TRADITION DES CONCILES GENERAUX
SOMMAIRE. — I. La tradition des conciles généraux demande une attention particulière. — II. Nouvel examen du formulaire d'Hormisdas. — III. Retour sur le fait d'Honorius. — IV. Nouvel examen du décret de Florence.
Quiconque étudiera sérieusement et profondément i. Attention les actes et l'histoire des conciles généraux, arrivera /iTtradftion inévitablement à cette conviction que la tradition de dg-XuxGS ces saintes assemblées n'est point favorable au système de l'infaillibilité absolue, séparée et personnelle du Pontife romain. Commentune monarchie essentiellement, efficacement tempérée d'aristocratie, pourraitelle être en même temps une monarchie absolue? Comment les évêques, en jugeant les doctrines et même les personnes des Papes, ont-ils pu reconnaître et proclamer leur infaillibilité séparée et personnelle ? Tous les droits divins du Saint-Siège ont toujours été pour les évêques aussi sacrés , aussi inviolables que les leurs propres. Mais ont-ils pu donner à ces droits pontificaux une extension , un caractère absolu qui auraient annulé ou du moins diminué leurs propres droits ?
Cependant l'école extrême veut chercher dans la tradition des conciles généraux des preuves à l'appui de sa doctrine.
Elle ne se contente pas d'invoquer la tradition des Pères, elle a recours aussi à celle des conciles. Il nous semble que notre histoire des rapports de la papauté avec l'épiscopat, dans les conciles généraux, répond d'avance à toutes les assertions de l'école absolutiste. Nous nous bornerons donc ici à quelques courtes observations.
Les preuves de l'infaillibilité absolue , séparée , personnelle du Pontife romain , empruntées à la tradition des conciles, sont tirées de certains témoignages rendus au Siège apostolique, soit par les Pères dans les conciles, soit par les conciles eux-mêmes.
Nous avons rapporté les plus importants de ces témoignages dans notre histoire des conciles 1 . Nous prions le lecteur de les relire, depuis les paroles du légat Philippe , au concile d'Ephèse Jusqu'à la lettre de saint Ignace au pape Adrien II; depuis la sentence portée à Éphèse contre Nestorius , jusqu'aux lettres synodales écrites par les divers conciles aux Papes qui les avaient présidés.
Nous dirons de ces témoignages ce que nous avons déjà dit des lettres adressées auxconciles généraux par les Souverains Pontifes. Qu'on rapproche ces paroles des actes de ces conciles et des enseignements qu'ils renferment, on y reconnaîtra sans doute avec bonheur une éclatante proclamation des droits divins du Saint-Siège et de son indéfectibilité; mais on n'y trouvera pas une profession de foi de l'infaillibililé abso-
1 Voir t. Ier, liv. ir et m, passim.
examen
formula
d'Hormisdas.
lue, séparée, personnelle du Pontife romain. Nous ne croyons pas nécessaire de reproduire ici une argumentation que nous avons déjà plusieurs fois présentée, et que nous venons de rappeler sommairement.
Il sera cependant utile de nous arrêter encore un instant à deux documents vénérables, qu'on donne comme des preuves démonstratives du système que nous discutons. Nous voulons parler du formulaire d'Hormisdas et du décret de Florence.
Nous avons déjà fait l'histoire abrégée du formu- n. Nouvel laire d'Hormisdas. Nous avons dit qu'il fut accepté et du formulaire approuvé par le huitième concile général. Ce formulaire pose d'abord la condition essentielle du salut, qui est de garder la règle de la foi et de ne s écarter en rien des constitutions divines et de celles des Pères. Il déclare ensuite que la religion est toujours conservée pure , et la sainte doctrine toujours annoncée dans le Siège apostolique; qu'en lui se trouve l'intègre et vraie solidité de la religion chrétienne. Après avoir constaté ce fait , les signataires du formulaire ajoutent : qu'ils ne veulent point se séparer de cette foi et de cette doctrine; qu'ils adoptent en tout toutes les constitutions des Pères, et principalement celles des saints Pontifes romains; qu'ils restent fidèles en tout à la foi apostolique et obéissent à tous ses décrets; et qu'ils ne réciteront point dans les saints mystères les noms de ceux qui se sont séparés de la communion de l'Eglise catholique, c'est-à-dire qui ne sont pas d'accord avec le Siège apostolique '.
1 Voir le texte entier, t. Ier, p. 319.
La première question qui se présente est celle de savoir si le formulaire qu'on vient de lire exprime un fait ou pose un principe. Les signataires se bornent-ils à affirmer que jusqu'à leur époque l'Église romaine et l'enseignement de ses Pontifes sont restés purs de toute erreur dogmatique, et que c'est à cause de cette persévérance fidèle qu'il faut obéir aux préceptes des Pontifes romains, et regarder la communion avec le Siège apostolique comme le vrai signe de la catholicité ? Dans ce cas , nulle induction pour l'avenir ne pourrait sortir du formulaire.
Mais tout lecteur attentif de cet important document, tout lecteur qui le comparera avec l'ensemble de la tradition ecclésiastique , restera convaincu que le formulaire dépasse le fait et exprime un principe.
Ce principe, c'est celui de l'éternelle durée delafoi et de l'autorité pontificale; de la nécessité d'obéir à tous les préceptes des Pères et principalement à ceux des Pontifes romains; de rester entièrement fidèle à la foi apostolique; et de placer le vrai signe de la catholicité dans la communion avec le Siège apostolique. Ces principes du formulaire sont ceux de tous les catholiques ; et tous les cœurs fidèles seront toujours prêts à les proclamer.
Mais est-il nécessaire de voir, dans ce formulaire, l'infaillibilité absolue, séparée, personnelle du Pontife romain? L'école extrême le veut ainsi, et assure que le formulaire n'est pas susceptible d'une autre interprétation. Si le Siège apostolique, dit-elle, annonce toujours la vraie doctrine; s'il faut obéir à
tous ses préceptes, chaque Pontife, dans tous ses enseignements dogmatiques, doit être infaillible. Eh bien , nous ne craignons pas de dire que les Papes qui avaient dressé le formulaire , que les évoques et le concile huitième qui l'acceptèrent , l'approuvèrent et le signèrent, n'auraient point admis ces conséquences absolues. Remarquons bien que, dans le formulaire, il est toujours question du Siège apostolique ou de la succession pontificale. Remarquons que les constitutions des Papes ne sont jamais séparées de celles des Pères et des constitutions divines. Ce soin de rapprocher des constitutions des Pères celles des Pontifes romains a sa raison sans doute. Les auteurs, les signataires du formulaire, affirmentils qu'aucun Pape n'enseignera jamais d'après un esprit particulier; qu'aucun Pape, même dans ses préceptes dogmatiques, ne s'isolera jamais et de la tradition de son Siège et de la tradition de l'Église universelle? Non, certainement. Les auteurs et les signataires du formulaire ignoraient-ils, pouvaientils ignorer que Vigile, en s'isolant du cinquième concile, avait donné une constitution dogmatique qu'il fut obligé de retirer? Les Pères du huitième concile, qui renouvelèrent la condamnation d'Honorius, ignoraient-ils qu'Honorius, en s'isolant, avait enseigné l'erreur dans ses lettres dogmatiques? Certes, ni les auteurs ni les signataires du formulaire ne pouvaient et ne voulaient imposer l'obéissance au décret de Vigile, aux lettres d'Honorius. Et cependant ces documents étaient dogmatiques et contenaient des