‹ Du concile general et de la paix religieuseChapitre 12 sur 90 · ROMAIN · texte numérisé non relu

ROMAIN

SOMMAIRE. — I. Principe fondamental du système de la monarchie pure et absolue du Pontife romain. — II. Incomparable gravité de cette question. — III. Elle est déjà résolue pour nous. — IV. Nécessité cependant d'un nouvel examen. — V. Vrai sens de l'infaillibilité pontificale. — VI. Ce qu'il faut entendre par l'infaillibilité absolue , séparée , personnelle du Pontife romain et doctrine de Bellarmin. — VII. Identité du système de l'infaillibilité absolue et de celui de la monarchie absolue.

De ce point de départ historique, que le Pape pos- i. Principe sède seul une juridiction immédiatement divine, système. l'école absolutiste fait sortir les plus vastes conséquences qui, à leur tour, deviennent les principes généraux de ses théories. Déjà nous les avons rapidement signalées ; notre devoir maintenant est de les exposer et de les discuter.

Le premier, le plus important de ces principes est celui de l'infaillibilité absolue et séparée, personnelle du Souverain Pontife. En traçant ces mots , notre plume est émue! Quelle immense, quelle redoutable

question se présente à nous! D'une incomparable gravité, d'une incomparable délicatesse dans tous les temps , elle le devient surtout à ce jour , veille d'un concile général, appelé sans doute à discuter et peutêtre à résoudre ce problème tant agité, ce problème que les siècles nous ont légué. Dans les écoles, dans l'Eglise et même dans le monde, cette question, au milieu du mouvement des nations modernes, a encore le pouvoir de passionner les plus nobles esprits, indice certain de sa grandeur et des puissantes conséquences qu'elle contient, n. Gravité En effet, cette question est celle même de la soiïquestion. veraineté,la plus importante de toutes celles que les nations, en tant que nations, sont appelées à résoudre. L'Eglise n'échappe pas à cette loi; et pour elle aussi, la question de la souveraineté est la question vitale.

Dans toute société, le vrai souverain, quelles que soient sa nature et ses conditions, est celui qui porte les lois irréfragables, qu'on ne peut violer sans renverser tout l'ordre politique. En ce sens , on peut dire, si l'on veut, avec Joseph de Maistre, qu'il faut accorder une apparence d'infaillibilité à la souveraineté même politique, afin que les sociétés humaines jouissent de quelque stabilité.

Mais, dans la société spirituelle, dans l'Église qui commandée la raison et dirige la conscience, l'infaillibilité n'est pas simplement une supposition ; elle est un attribut nécessaire de la souveraineté ; elle est un de ses caractères essentiels. De cette intime liaison de

la souveraineté spirituelle avec l'infaillibilité, il suit que, dans l'Église et pour l'Église, la question d'infaillibilité est identique à celle de la souveraineté. Le pouvoir infaillible est le vrai pouvoir souverain. Que peut-il y avoir, en effet, au delà et au-dessus de l'infaillibilité?

Si le Pape possède l'infaillibilité absolue, séparée, personnelle, le Pape possède la souveraineté absolue. La monarchie de l'Église est pure, indivisible; le Pape est un monarque absolu, et le plus absolu qui fut jamais.

Amenée à ces termes, la question , nous osons le dire , est déjà résolue pour nous , et pour le lecteur attentif du premier volume de cet ouvrage.

Une monarchie divine, la monarchie pontificale, qui admet nécessairement et de droit divin une aristocratie divine, l'aristocratie épiscopale , à la participation du pouvoir suprême législatif, est-elle une pure .monarchie, une monarchie indivisible? Des monarques de droit divin , les Papes, qui ont vu leurs décisions dogmatiques et solennelles librement examinées, librement discutées, librement acceptées dans les conciles généraux, sont-ils des monarques absolus ? Dés Papes qui , dans certains cas, ont été légalement jugés, condamnés ou absous parles conciles généraux, se présentent-ils à l'histoire comme des monarques absolus ?

Nous croyons que tous ces faits décisifs ont été solidement établis dans notre revue des conciles généraux et de leurs rapports avec les Papes ; et s'il reste

La question

est

résolue

pour nous.

encore quelques difficultés à éclaircir , elles le seront dans les chapitres suivants de ce livre. Mais déjà nous regardons nos conclusions des livres second et troisième comme certaines; déjà nous croyons pouvoir affirmer de nouveau que la souveraineté dans l'Église est complexe et composée de deux éléments intégrants, dont l'un, quoique subordonné à l'autre, n'en est pas moins partie essentielle de cette souveraineté. Le Pape ne possède donc pas la souveraineté pure, indivisible et absolue. Et si l'infaillibilité est identique à la souveraineté, le Pape ne possède pas l'infaillibilité absolue et séparée, iv. Nécessité La question est donc implicitement résolue; mais

d'un nouvel . ai ' , •

examen. son importance extrême demande une étude spéciale

et approfondie. Nous allons y entrer, en implorant,

du fond de notre cœur, la lumière divine, plus que

jamais nécessaire à notre faiblesse.

v. vrai sens Chef suprême de l'Eglise et de l'épiscopat, le Pape,

de

l'infaillibilité en vertu des divines promesses, possède l'infaillibilité, quand il décide les questions de foi avec le concours de ses frères et cojuges, les évoques catholiques1. L'infaillibilité est donc un privilège du souverain pontificat, puisque le Pape, et le Pape seul, a toujours le droit et le pouvoir, dans les questions de foi, de faire parler et agir l'épiscopat, de concerter avec lui les décisions suprêmes. Prise dans ce sens, l'infaillibilité pontificale ne peut faire une question pour aucun catholique. Nous admettons d'esprit et de cœur cette

1 Voir t. Ie1", liv. ii et ni.

pontificale.

infaillibilité du Pape conjointe à celle de l'Église. Nous exposerons cette doctrine; nous la démontrerons de notre mieux; nous la proclamerons avec bonheur, quand le moment sera venu 1.

Ici, nous sommes uniquement en présence d'un système d'école. L'école est illustre ; le système est •soutenu par de grands esprits. Mais quelle que soit l'autorité des noms qui le protègent, ce système reste discutable. Il n'a pas le droit de se soustraire à l'examen.

Nous venons de dire que ce système consiste à vi. affirmer l'infaillibilité absolue, séparée, personnelle du 'absolue',1 Pontife romain. D'abord, que faut-il entendre par pers^Tneiie. cette infaillibilité absolue, séparée, personnelle ?

Parmi les théologiens de l'école absolutiste, nous n'en connaissons pas, nous l'avons déjà dit, de plus respectable et de plus autorisé que Bellarmin. Ce sera donc surtout la doctrine de ce grand homme que nous examinerons avec tous les égards qui sont dus à une mémoire aussi vénérable. « Tous les catholiques conviennent que le Pontife romain, considéré comme docteur privé, dit Bellarmin, peut errer même dans les questions universelles du droit et qui concernent la foi et les mœurs; et qu'il peut errer par ignorance, comme il arrive quelquefois aux autres docteurs2. »

1 Voir liv. v, en. iv, v.

2 Pontiûcem Romanum, ut privatum doctorem, errare posse, etiam in quaestionibus juris universalibus tam fidei quam morum , idque ex ignorantia, ut aliis doctoribus interdura accidit, omnes catholici conveniunt. De Rom. Pont., iib. iv, cap. n.

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