‹ Du commerce français en ChineChapitre 8 sur 19 · CANTON · texte numérisé non relu

CANTON

Canton a été longtemps le seul port de commerce ouvert aux Européens. Les thés, les soieries, les porcelaines, et généralement tous les articles recherchés par les Européens, étaient apportés à Canton de l’intérieur, tant par la rivière du Tigre et les canaux qui sillonnent en tout sens la Chine, que par la voie de terre et par celle de mer au n/oyeii des joncjues chinoises. Les conséquences de cette mesure étaient de faire arriver les produits chinois grevés de frais considérables de transport et de transit; ainsi, par exemple, les thés étaient portés à dos d’homme à travers les hautes montagnes qui s’élèvent au N. de Canton. On se tromperait si l’on pensait que le gouvernement chinois, si profondément versé dans les sciences économiques, n’avait pas compris les inconvénients de cette centralisation; mais ils disparaissaient à ses yeux devant l’intérêt qu’il attachait, dans les vues de sa politique exclusive, à garantir le plus possible les populations chinoises du contact des Européens. C’est dans ces mêmes vues que la compagnie des marchands hongs avait été créée. La guerre a renversé ce système, et le commerce, devenu libre, s’avance dans une voie de progrès dont il est difficile de poser la limite. Avec lui, les contacts se multiplient, les deux civilisations font connaissance ; elles apprennent à s’apprécier et à reconnaître que ni les Européens ni les Chinois ne méritent le nom de barbares qu’ils se donnaient réciproquement naguère.

Le port de Canton a fait en i844 pourprés de 25o millions de francs d’affaires, et dans cette valeur le commerce de l’opium , commerce de contrebande , ne figure pas.

Quelle influence l’ouverture des quatre ports, situés au N. de Canton, exercera-t-elle sur le commerce de ce dernier? Les deux années qui viennent de s’écouler, sans nous fournir assez de faits pour répondre catégoriquement à cette question , qui demande, pour être résolue, que les produits de l’intérieur aient eu le temps de prendre leur direction naturelle vers les ports qui leur sont, aujourd’hui, ouverts, nous permettront cependant de juger d’une manière générale la part que conservera Canton dans le commerce de la Chine avec l’étranger.

Kemarquons d’abord que bien que, depuis deux ans, l’exporia lion de quelques articles ait diminué , cependant le chillre total des affaires de ce port s’est accru relativement à 18^2 et i843, dans une proportion plus forte que celle des années antérieures. Si la marche progressive de la prospérité de Canton ne s’est pas arrêtée, cela n’a donc tenu qu’à ce que ce port a ressenti l’influence du mouvement général communiqué à la Chine par le commerce européen, influence plus puissante que n’a pu être celle du partage forcé de son commerce avec les autres ports récemment ouverts.

Bien qu’une grande partie de la soie brute de la province de Kiang-Sou ait déjà suivi la voie naturelle qui s’offre à son exportation, par le port de Sang-Haï, et que cet article tende de plus en plus à déserter le port de Canton , comme le feront plus tard les thés verts des provinces septentrionales de la Chine, ainsi que le thé noir de Fo-Kien, le port de Canton n’en conservera pas moins une immense importance, en raison d’abord des habitudes commerciales qui se déplacent moins aisément en Chine qu’ailleurs, puis parce que les marchands hongs, s’ils ont perdu leurs privilèges , restent possesseurs de capitaux considérables qui attirent et retiennent les affaires; ajoutons enfin que Canton est un centre de fabrication des plus importants dans tous les genres. Nous ferons connaître ailleurs, en même temps que les divers procédés de fabricatiqn des Cantonnais , la la situation de leurs principales industries. Comme centre d’approvisionnement d’un pays déjà habitué aux produits européens, Canton conservera toujours une grande importance commerciale. Les Anglais y ont importé en i844 pour environ 87 millions de coton en masse de Bombay, de Madras et du Bengale. Deux échantillons de ces cotons sont remis à l’appui de ce rapport.

Sous le n® 10, coton de Bombay, importé à Canton par balles de 4oo livres anglaises, au prix de 85 centimes le kilogramme.

Sous le n° 1 1 , colon de Madras , importé en Chine par balles de 3oo livres anglaises, au prix de 97 centimes le kilogramme.

Les Etats-Unis ont aussi commencé à importer du coton ; la quantité vendue par eux à Canton, en i844, s’est élevée à 1,177,800 kilogrammes : un échantillon est remis à l’appui de ce rapport.

Sous le n® Il (6w), coton des États-Unis, importé à Canton en balles de 45o livres anglaises, au prix de 85 centimes le kilogramme.

On sait aussi que les Anglais ont placé à Canton, en i844i pour une valeur de 44 millions de francs en long-cloth, toiles de coton imprimées, draps lings-eils, et autres tissus de laine, fils de coton, fer en barre, etc., etc. Les Etals-Unis y ont trouvé le placement de i3 millions de francs de marchandises, parmi lesquelles les sheetings et les drills entrent pour près de 3 millions. Des échantillons d’étoffes de coton sont remis à l’appui de ce rapport.

Sous le n° 19, sheeting des États-Unis, la pièce de 36™, 56 valait 16 fr. 5o c. à Canton, en i844.

Sous le n° 20, drill des États-Unis, la pièce de 27^,42 valait i4 fr. 85 c. à Canton, en 18 44.

AMOY^

Amoy, en chinois Hiamun, est située sur une petite île dépendante de la province de Fo-Kien : cette ville et celle de Fou-Chow-Fou sont les deux ports du Fo-Kien que le traité de Nankin a ouverts au commerce européen.

Vis-à-vis d’Amoy, et à environ un demi-mille, se trouve l’île de Koulongsou, où les Anglais avaient établi garnison, et qu’ils ont évacuée en raison de son insalubrité.

Amoy est l’un des ports de Chine qui , dans les anciens temps , ont été le plus fréquentés par les Européens. Les Portugais, les Hollandais, les Anglais, les Espagnols s’y sont tour à tour établis, mais jamais d’une manière permanente, à cause des vexations continuelles auxquelles ils étaient exposés. Toutefois ce porta presque toujours entretenu des relations assez suivies avec Manille, où les jonques chinoises portaient chaque année un certain nombre d’émigrants, et d’où elles revenaient chargées de riz. Amoy a été et est encore le principal point d’émigration de la Chine. La province de Fo-Kien a peuplé successivement la plupart des îles de l’archipel indien. Dans l’espace compris de l’est à l’ouest entre Manille et Pinang, et du N. au S. entre le

*'Les renseignements que nous donnons sur Amoy, F'ou-Cliow-Fou etTcbusaiiont été recueillis par M. Lavollée, ailjoint à la mission française en Chine. Nous tenons les autres de plusieurs négociants recommandables et de M. Demas, consul d’Espagne en Chine.

Toiiquiii et les îles de la Sonde et Soulou, les Fokiiiois, forcés de s’exiler de leur pays, trop pauvre pour nourrir sa nombreuse population , ont fondé des colonies florissantes : partout où ils se sont établis, leur industrie, leur esprit commercial, et surtout leur travail opiniâtre , les ont rendus, sous un certain point de vue, les maîtres du pays. Ils n’ont pas tardé à supplanter le commerce indigène, et se sont rendus nécessaires aux Européens. Jalousés et détestés des uns et des autres, ils subsistent néanmoins, et exploitent lucrativement, en dépit de tous, ce qu’on pourrait appeler leurs conquêtes commerciales et pacifiques, les seules dont les Chinois soient aujourd’hui capables. C’est un fait bien intéressant à observer, et qui fait^rand honneur à la persévérance chinoise, que les agrandissements insensibles de ce peuple, au milieu des tribus quelquefois sauvages et barbares, devant lesquelles le génie entreprenant du commerce européen a lui-même échoué; et en même temps il est curieux de voir dans les colonies européennes, à Manille, à Java, de cjuelle fa(^on il s’est imposé à la longue comme condition de prospérité industrielle. Là le Chinois joue exactement le rôle du juif en Europe, au moyen âge; supérieur en intelligence à l’indigène, il trompe et dépouille artificieusement celui-ci, qui le hait ou le méprise, et s’en venge à l’occasion par la violence.

Le Chinois qui émigre conserve l’esprit de retour; il ne se con sidère que comme passager dans le pays où il est venu chercher fortune ou une existence meilleure : que ce soit amour du pays, superstition , orgueil national , c’est du moins un des traits les plus profonds du caractère chinois. Constamment préoccupé de cette idée de retour, il ne se contente pas de la seule pensée qu’il reverra un jour son pays : il lui faut plus, il veut, autant que possible , que la vie du moment lui rappelle, lui représente la Cliine. Il conserve religieusement ses habitudes, sa langue, ses préjugés ; il se nourrit des mêmes mets, s’habille des mêmes vêtements; il n’estime que ce qui est en Chine, et n’aime à se servir que de ce qui en vient. Il ne se dépayse pas au contact des populations qu’il est venu chercher, il ne leur emprunte que ce qui est absolument commandé par les intérêts de son commerce ou par les lois de la nature, c’est-à-dire leur langue , dont il fait un patois, et quelquefois une femme, qu’il laisse ou plutôt qu’il rend en parlant. Une communauté chinoise est partout la niênie , quelque part qu’on la prenne , et cette persévérance dans

les anciennes habitudes, cette consommation, portée au loin, des produits de la terre natale, en un mot, cette lidélité en tout des Chinois à la Chine, fait que cette dernière possède, malgré elle et contrairement à ses lois, mais sans frais, sans embarras, les meilleures colonies qu’un gouvernement puisse ambitionner, et un marché assuré toujours croissant.

C’est ce commerce d’approvisionnement de l’émigration chinoise qui a fait longtemps toute l’importance d’Amoy, et qui a développé si activement dans ce port la navigation de Fo-Kien. On évalue aujourd’hui a près de 5 millions le chiffre de la population chinoise répandue dans l’archipel indien, vaste marché où la Chine presque seule est admise.

Avant l’ouverture d’Amoy au commerce étranger, ce port avait le monopole des transports à destination des établissements chinois. La mousson du N. E. portait régulièrement vers le S. à Singapore, Manille, Batavia, Soulou, etc., etc., les grosses jonques chargées de marchandises et d’objets du pays, et ces jonques, ramenées par la mousson du S. O. , rapportaient quelques produits européens. Un seul voyage par an donnait bénéfice. Les cargaisons, au départ, se composaient de ces objets vulgaires de la consommation commune que la Chine fabrique à si bas prix, et que d’ailleurs, comme nous l’avons expliqué plus haut, les émigrants préfèrent par la seule raison qu’ils viennent de Chine. C’étaient des habillements confectionnés , des chaussures, des parasols, des lanternes, des joss-sticks, des papiers à brûler, de l’encens, etc., et mille autres produits que, depuis, les Européens comprennent sous le nom général de chowchow cargos. Les jonques en même temps transportaient, ramenaient les émigrants, qui, se partageant un navire, partaient et revenaient avec leur fortune à faire ou faite , contenue dans un de ses compartiments. On peut juger combien ces rapports étaient nombreux , lucratifs pour la navigation chinoise , et, en particulier, pour le port d’Amoy. Ajoutons que si, d’un côté, les Chinois, à l’extérieur, répugnent constamment à se servir des produits étrangers, ils ont su, maintes fois, substituer, aux objets en usage dans les pays où ils s’établissent, les produits économiques, et souvent plus utiles, de l’industrie chinoise. Resserrée en soi et pénétrante au dehors, cette population fidèle et intelligente rend ainsi un double service au commerce delà mère patrie, et agrandit ses marchés. C’étaient les jonques

qui profilaient de ces avantages et se partageaient tous les frets. L’introduction des navires étrangers dans le port d’Amoy a dû amener, pour ces transports , une concurrence redoutable à la navigation des jonques.

En effet, du moment que les Anglais s’établirent à Singapore, le pavillon chinois devint plus rare à Malaccd, à Batavia et autres points environnants; mais au moins les facilités apportées par la création de ce vaste entrepôt augmentèrent le nombre des jonques qui vinrent y concourir à l’approvisionnement de l’archipel. Il en fut autrement lorsque Hong-Kong fut fondé et que les ports furent ouverts. Les jonques diminuèrent à Singapore et même à Manille et vinrent peu à Hong-Kong: il ne leur resta que quelques points oubliés au milieu des détroits, tels que Soulou, Bornéo, etc., que put garder à grand’peine la navigation au long cours du Céleste Empire. Le pavillon européen chassa devant lui peu à peu le pavillon chinois , et le ramena presque dans les eaux intérieures. Que peuvent, en effet, ces jonques lourdes, lentes, organisées par un seul voyage, menacées par les typhons et par les pirates, contre les navires légers, rapides, toujours en course, que leur oppose l’Europe. Amoy eut à souffrir de ce changement brusque, qui introduisit dans son port les bâtiments étrangers, et y fit rentrer ces nombreuses jonques qui croyaient aller si loin !

Mais si la navigation du Fo-Kien se trouva compromise par la navigation étrangère, les transactions, en général, prirent plus d’extension, et les échanges, plus directs, devinrent plus nombreux. Les Européens vinrent à Amoy présenter le commerce et non pas la ruine. La province entière se vit assurée de ne plus manquer de riz et de l’obtenir rapidement et à moins de frais, et les négociants, en particulier, purent espérer de partager un jour les bénéfices des anciens hongs de Canton sur la vente des thés noirs , de l’alun et des autres produits de l’industrie fokinoise , qui , elle-même , se trouva ainsi stimulée par la certitude d’une demande plus considérable.

Il faut encore du temps pour que l’effet prévu soit complet. Les développements qui vont suivre expliqueront, d’après les chiffres du consulat anglais, l’importance de la navigation et du commerce étranger au port d’Anioy.

Pendant le i®" semestre i8/j5,

li est entré au port d’Amoy : 14 navires anglais 2,031 tonneaui.

12 navires étrangers autres que anglais 3,389

26 navires. 5,420

On peut conserver à peu près les mêmes chiffres pour la sortie.

Pendant la même période ,

Les importations par navires anglais ont été de. 58,975 10 0 3/4 livres’

Et les exportations de 5,841 9 1

Total 64,816 19 1 3/4

Les importations par navires autres que anglais ont été de 37,367 12 0

Et les exportations de 12,002 0 11

Total 38,569 12 11

Total du commerce général, ii4,i86 12

Le total des importations par tous les pavillons a été de 96,343 2 0 3/4

Celui des exportations de 17,843 10 0

Différekce en faveur des importations 78,499 12 0 3/4

1° Commerce anglais. — Le commerce anglais emploie, en général , des navires de faible tonnage. Le voisinage de Hong- Kong, où l’on peut arriver en trois jours avec bon vent, permet des communications de- cabotage entre ce port et celui d’Amoy. Aussi voit-on , par les états , que la somme du tonnage des 1 4 navires anglais , est moins élevée que celle des autres navires étrangers.

Les principaux articles d’importation par navires anglais ont été : les cotonades, 43,701 pièces; le coton {threadandjarn), 2,102 piculs; les étoffes de laine , 1,893 pièces; les riz, les rotins, des bois de sandal et de sapan, des nids d’oiseaux, des holothuries {hicho de mare)^ du poivre, etc.

Les exportations par ces mêmes navires ont consisté en sucre brut, sucre candi, à destination des possessions anglaises de rinde et en chowchow-cargos (le terme a été expliqué plus haut). Durant la période correspondante de i844, c’est-à-dire du 1®'' janvier au 3o juin, les importations par 21 navires anglais du port de 5,942 tonneaux , s’étaient élevées

A 09,365 livre»'

Et les exportations, à 3,783

Total

Par conséquent, il y a eu en i845 une infériorité de 9,332 1. i5 s. 1 I d. dans le commerce anglais, relativement à i844 (pour les six premiers mois).

Pendant le 2® semestre i844,

3o navires anglais , jaugeant ensemble 8,981 tonneaux, ont effectué :

Une importation de 171,642 livre*.

Et une exportation de 35,508

Total 207,150

Entre le 2® semestre i844 et le i®*" semestre i845, la différence est encore plus grande ; mais elle s’explique en partie par l’influence des moussons à l’époque des arrivages.

D’autres causes de cette infériorité relative de i845 seront exposées plus loin.

2® Commerce étranger, autre que anglais.

Voici le détail de la navigation étrangère , autre que anglaise , au port d’Amoy.

6 navires espagnols 918 tonneaux (5 venant de Manille, 1 de Sangliai).

2 navires américains. 1,197 tonneaux (1 venant de Manille, 1 de Canton).

1 navire hollandais 404 tonneaux {venant de Singapore).

1 navire brcmois 320 tonneaux (venant de Singapore).

1 navire suédois 300 tonneaux (venant de Singapore).

1 navire français 250 tonneaux (venant de Bourbon et Penang).

12 navires de 3,389 tonneaux. .

Les principales importations par ces navires ont consisté en t cotonnade, 7,228 pièces; coton, 7,821 piculs; étoffes de laine, 260 changs ; en riz et surtout en produits des détroits, tels que rotins, bois de sapan et de sandal, holothuries, nids d’oi- .seaux, noix, bétel, huile, étain, etc., etc.

- Les exportations ont consisté en sucre candi , tabac , et tout ce qu’on est convenu de ranger sous la dénomination de chowchow cargos.

Le commerce étranger, anglais ou autre , a donc opéré à peu près sur les mêmes articles et les produits des détroits pour l’importation ; les chowchow cargos pour l’exportation , c’est-àdire le commerce réservé autrefois aux jonques chinoises, ont eu, sous tous pavillons, la plus grande part. C’est avec Manille que les relations au port d’Amo\ ont été les plus actives : on

calcule que le capital flottant employé à ce commerce, peut être évalué à 2 millions de piastres.

Au. nombre des navires étrangers qui ont paru au port d’Ainoy» on remarque un navire français, le Nouveau-Tropique, de 2 5o tonneaux. Ce navire, expédié de Bourbon, a chargé à Penang du riz qu’il a vendu à Amoy , et il a pris en échange une cargaison de 180 Coulis chinois. C’est pour la première fois que le pavillon français s’est montré dans l’un des quatre ports récemment ouverts. Depuis longtemps on connaît le parti que l’on peut tirer des Chinois pour la culture de la terre et la manipulation des denrées coloniales. Lorsque l’Angleterre proclama l’émancipation dans ses colonies, elle dut chercher immédiatement le moyen de remplacer le travail esclave par le travail libre. Cette question la préoccupa vivement. On essaya du Couli indien , puis du chinois , et ce dernier , par son aptitude aux travaux agricoles, par son intelligence en toute chose, obtint bientôt la préférence. Singapore est devenu le marché des Coulis chinois. Le nombre des émigrants dépasse 10,000 annuellement; ils se répandent dans la Malaisie, où ils se louent pour tous les travaux de culture et de manipulation des produits. Maurice reçut ainsi une colonie chinoise; des engagés furent portés au Cap en moins grand nombre, et enfin on s’occupait encore, l’an dernier, d’expédier ces infatigables travailleurs aux Indes occidentales. La colonie de Bourbon dut faire aussi appel aux Chinois, et un navire de guerre, envoyé exprès, revint de Singapore avec un certain nombre de Coulis qu’on devait mettre à l’épreuve. L’essai réussit assez bien pour que la spéculation intervînt et se chargeât de l’approvisionnement de la colonie. Le Nouveau- Tropique fit un premier voyage à Singapore, et au second voyage il s’est rendu directement à Amoy. La spéculation a, dit-on , été bonne , et il paraîtrait que le Nouveau-Tropique re\ieni dans les mers de la Chine. Nous ne savons pas jusqu’à quel point le gouvernement chinois tolérera ce genre d’exportation, pour peu qu’il devienne considérable. Les Anglais emmènent bien des émigrants chinois à Singapore , Batavia, etc., mais nous ne croyons pas que ce soit à Amoy même que se contractent les engagements. Ils ne font que transporter les émigrants comn/e passagers, moyennant une somme de 10 à 20 francs, et partager ainsi un bénéfice qu’autrefois les jonques se réservaient exclusivement.

Nous avons déjà remarqué rinfériorité du chiffre de commerce général des Européens au port d’Amoy, pendant le i" semestre i845, relativement à la période correspondante de 1844, et surtout au 2® semestre de cette même année. Aussitôt que le nouveau port fut ouvert, le commerce y afflua de toutes parts. Cet empressement eut pour résultat une importation surabondante, rencombrement du marché, et, en dernier lieu, la réexportation. Peu à peu la concurrence s’est calmée; l’importation, après s’être arrêtée un moment, s’est proportionnée aux besoins reconnus du marché, en même temps quelle s’est bornée aux articles dont la demande était presque certaine, et les réexportations ont en partie disparu. C’est là ce qui explique , pour Amoy comme pour quelques-uns des autres ports, l’infériorité signalée en i845 , et ces symptômes n’ont rien d’inquiétant pour l’avenir. Amoy rentre dans son commerce normal avec chances de voir augmen ter ses exportations de sucre et peut-être de tabac.

Les droits payés dans ce port, au gouvernement chinois , par les navires étrangers , s’élèvent :

tael. M. G. G.

Pour le commerce anglais , à ll,33îJ 3 3 9

Et pour le commerce étranger autre que anglais, à 8,325 3 3 0

Total 19,657 6 6 9

11 y a à Amoy un consulat anglais, composé d’un consul, d’un vice-consul, d’un interprète, d’un docteur et de deux assistants.

La population européenne se compose en outre de sept ou huit négociants, presque tous anglais, représentant les grandes maisons de Chine, et de quelques missionnaires américains, en tout, près de vingt-cinq personnes: l’insalubrité du climat retardera sans doute le développement de la population européenne. ,

FOÜ-CHOW-FOÜ.

Fou-Chow-Fou, capitale de la province de Fo-Kien, est situé par 26° 2' latitude N., et 1 19° 2 5' longitude E. (Greenwich) , sur les bords delà rivière Min, à environ 3p milles de son embouchure. C’est la résidence du gouverneur général du Fo-Kien et du Chekiang.

Les slatisliqiies de Kienlong donnent au Fo-Kien une superficie de 53,480 milles carrés, et une population de 1 4,777,400 habitants. C’est un pays montagneux, où la culture est difficile, et dont les productions sont limitées; excepté les thés noirs, qui eroissent sur les montagnes Bohéa, il n’y a guère dans la province même de produit qui soit susceptible d’une exportation considérable.

La navigation de la rivière Min est très -difficile; depuis l’ouverture du port, il s’est déjà perdu un navire, et un autre a échoué. Lorsque les Européens tentèrent pour la première fois le commerce avec le N. de la Chine, il ne paraît pas qu’ils aient cherché à s’établir à Fou-Chow-Fou. Ils préférèrent Amoy , dont la position sur une île est plus accessible ; de plus, la population s’est toujours montrée fort hostile aux étrangers. Le Fo-Kien est une des dernières provinces qui se soit soumise à la domination tartare. Son peuple, nourri dans les montagnes ou élevé sur la mer, a conservé le caractère indépendant et un peu sauvage qui distingue d’ordinaire les nations que la nature a ainsi placées. Les Fokinois se sont souvent révoltés contre l’autorité tartare , et, dans les ports où ils abordent , ces hardis marins , qu’on reconnaît à leur turban noir, inquiètent par leur caractère violent, et effraient souvent par leurs brigandages, les paisibles habitants des autres parties de la Chine.

La position désavantageuse de Fou-Chow-Fou et le caractère difficile de ses habitants ont empêché jusqu’ici le commerce étranger de profiter de l’ouverture de ce nouveau port. En deux ans, il n’est entré dans la rivière Min que 6 navires, dont 5 anglais et 1 américain, et les opérations ont été presque insignifiantes.

Il n’existe encore à Fou-Chow-Fou , qu’une seule maison de commerce ; elle est anglaise.

L’Angleterre, d’après les clauses de son traité, y a établi un consulat. Dans un rapport adressé , en date du i3 septembre 1845, au gouvernement de Hong-Kong, le consul , M. B. Alcock , rend compte d’une amélioration survenue dans les rapports entre les habitants et les étrangers , à la suite de proclamations des autorités chinoises , et il espère que le commerce y parviendra au même point de liberté que dans les autres ports. Par sa position, Fou-Chow-Fou serait appelé à l’exportation du thé noir et de l’alun. Ce dernier sort, en effet, des mines de Tlencheau,

dans le Chekiang, et s’embarque à Pignian, port sur la cote, plus voisin de Fou-Cliow-Fon que de Ningpo. — Le pays où croît le thé Bohéa se trouve à 700 milles (70 lieues) de Fou-Cbow- Fou. Les thés sont apportés principalement par eau, après avoir fait de la montagne à la rivière un trajet par terre d’environ 100 milles (10 lieues). Il ne faut pas plus de cinq jours pour descendre jusqu’à Fou-Chow-Fou, à cause de la rapidité du courant. Les bateaux mettent vingt-cinq jours à remonter. Pendant le trajet , les thés ne sont soumis à aucun droit de transit; autrefois, en arrivant au port de Fou-Ghow-Fou, ik acquittaient un péage de 78 cashs par 2 baskets : ce péage a été aboli en i843. Le prix du fret pour descendre la rivière est très-minime. Malgré ces facilités pour l’exportation du thé noir par Fou-Chow- Fou , il n’en est encore sorti de ce port que quelques caisses comme échantillon. Quelques quantités ont été exportées par Amoy. Les thés sont transportés de Fou-Chow-Fou à Arnoy, moitié par terre , moitié par mer. Les frais de ce transport sont d’environ 1 ^ taël par picul. A Amoy, le thé acquitte un droit local dont voici le montant:

Caisse avec plomb 6 marc plus 60 0/0

Caisse sans plomb 4 marc plus 60 0/0

Baskets 3 marc plus 60 0/0

Ce droit est perçu , non d’après la qualité des thés, mais d’a-

près leur mode d’empaquetage. Il y a distinction entre 1° les caisses plombées, qui indiquent intention d’exportation, 2” les caisses non plombées, qui indiquent la même intention , mais non d’une manière aussi positive, et 3° les baskets, qui indiquent la destination pour la consommation intérieure, laquelle se trouve ainsi favorisée par une moindre élévation de droit. C’est, dit-on , une distinction fort ancienne.

Quant à l’alun, il ne s’en est pas encore exporté par Fou- Chow-Fou.

Les importations qui pourront se faire un jour par ce port seront les mêmes que celles des autres ports et surtout d’Amoy. Les mêmes besoins naîtront sans doute de la même facilité de les satisfaire. Jusqu’ici on peut signaler une importation heureuse des rotins de Banjermassing et de quelques étoffes anglaises.

TCHCSAN.

L'archipel de Tchusan est situé en regard et à peu de distance de la côte E. de la province de Chekiang, dont il forme une dépendance. Il se compose d’un groupe d’îles très-nombreux, et la plus grande de ces îles , Tchusan , a donné son nom à tout l’archipel.

Tchusan a 5i milles de circonférence et 21 milles dans sa plus grande longueur ; c’est une île couverte de montagnes , au milieu desquelles s’étendent de fertiles vallées. Le riz, le coton, une espèce assez médiocre de thés, l’arbre à suif, quelques variétés de légumes et de fruits, sont les principales productions. L’industrie la plus importante est la distillation des esprits.

L’île possède 4 ports de commerce: Tinghoë, sa capitale, Singkamoure , Singkong et Schaou ; ces trois derniers sont surtout fréquentés parles pêcheurs.

Les Anglais occupent actuellement Tchusan, en garantie du payement des sommes qui leur sont dues par le gouvernement chinois, aux termes du traité de Nankin : ils ont établi leur résidence et leur garnison à Tinghoë, qui a ainsi acquis, pour les Européens, une assez grande importance dans le commerce du Nord de la Chine.

Tinghoë esta 3o milles de Ning-Po et à 90 milles de Shang- Haï, sur la route de ce dernier port. Les barques du petit tonnage peuvent se rendre facilement de Tinghoë à l’un et à l’autre de cesdeux points ; avec la marée on arrive à Ning-Po en 6 heures.

Plusieurs des grandes maisons de Chine ont à Tinghoë des magasins ou des receiving sliips, où les marchandises restent entreposées et d’où elles sont transportées, soit par des goélettes, soit par de petites jonques, à Ning-Po, Chapon, et sur les autres points de la côte. L’opium entre pour la plus grande part dans ce commerce de seconde main ; mais le commerce légal en profite également, et il s’importe journellement à Ning-Po de petites parties de marchandises, cotonnades d’Angle ter re, drills d’Amérique, draps, etc., venant de Tchusan. Cette importation s’effectuant principalement par bateaux chinois, on ne peut en connaître au juste le chiffre. On serait sans doute plutôt en deçà qu’au delà de la \érité en l’évaluant à 600,000 francs par an.

Tchusan doit être évacué par les Anglais au commencement de i846, mais Tinghoë restera probablement port ouvert. Sa

situation à reinbouchure ou au moins à portée de plusieurs rivières qui remontent dans Tintérieur de la Chine, et notamment du Jang-Tsekiang, en fera vraisend:)al)lement une place importante.

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