VIII. Aucune parité avec la définition
de l'Immaculée
parité entre ces choses. Cher à la piété, le dogme de l'Immaculée Conception est surtout spéculatif. Hommage rendu à la Mère de Dieu, il a réjoui tous les cœurs catholiques , et n'a été qu'un développement régulier de la croyance antérieure. Mais si l'opinion contraire à l'Immaculée Conception de Marie avait donné sa forme à la conslitution de l'Église; si elle avait créé des droits et des devoirs; si elle avait régné pendant dix-neuf siècles dans les institutions les plus nécessaires à l'existence et à la vie de la société religieuse; si elle s'était incarnée en quelque sorte dans la loi de la souveraineté; qui oserait dire que cette opinion, que cette croyance aurait puêtre abolie, remplacée par une autre, sans amener une révolution, un changement essentiel dans l'Église elle-même , un changement dogmatique et constitutionnel?
Personne n'a donc le droit d'invoquer un exemple qui se tourne avec tant de facilité contre le projet de la nouvelle définition.
Nous croyons avoir rempli la première partie de notre tâche; nous croyons avoir démontré que la nouvelle définition est théologiquement impossible , et qu'il n'y a pas lieu à doter l'Église d'un dogme nouveau.
Si la définition qu'une école demande n'est pas possible, d'après les principes de la théologie, tout te monde comprendra que cette définition , dans le cas heureusement inadmissible où elle serait portée, n'aurait aucun avantagent amènerait au contraire les
suites les plus funestes. Ces considérations, si dignes de l'attention de tout homme qui porte dans son * cœur l'amour de la religion et de l'Église, donneront à notre thèse théologique une confirmation irrécusable, ix. inutilité II est de principe qu'une nouvelle définition dog-
du nouveau . . .
dogme. matique doit être nécessaire et amenée par des circonstances impérieuses : la défense de la foi, le bien des âmes.
Or aujourd'hui, ce ne sont pas uniquement l'autorité de l'Église et celle de son chef qui sont contestées, niées. Les négations sont autrement radicales. Elles portent sur les premières et les plus nécessaires vérités, audacieusement attaquées par une fausse science : la notion même de Dieu; la divinité de Jésus-Christ; l'ordre surnaturel tout entier. Voilà où sont principalement les dangers de la foi, les dangers des âmes. Ramener les âmes aux pieds du Sauveur, c'est la voie sûre pour leur faire confesser l'autorité de son Vicaire. Le premier, le plus pressant besoin des âmes qui nient, des âmes qui doutent, n'est donc pas une définition nouvelle de l'autorité 'du Souverain Pontife. Cette définition, au contraire, par l'accroissement illimité de puissance qu'elle attribuerait au Pape, deviendrait un nouvel et peut-être invincible obstacle au retour des âmes soumises à l'influence de la science antichrétienne.
Le dogme nouveau ne serait donc d'aucun secours pour la défense et la propagation du catholicisme.
Mais du moins offrirait-il quelques avantages sérieux aux fidèles?
Jamais l'autorité du Saint-Père n'a été plus acceptée, plus honorée , plus aimée par les âmes pieuses , qu'elle ne l'est de nos jours. Et quand cette autorité se présente sous l'image d'un Pontife vénéré, grand par ses malheurs, plus grand par ses vertus, cette autorité devient encore plus chère à tous les cœurs.
L'affaiblissement de la puissance temporelle du Saint-Siège, par cette sage disposition providentielle qui tire le bien du mal, n'a fait que grandir et fortifier la puissance spirituelle. Les vrais catholiques donneraient partout leur vie pour elle, parce qu'ils savent que sans elle il n'y a pas d'Église ni de christianisme. Ces sentiments, plus profonds, plus unanimes que jamais, préservent de toute atteinte sérieuse l'unité catholique. Un schisme aujourd'hui paraît impossible.
Ah ! qu'on ne trouble pas ces beaux et forts sentiments par des controverses inutiles et dange- , reuses ! Qu'on laisse les âmes jouir en paix de leur respect et de leur amour pour le Vicaire de Jésus- Christ!
Sans utilité réelle pour ceux qui croient; pleine x. Graves d'écueils pour ceux qui doutent, la définition nou- ^gieux. velle attesterait au monde que, jusqu'en 1870, l'Église catholique n'a pas su exactement et sûrement où réside l'autorité souveraine qui doit la gouverner!
Après dix-huit siècles, vingt conciles généraux, deux cent cinquante-huit Papes, nous devrions avouer au monde que nous ne savons pas encore, avec une entière certitude , si l'Église est une monarchie pure, indivisible, absolue, ou composée et tempérée! Nous devrions avouer que nous ignorons encore si les évêques sont purement et simplement les sujets du Pape, ou s'ils participent, sous son autorité, à la souveraineté spirituelle! Nous devrions avouer enfin que les vraies et certaines conditions de l'infaillibilité nous sont encore inconnues !
Les hommes de l'autorité, ceux qui en maintiennent dans le monde le respect et la foi, seraient obligés de confesser publiquement qu'ils n'ont pas connu complètement jusqu'à ce jour l'autorité revêtue du droit suprême et irréfragable de leur commander!
Quel spectacle offririons-nous au monde , aux savants, aux hommes politiques! Ne deviendrions-nous pas leur fable; et, en voulant élever outre mesure l'autorité du Souverain Pontife , ne compromettrions-nous pas la cause sacrée de l'autorité ellemême ?
Ces considérations, nous les livrons avec confiance à l'examen de tout esprit juste, de tout cœur honnête qui veut honorer Jésus-Christ dans son Église et dans son Vicaire.
Mais il est d'autres inconvénients encore.
Nous l'avons démontré, la nouvelle définition transformerait la constitution de l'Église et ferait du régime ecclésiastique la monarchie la plus rigou-
reuse, la plus absolue, la plus illimitée qui fut jamais.
Or, sauf le cas, heureusement fort rare, d'une dictature nécessaire, lamonarchie pure etabsolue, comme système ordinaire et durable de gouvernement, est une institution pleine de misères et de périls, et doit être regardée comme une des formes les plus vicieuses de gouvernement. Cependant Bellarmin lui-même enseigne que le gouvernement de l'Église, étant d'origine divine, doit être le meilleur des gouvernements; et il n'hésite pas à faire consister cette supériorité du régime ecclésiastique en un certain mélange des trois formes politiques : la monarchie, l'aristocratie, la démocratie1. Il est vrai que, dans le développement de son système, il sacrifie entièrement les deux derniers éléments au premier. Mais, en dépit de ses inconséquences, son principe, que le gouvernement ecclésiastique doit être le meilleur des gouvernements, subsiste; et avec ce principe, nous battons en brèche son système. Non, on ne fera jamais admettre à la raison et à la conscience, aujourd'hui moins que jamais sans doute, que la monarchie pure et absolue, comme système ordinaire de gouvernement, soit le meilleur de tous. Il faudrait méconnaître entièrement les enseignements de l'histoire et de l'expérience pour soutenir cette thèse désespérée. Et qu'on n'invoque pas ici l'imitation de la monarchie divine; l'humanité com-
1 De Romano Pontifice , lib. i.