‹ Du concile general et de la paix religieuseChapitre 20 sur 90 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

core leurs lettres authentiques qui rappellent le son de leur voix et qui représentent leurs personnes l. » Il avait dit encore : « Il est constant que toute doctrine qui s'accorde avec ces Églises apostoliques, mères et sources de la foi, doit être réputée la vérité 2. »

Rien n'est plus clair : Tertullien, avec son siècle, faisait consister la règle de la foi dans la tradition commune et universelle des Églises apostoliques. Cette doctrine n'exclut pas la primauté et l'autorité légitime de l'Église romaine ; mais pourrait-elle subsister avec le système de l'infaillibilité absolue, séparée, personnelle, de la monarchie indivisible du Pape ? v. Les témoignages rendus par saint Cyprien au Siège

samtcypnen. ap0St0|jqUe S0Tit pius explicites que ceux de Tertullien, aussi beaux que ceux de saint Irénée. Nous les avons déjà cités textuellement ; nous prions le lecteur de les relire3. Nous nous contenterons ici de les résumer :

Saint Cyprien appelle l'Église de Pierre l'Église principale, d'où est sortie l'unité du sacerdoce. Quoique Jésus-Christ, après sa résurrection, ait accordé à tous ses Apôtres une puissance égale , dit-il,

1 Age qui voles curiositatem melius exercere, in negotio salutis tuae , percurre Eeclesias apostolicas, apud quas ipsae adhuc cathedra Apostolorum suis locis praesident ; apud quas ipsae authenticae litterae eorum recitantur, sonanles vocem, et repraesentantes faciem uniuscujusque. De prœscript., cap. xxxvi.

2 Si haec ita sunt, constat proinde omnem doctrinam, quae cum illis Ecclesiis apostolicis, matricibus et originalibus fidei conspiret, veritati deputandum est. De prœscript., cap. xxi.

3 Voir t. Ier, liv. rr, ch. v, p. W9.

cependant, pour faire régner l'unité, il a établi une chaire, et il a voulu que l'origine de cette unité prît son commencement en un seul. Tout commence dans l'unité, et la primauté est donnée à Pierre afin qu'il n'y ait qu'une Église du Christ et une chaire. Plusieurs pasteurs, un seul troupeau qui doit être gouverné par un consentement unanime.

Ce texte célèbre fournit un puissant argument, nous l'avons vu, en faveur de la primauté , de l'universelle juridiction du Pontife romain, de l'indéfectibilité de la foi romaine. Mais comment en déduire l'infaillibilité absolue tçt séparée de chaque Pape, ou sa monarchie absolue? Ce sont les dernières paroles du texte qui nous donnent toute la pensée de saint Cyprien : Pastores sunt omnes, sed grex unus ostenditur qui ab apostolis omnibus unanimi œnsensione pascatur. Ce concert commun des pfemiers pasteurs dans le gouvernement de la société spirituelle n'exclut pas sans doute la primauté pontificale; mais peut-il se concilier avec l'infaillibilité séparée et la domination absolue?

D'ailleurs, la conduite de saint Cyprien à l'égard dn Pape saint Etienne, dans la question de la rebaptisation, expliquerait et confirmerait, au besoin , sa doctrine. Si le martyr de Carthage avait reconnu les privilèges qu'une école extrême veut attribuer au Pape seul, il se serait mis en contradiction avec luimême, par sa résistance au décret solennel de saint Etienne. Or un pareil reproche ne lui a jamais été adressé par ses contemporains et par les écrivains

des premiers siècles. Bien loin de le mettre en opposition avec lui-même, saint Augustin et Vincent de Lérins ont excusé le saint martyr par ce motif que, de son temps, l'erreur des rebaptisants n'avait pas été éclaircie et décidée par l'autorité suprême et irréfragable de l'Église universelle l.

C'est en traitant de la règle de la foi, ou de la constitution de l'Église, que les Pères du second et du troisième siècle ont exposé leur doctrine sur l'autorité du Siège apostolique. Dans leurs commentaires des textes de saint Matthieu, de saint Luc et de saint Jean, qui ont trait à saint Pierre, les Pères des âges suivants ont eu occasion de faire connaître leur foi aux divins privilèges accordés au chef du collège apostolique et à ses successeurs, vi. saint Saint Ambroise enseigne que « Pierre, en vertu

de cette parole : Sur cette pierre j'édifierai mon Église, a été établi docteur dans l'Église2. »

De ce droit d'enseienement universel attribué à saint Pierre et à ses successeurs par saint Ambroise, s'ensuit-il que, selon la doctrine de l'évêque de Milan, chaque Pape remplira toujours son ministère d'enseignement sans faiblesse aucune, sans erreur aucune? Rien n'autorise une pareille conclusion.

Saint Jérôme écrit au pape saint Damase qu'il veut rester uni à la chaire de Pierre, fondement de l'Église.

1 Voir t. Ier, liv. il , ch. n , p. 454 à 164 .

2 Pelrum in Ecclesia magislrum esse eonslitutum , dicente Domino : Super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam. Ambrosii Opéra, t. II, sermo 62, De tempore.

Saint Jérôme.

Il ajoute que tous ceux qui mangent l'Agneau pascal hors de cette maison sont des profanes; que tous ceux qui veulent moissonner hors de ce champ sont des dissipateurs et n'appartiennent point au Christ, mais à l'Antéchrist. Enfin , il demande au Souverain Pontife d'éclaircir ses doutes et de fixer sa foi sur la question des hypostases l .

En bonne logique, ces belles paroles de saint Jérôme n'expriment que les sentiments de tous les catholiques à l'égard du Saint-Siège. Tous les fidèles regardent la Chaire de Pierre comme le fondement de la religion et le centre de la communion ecclésiastique. Aucun d'eux ne consentirait jamais à sortir de cette unité. Tous les catholiques savent que de tout temps le Saint-Siège a été consulté sur les questions de doctrine , et qu'on a toujours eu la confiance que ses réponses seraient conformes à la vérité. Saint Jérôme n'ignorait pas, comme il l'atteste lui-même dans sa lettre au prêtre Marc, que la foi du Saint- Siège était celle de la majorité des Églises2.

Ce n'est donc que par des conséquences forcées qu'on peut déduire des paroles que nous venons de rapporter la doctrine de l'école extrême.

1 Ego beatitudini tuae id est cathedrae Pétri, communione consocior; super illam petram aedificalam Ecclesiam scio. Quicumque extra hanc domum Agnum comederit, profanus est Quicumque tecum non colligit, spargit; hoc est qui Chrisli non est, Antichristi est... Quamobrem obtestor beatiludinem tuam, per crucifixam mundi salutem, ut mihi,epistolis tuis. sive tacendarum,sive dicendarum hypostaseon detur auctoritas. Hieronymi Opéra, t. I; Epist.]$, alias 57, n° 4.

2 Hieronymi Opéra, t. I, p. 42.

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