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CHAPITRE II

SOMMAIRE. — I. Le clergé français à la fin du dernier siècle et dans la première moitié du dix -neuvième. — II. «Un nouvel esprit. — III. Le comte Joseph de Maistre et le but qu'il se proposa dans ses écrits. — IV. Sa théorie de la souveraineté et ses contradictions. — V. Ses efforts pour établir la monarchie et l'infaillibilité absolues du Souverain Pontife. — VI. Les fails contraires à la théorie. — VIL Aveux précieux. — VIII. Défense de Rossuet et du clergé français. — IX. Le livre De l'Église gallicane. — X. Conclusion.

La doctrine que nous venons de résumer dans le i. Le clergé

. . . français

chapitre précédent n appartient pas exclusivement au clergé français. Elle a été enseignée et professée par des théologiens de toutes les écoles, de toutes les nations \ Mais on peut dire qu'elle a eu en France son foyer principal, ses plus illustres défenseurs; et l'école de Paris surtout en a perpétué le noble enseignement. Les évoques, les théologiens, les corps enseignants français, se sont attachés à cette doctrine parce qu'elle leur a paru la plus vraie, parce qu'ils

1 On cite ordinairement parmi ces théologiens étrangers Antoine de Palerme, le cardinal Zabarella, le cardinal Nicolas deCusa, Alphonse Tostat, Alphonse de Castro, le pape Adrien VI, etc.

ont vu en elle la véritable expression des divines révélations et de l'ancienne et universelle tradition. Cette doctrine, qui a présidé pendant des siècles à toute l'éducation du clergé français, a imprimé à son caractère* une dignité particulière , et a fait de ce grand clergé le champion le plus éclairé, mais en même temps le plus ferme et le plus dévoué de l'autorité et des droits du Siège apostolique. L'épiscopat français, le clergé français, qui s'étaient montrés pendant le quatorzième et le quinzième siècle ardents partisans des réformes nécessaires, ne donnèrent pas moins l'exeinple d'un inviolable attachement au centre de l'unité, quand la tourmente du seizième vint désoler l'Église , lui enlever la moitié du monde et précipiter dans l'infidélité tant d'épiscopats illustres! Ce même clergé sut opposer aux séductions du jansénisme la plus imposante majorité. Et lorsque les doctrines parlementaires eurent enfanté le schisme constitutionnel, l'Église gallicane eut la gloire, qui lui reste propre et» particulière, de voir surgir de son sein une légion héroïque de confesseurs et de martyrs des droits du Siège apostolique. Oui, tous nos confesseurs ont souffert pour le Pape, tous nos martyrs sont morts pour le Pape. Quelle autre Église lui a rendu un pareil témoignage ?

Nos évêques exilés offrirent même au Saint-Père un holocauste peut-être plus difficile que celui du sang, lorsque, sur une invitation du pape Pie VII, ils lui envoyèrent les démissions de leurs sièges épiscopaux.

Après avoir édifié l'Europe par leurs vertus apo-

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stoliques, nos confesseurs rentrèrent sur le sol de la patrie pour y retrouver leurs frères et travailler de concert avec eux au rétablissement de cette Église gallicane purifiée par ses malheurs, et tirée de ses ruines par les mains d'un puissant et glorieux conquérant, et d'un pieux et sage pontife. Autant que les circonstances le permettaient, tous ces confesseurs de la foi de Jésus-Christ étaient jaloux de renouer toutes les traditions de notre Église; et forts du témoignage d'amour et de fidélité donné au Saint- Siège avec tant d'éclat, ils se croyaient plus autorisés que jamais à rester dans les limites de leurs pères. Aussi, dans le premier tiers de ce siècle, les doctrines du clergé français trouvèrent de dignes et d'illustres défenseurs. Dans l'impossibilité de rappeler tous les souvenirs qui mériteraient de l'être, qu'il nous soit permis au moins de prononcer avec une vénération profonde les noms des cardinaux de la Luzerne ' , de Bausset 2 et d'Astros3. La science théologique, l'élégance du style, l'inviolable honneur et la fermeté du caractère, désigneront toujours ces trois noms aux hommages de la postérité. Elle fut heureuse l'influence qu'exerça ce pieux et éloquent évêque d'Hermopolis, qui sut ramener à la foi chrétienne tant d'intelligences d'élite 4 . Nous nous inclinons

1 Sur la Déclaration de l'assemblée du clergé de France en 1682, par le cardinal de la Luzerne. Paris, 4831.

2 Histoire de Bossuet, par le cardinal de Bausset. Paris, 4817.

3 L'Église de France, par le cardinal d'Astros. Toulouse, 4843.

4 Les vrais principes de l'Église gallicane , par Frayssinous , évèque d'Hermopolis. Paris, 4826.

avec amour et reconnaissance devant la gloire de ce martyr de la charité et du devoir épiscopal, dont le nom vivra à jamais dans tous les cœurs catholiques et français, le vénérable Affre l ! Tous ces hommes, grands par l'esprit, par la foi, par les œuvres, avaient eu pour maître ou pour ami un homme plus grand peutêtre qu'eux tous et devant Dieu et devant l'histoire, Émery, supérieur général de Saint-Sulpice2.

De quelle phalange de théologiens vénérables ce vrai prêtre de Jésus-Christ, ce nouvel Olier, ce second fondateur de la société de Saint-Sulpice, n'étaitil pas entouré! Quels dignes successeurs n'a-t-il pas laissés! Nous ne pourrions redire tous ces noms, sans faire l'histoire de notre Église dans la première moitié de ce siècle 3.

Eh bien, tous ces nobles esprits étaient disciples de Bossuet et se faisaient gloire de l'être. Tous joignaient au respect le plus profond, à l'amour le plus tendre pour le Siège apostolique, le culte de ces sages et fortes doctrines qui conservent le caractère tempéré de la monarchie ecclésiastique, et qui unissent

1 De l'usage et de l'abus des opinions controversées entre les ultramontains et les gallicans, par Mgr Affre, archevêque de Paris;

2 Vie de M. Émery, neuvième supérieur général de Saint-Sulpice, par M. Gosselin. Paris, 1861.

3 Nous ne pouvons cependant nous dispenser de citer ici les travaux si appréciés de M. Gosselin, en particulier son livre Pouvoir du Pape au moyen âge, Paris, 1845; et son Histoire littéraire de Fénelon, Paris, 1843. Rappelons aussi les ouvrages classiques du vénérable Bouvier, évêque du Mans.

toujours ce que Jésus-Christ n'a jamais voulu séparer, le Pape et les évêques.

L'Église gallicane était donc dans la paisible pos- n. un nouvel session de ses doctrines, et s'efforçait d'accomplir au milieu de grands et difficiles obstacles sa mission de salut, lorsqu'un nouvel esprit a soufflé sur elle et semé dans ses rangs des divisions et des troubles.

L'ultramontanisme moderne est un événement très-considérable, divers dans ses origines, complexe dans ses éléments. Nous n'avons pas du tout la pensée d'en faire ici l'histoire. Il nous paraît cependant utile et même nécessaire d'exposer ses doctrines sur la constitution de l'Église, d'en rechercher le caractère et le but; d'examiner s'il apporte quelque élément nouveau à la controverse agitée dans les écoles catholiques.

Deux grands esprits, deux grands écrivains, ont été les fondateurs de l'ultramontanisme moderne, le comte Joseph de Maistre et l'abbé Félicité de Lamennais. Il est nécessaire de consacrer une étude particulière à chacun de ces deux personnages.

Le comte Joseph de Maistre avait reçu de la in. Le comte Providence un génie vaste, élevé, pénétrant, ca- de Maistre. pable d'atteindre aux dernières profondeurs des choses, et de rendre toutes ses pensées dans une langue aussi originale que vive et brillante. Témoin et victime des catastrophes politiques et des transformations sociales qui signalèrent la fin du dernier siècle et le commencement du nôtre, Joseph de Maistre fut amené à concentrer toute sa puissance de

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