4.034.118 fr.
Nous constatons donc un léger progrès, qui devrait s’accentuer de façon rapide, si les efforts de nos colons parviennent à faire rivaliser les thés indochinois avec ceux de la Chine et de Java, qui sont de mème espèce.
Le café, production secondaire de l’Indochine nous intéresse cependant en raison de la grande consommation de ce produit en France. Les colons des régions méridionales du Tonkin lui ont consacré de grands efforts. Pour encourager la plantation, l'administration avait négligé jusqu'ici de percevoir l'impôt sur les terrains plantés de caféiers ; mais tout récemment on a voulu percevoir un impôt de 20 centimes par mans (3.600 mq.), impôt qui devait monter progressivement et atteindre une piastre la cinquième année de culture. Il y eut alors une protestation unanime des colons européens, qui essayèrent de démontrer que les planteurs de café pouvaient à peine couvrir leur frais et vivre très médiocrement. Dans un procès-verbal de la Chambre d'agriculture du Tonkin, on voit également les planteurs de café se plaindre de ce qu'il n’y ait « pas de culture colonialeau Tonkin, qui ait demandé plus de capitaux, plus de travail et occasionné plus de désillusions que la culture du café ». Mais les plaintes ne sont pas suffisamment désintéressées pour être admises sans contrôle et nous persistons à croire qu'il y a dans ce produit une source de profit pour notre colonie. L’exportation du café en fèves se fait
surtout vers Singapoore, la France, Hong-Kong et
Gay-Lugny . $
l'Angleterre, elle s’est élevée en 1907 à 150.784 kilogrammes représentant 376.960 francs ; en 1908, elle n’a atteint que le chiffre de 116.953 kilogrammes d’une valeur de 292.382 francs.
Le tabac est cultivé un peu partout en Indochine pour la consommation indigène ; le jour où des soins appropriés lui auront donné les qualités que réclame le consommateur français, il pourra trouver dans nos manufactures un débouché important. Quelques planteurs européens ont fait des essais de cette culture dans le sud de l’Annam et au Tonkin, les résultats qu'ils ont obtenu leur ont donné plus que des espérances. Une manufacture a même été’ installée à Hanoï; elle livre à la consommation des produits : cigares, cigarettes et tabac qui peu à peu prennent la place des produits similaires de Chine et de Manille.
La canne à sucre est récoltée dans certaines terres de l’Annam et du Tonkin en quantité appréciable, mais sa culture et aussi les procédés de fabrication du sucre sont encore trop primitifs.
Le caoutchouc, provenant du Laos et de l’Annam, deviendra l’objet d’un commerce important lorsqu'on pourra tirer parti des lianes à caoutchouc de la vallée du Mékong.
L'huile de badiane se fabrique dans la région de Langson au Tonkin. Cette province ale monopole de ce produit, qui est expédié en France pour la presque totalité. La récolte des fruits et leur distillation,
faites avec plus de soins, feraient augmenter la quan-
Ne MENT Car)
tité de l’huile en même temps que le chiffre de son exportalion.
Les cocoliers sont nombreux en Indochine et une nouvelle plantation s'impose tout le long de la côte d'Annam méridional et sur les bords du golfe de Siam. En 1908, la Cochinchine exporta environ 5.000 tonnes de coprah : ce qui est peu étant donné les ressources en cocotiers et la demande toujours croissante de la métropole. Parmi les autres cullures figurant pour des sommes diverses dans les staustiques citons : l’aréquier, qui constitue la chique si appréciée des peuples asiatiques ; l’ouatier servant à la confection des matelas ; le ricin, l’arachide, le bambou, la ramie, le jute, l’abaca ou chanvre de Manille, la cannelle, l’arbre à laque et à vernis, la badiane ou anis étoilé ; enfin les plantes tinctoriales, le cunao parliculier au Tonkin et l’indigotier qui vient surtout au Cambodge.
A ces productions agricoles proprement dites, il faut ajouter les richesses forestières de la région montagneuse du nord de la Cochinchine. Dans les forêts de l’Indochine, on y trouve depuis le pin et le teck jusqu'aux bois les plus précieux : bois de fer, de rose, d’ébène et de santal. Notre colonie renferme aussi des richesses minières importantes : on trouve en Annam et au Tonkin des traces de mines d’or, d'argent, de fer, de cuivre, de plomb, d’'antimoine ; mais La plus précieuse est le charbon, qui se rencontre en abondance sur le Haut Fleuve Rouge en An-
nam et au Laos.
L'étude qui:vient d’être faite serait incomplète, si nous ne parlions pas des transformations des matières premières en Indochine. Depuis quelques années, l’industrie a fait dans notre colonie des progrès considérables grâce à la création d'usines et de fabriques importantes. Cette question, il est vrai, intéresse plutôt à l’heure actuelle le commerce intérieur, car les produits transformés sont en majeure partie consommés ou employés par les Annamites ; cependant l’industrie a également une influence sur le commerce extérieur et cette influence grandit de jour en jour. Les matières premières sont évidemment le signe caractéristique de la richesse d'un pays; mais ce n’est que par latransformation des produits de son sol et de son sous-sol, en un mot, par les possibilités industrielles, qu’une nation peut atteindre l’apogée de la prospérité économique.
Nous allons examiner la situation actuelle de l’industrie dans les divers pays de l’union indochinoise et voir sile nombre des usines et des fabriques déjà considérable ne pourrait pas encore augmenter dans de notables proportions.
L'industrie à pris au Tonkin un développement qui fait bien augurer de l’avenir. Cette partie de l’Indochine est d’ailleurs très bien servie par une quantité de voies fluviales navigables, servant au transport des matières premières et des produits transformés. De plus, la construction de chemins de fer et de tramways, reliant les principales villes du Tonkin, facilitent encore les communications.
Le riz est traité dans diverses distilleries pour la fabrication de l'alcool de riz. Il existe au Tonkin deux usines : une à Hanoï et l’autre à Nam-Dinh. La fabrication porte non seulement sur l'alcool destiné à la consommation; mais aussi sur l’alcool dénaturé servant pour l'éclairage et pour les machines.
Le coton fait l’objet d’une industrie qui prendra une grande extension en Indochine. Il y a actuellement au Tonkin trois filatures: à Haïphong, Hanoï et Nam-Dinh. Les filés de coton sont exportés surtout au Yun-Nan et dans les provinces de la Chine méridionale. Les trois filatures du Tonkin sont des industries européennes, par conséquent munies d’un outillage perfectionné permettant de tirer du coton le parti le plus avantageux. La Société cotonnière de l’Indochine est la raison sociale de la filature de Haïphong. Cette usine date de 1901, elle a 20.000 broches avec un moteur de 8.000 chevaux. L'usine de Hanoï est la plus ancienne, elle date de 1894, et malgré cela elle n’a qu'un nombre de 10.300 broches avec un moteur de 400 chevaux. La filature de Nam-Dinh ou Société cotonnière du Tonkin est la plus importante, son outillage est le plus moderne. Elle a été créée en 1900 et compte 25.000 broches. Ces filatures sont alimentées par les cotons de l’Annam, de la Chine et de l'Inde.
Il s'est également fondé à Nam-Dinh une filature de soie : Société française des filatures de soie du Tonkin. Pour montrer le bénéfice que peuvent reti-
rer les industriels, disons que les fils de soie, sortis de cette usine et filés à l’européenne se vendent en France 35 francs le kilogramme ; alors que la soie, filée suivant la méthode indigène, ne vaut qu'une quinzaine de francs.
Les jones sont travaillés dans des fabriques de nattes coloriées à Bong-Hay et à Phat-Diem; les bois et leurs dérivés sont traités dans d'importantes fabriques de meubles; les produits céramiques occupent de nombreux ouvriers dans les usines de Dap- Cau et à Hanoï.
Il existe à Haïphong une usine pour la fabrication des ciments Portland artificiels de l'Indochine et les chaux hydrauliques. Ces produits sont exportés presque exclusivement vers la Chine et vers l’entrepôt anglais de Hong-Kong. On trouve enfin au Tonkin des fabriques d’albumine,de celluloses,de papiers, d’explosifs chloratés et aussi une brasserie construite à Hanoï par les soins de M. Homel, dont la bière lutte avec avantage avec les bières d’importation.
L’Annam est un pays moins industriel que le Tonkin, on y trouve cependant plusieurs industries florissantes. À Quang-Nam, la maison Derobert frères possède une raffinerie de sucre et exporte des mélasses et des confitures, À. Thua-Tien, la maison Bogaert fait un commerce assez conséquent de chaux hydraulique, balustres, carreaux et mosaïques. A Nghé-An, une société anonyme : la Laotienne possède une scie-
rie à vapeur et exploite les produits forestiers. Ce
RE — sont là des industries européennes ; mais il existe en outre des industries indigènes. Elles consistent en fabriques de nattes, de papiers, d’éventails, d'huile d’arachide, de poteries, de saumures ; citons aussi les distilleries dont la plus importante est la distillerie chinoise de Phan-Rang.
La Cochinchine est surtout une contrée agricole c’est le grenier de riz de notre colonie. Néanmoins, certaines industries se sont créées dans cette contrée et y ont prospéré. Citons parmi les plus importantes :les fabriques de travaux en fer et de matérie] des chemins de fer de la Société française industrielle d'Extrême-Orient; la distillerie de la Société des distilleries de l'Indochine, qui est installée à Cho-Lon; la fabrique de conserves d’ananas, de mangoustan et de fruits du pays à Saïgon et enfin la briqueterie de Vinh-Long dirigé par M.Mulot.
Dans le Cambodge, l'industrie européenne est peu développée on y trouve une scierie à vapeur à Kratié, une usine à glace à Pnom-Penh et une fabrique de sirops et d’eaux gazeuses également à Pnom-Penh. Dans le Laos, l'industrie est presque nulle, cela tient très probablement au manque de moyens de communications : la question du Mékong navigable dans cette région est encore un problème à résoudre. C’est à peine si nous pouvons citer une exploitation de tecks à Xieng-Kong presque abandonnée à l’heure actuelle à cause de la difficulté du flottage des bois.
La production industrielle ne fait que naître en
Indochine et cependant les résultats déjà obtenus
sont plus que satisfaisants. La quantité considérable de matières premières, qui existe dans cette partie du continent asiatique doit assurer un brillant avenir aux industries de toutes sortes : fabriques de tissus de coton, de tissus de soie, de papier, distilleries d'alcool de riz, raffineries, etc.; nous sommes donc en droit d’espérer que, dans un laps de temps peutêtre assez proche, alors que les capitaux français n’hésiteront plus à se porter là-bas, notre colonie deviendra à la fois un grand pays agricole et industriel.
L'étude qui vient d’être faite sur la production de l’Indochine, nous montre les puissantes ressources qui existent dans notre colonie. Il ne tient qu’à nous de développer ces richesses et de donner à notre possession cet essor de prospérité qui doit, à notre avis, la maintenir au premier rang dans notre
empire colonial.