‹ Du commerce français en ChineChapitre 9 sur 19 · NING-PO · texte numérisé non relu

NING-PO

Ning-Po, situé par 3o° de latitude N. et 119° de longitude E. (méridien de Paris), sur la rive droite de la rivière de Takia , à i3 milles au-dessus de son embouchure dans la mer, compte 25o,ooo âmes, et est du nombre des 11 villes do première classe (Foo), chefs-lieux des 11 arrondissements que comprend la province du Chekiang, dont Hancheou est la capitale. Hancheou est une des villes les plus populeuses de la Chine, située au S. d’un immense lac de forme irrégulière, auquel aboutit le grand canal intérieur , après i4o lieues de parcours à travers l’empire; elle a un mouvement commercial des plus considérables. La population du Chekiang s’élève, d’après les derniers recensements, à 2G,3oo,ooo âmes. L’archipel de Tchusan en fait partie. Cette province est fort remarquable sous le double rapport agricole et commercial. Ses vastes plaines arrosées par 90 rivières navigables et une infinité de cours d’eau , fournissent en abondance du coton blanc, du coton jaune, du thé vert, de l’indigo, du blé, du riz, etc.; son climat est très-favorable au mûrier, la soie y abonde, et plusieurs villes de deuxième ordre (Lien), telles que Uutsing, Hancheoli et Hecheou, y fabriquent des soieries.

Les Portugais, les Espagnols et les Anglais ont tenté successivement de s’établir à Ning-Po depuis près de 3oo ans; mais, en 1793, l’empereur de Chine ayant signifié à rambassadeur anglais que Canton serait le seul port ouvert au commerce, les Européens n’y ont reparu qu’en ces derniers temps; toutefois le souvenir de ces anciennes relations est demeuré à Ning-Po avec les piastres apportées par les Espagnols au temps du galion d’Acapulko.

Ning-Po est entouré d’une chemise en maçonnerie de 6 milles de développement; on y entre par six portes incapables d’offrir aucune résistance; la ville est belle et propre; d’innombrables boutiques attirent l’attention des étrangers, et cependant le commerce n’y a plus l’activité d’autrefois. Les temples, vastes et nombreux, les tombeaux fastueux des mandarins à qui cette ville a donné le jour , tombent en ruine , et trahissent une splen-

deur passée. C’est ce qu'indique avec plus de certitude encore la direction qu’ont prise les capitaux vers Shang-IIaï, dont le commerce fait valoir près de 5 millions de piastres appartenant aux habitants de Ning-Po. Ning-Po est devenue une ville de rentiers ; c’est, par rapportàShang-Haï, ce qu’est Aix par rapport à Marseille.

Les élablissemenls des l)ains chauds y sont très-répandus; il y existe aussi beaucoup de glacières où l’on conserve en été la neige, non pour rafraîchir les boissons, comme en Europe, mais pour en entourer le poisson et assurer sa conservation pendant les chaleurs. Ces glacières, au lieu d’être enterrées, s’élèvent audessus du sol, afin, disent les Chinois, de les préserver de l’humidité. Ning-Po compte en outre plusieurs établissements où l’on prête sur gage; un établissement, fort mal tenu d’ailleurs, pour les enfants-trouvés, et qui en renferme environ 3oo; une société philanthropique pour la distribution des secours aux malheureux , et pour faire inhumer ceux qui meurent, soit de froid et de faim dans les rues, car cela arrive quelquefois, soit de misère chez eux, et qui n’ont pas de quoi payer un cercueil.

Aux causes anciennes qui ont arrêté depuis longtemps le cours des prospérités de Ning-Po, il faut ajouter le développement commercial que tend à prendre Shang-Haï par suite de sa position, comme dernier port ouvert au commerce des Européens du côté du N. La sphère d’action qu’exercera exclusivement cette ville, sur une grande étendue du pays, doit lui donner une prépondérance nouvelle, et, comme deux villes de commerce ne peuvent prospérer l’une à côté de l’autre, Ning- Po tendra incessamment à décliner, à cause de son voisinage de Shang-Haï, et en dépit de sa situation sur un fleuve riche en affluents et en relation avec le pays de production des plus belles soieries et des thés verts. La grande mesure de l’ouverture de cinq ports, au nombre desquels est Ning-Po, au commerce européen, loin de mettre un terme à la décadence commerciale de cette ville , en précipitera la marche, en amenant la suppression du cabotage des jonques employées jusqu’ici au transport, à Canton, des diverses marchandises d’exportation. Ces jonques , dont Ning-Po était le point principal de départ ou celui de relâche, la navigation européenne tend à les remplacer aujourd’hui, que les navires peuvent venir charger aux lieux mêmes de production. Ainsi le commerce étranger achèvera nécessai-

rement l’œuvre d’anéanlissement de Ning-Po comme place de commerce; cette ville ne conservera d’importance que comme centre d’approvisionnement d’un pays vaste et riche.

Après avoir signalé la décadence de Ning-Po, il reste à exposer, par les chiffres, la situation de son commerce intérieur et extérieur.

M. de Mas, qui s’est arrêté six mois à Ning-Po, évalue la navigation chinoise à environ 1,200 jonques ainsi réparties ;

65o jonques venant du Sharlang du Leatung et de Txentsin.

5 à 600 jonques venant du Fo-Kien et de Formose.

20 jonques venant de Canton.

Un très-petit nombre de Malacca, Singapore, etc. (L’année dernière pas une seule jonque.)

11 a obtenu ainsi un total, pour l’importation, de 2,55o,ooo piculs (soit 159,375 tonneaux), et, en estimant le picul 3 fr., eu moyenne, une valeur de 7,65o,ooo fr.

Le chiffre des exportations est à peu près égal; ce sont en général des réexportations.

Le commerce de Ning-Po avec l’étranger, d’après les chiffres du consulat anglais, s’élève, pour le i®*^ semestre i845 :

liv. sch. tl.

Importations , à. 9,362 5 0

exportations , à 12,776 3 0

Total 22,138 8 0

Pendant la même période, 7 navires sont entrés dans le port et 5 en sont sortis. Sur les 7 navires entrés, 3 venaient de Tchusan, 3 de Shang-Hai et 1 de Singapore directement. C’est un schoouerde 42 tonneaux, c[ui a fait les trois voyages de Tchusau à Ning-Po. Il y a apporté des cotonnades et a exporté de la rhubarbe et du thé. Il est entré ainsi en concurrence avec le cabotage chinois, qui va prendre au port de Tinghoë (île Tchusan) les marchandises à bord des navires européens dirigés sur Shang-Haï et relâchant à Tchusan. Les 3 navires arrivés de Shang-Haï sont venus achever la vente de quelques parties de marchandises qu’ils n’avaient pu placer avec assez d’avantage dans ce dernier port. C’est là ce commerce de va et vient, de visite successive à chaque port, qui multiplie les chances de placement et donne tant d’avantages aux navires étrangers; seconde concurrence faite plus en grand à la navigation chinoise. Enfin 1 navire est arrivé en droiture de Singapore, cliargé de produits des détroits

pour une valeur de 6,0 2 4 liv. 6 scli.; troisième genre d’opérations qui assure aux navires européens le transport des produits entreposés à Singapore ou à Hong-Kong, et qui supprime, dans cette direction, le transport sous pavillon chinois. Nous avons vu plus haut que, en i844 , aucune jonque n’était venue de Singapore ou des îles adjacentes, tandis que les années précédentes on en comptait, en moyenne, 8 ou lo.

Les exportations par 5 navires (634 tonneaux) ont consisté en

lîv. scli. d.

Thés verts , 1,291 piculs : 172,133 livres anglaises, valeur 11,520 0 0

Alun, 3,914 piculs 880 13 0

Hortall ou piment, 22 piculs 25 10 0

niiubarbe, 80 piculs. 350 0 0

Total 12,777 3 0

Les thés verts se sont vendus, en moyenne , 27 taëls le picul. M. de Mas assure que les thés verts doivent s’acheter plutôt à Ning-Po qu’à Shang-IIaï, parce que, pour arriver à ce dernier port, ils sont obligés de passer par une douane intérieure, où ils acquittent un droit de 1 taël par picul; dépense qu’ils peuvent éviter en arrivant directement à Ning-Po; mais il est peu probable que le marché se déplace de Shang-Haï, où la plus grande facilité des opérations en général compense l’augmentation des prix sur un des articles du commerce.

Les droits payés par le commerce étranger au gouvernement chinois pendant le semestre i845 se sont élevés :

Droits de tonnage (entrée et sortie) ,à 156 9 7 5

Droits de l’importation et de l’exportation à 5,925 7 6 1

Total 6,082 ' 3 6

Toutes les opérations d’importation et d’exportation se sont faites sous pavillon anglais. L’an dernier (i844)» un seul navire américain a paru à Ning-Po; tous les autres étaient anglais.

Il ne reste plus aujourd’hui à NingPo qu’un négociant anglais. C’est un jeune homme de dix-sept ans, correspondant d’une maison de Tchusan. Il y a un consulat anglais; mais, vu le peu d’importance de la place, le personnel en a été réduit l’an dernier. Il ne reste plus que le consul et deux assistants. Quelques missionnaires américains, avec leurs familles, complèttmt la population européenne de Ning-Po.

D’après lesdétails qui précèdent, Ning-Po est, après Fou-Chuvv-

Fou, celui des cinq ports auxquels l’ouverture du commerce direct avec l’Europe a été jusqu’ici le moins favorable; mais il importe de tenir compte du voisinage de l’île de Tchusan et de la possibilité de commercer à Tinghoë , qui ont enlevé à Ning- Po une partie de son commerce extérieur.

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