‹ Du concile general et de la paix religieuseChapitre 61 sur 90 · XI. Graves · texte numérisé non relu

XI. Graves

dangers politiques.

porte-t-elle cette participation absolue aux attributs divins ?

Sans approuver toutes les théories politiques qui se sont produites dans les temps modernes ; sans amnistier aucunement toutes les révolutions qui se sont faites, on peut affirmer qu'il n'y a pas, dans la société issue de l'Évangile, une tendance plus impérieuse, plus durable et plus invincible, que celle qui veut mettre des bornes au pouvoir, qui cherche au pouvoir des contre-poids et des contre-forts. Et ce serait au milieu de cette société chrétienne, si profondément travaillée par ce besoin de régler le pouvoir, que le Siège apostolique proclamerait, comme un dogme nouveau de foi, que Dieu a établi dans son Église la monarchie pure, absolue, indivisible, parce qu'elle est le meilleur des gouvernements! Quel profit y aurait-il pour la foi à se mettre dans une opposition si directe avec les données les plus sûres de l'expérience et de la raison?

Et cette opposition ne deviendrait-elle pas un nouveau ferment de défiance et de haine contre l'Église? Quel homme politique, quel homme d'État, quel souverain pourraient voir sans effroi, au faîte de l'Église catholique, un pouvoir qui ne trouverait dans la constitution intime de cette Église aucune limite, aucune barrière vraiment efficace aux abus, aux excès, aux erreurs que la nature humaine ne peut pas toujours éviter? Qu'on n'invoque pas ici l'assistance divine promise à l'Église et à son chef; car nous cherchons quelles sont les vraies condi-

tions de la réalisation de ces promesses. Si le divin Maître n'a pas voulu faire de son Église une monarchie pure et absolue, est-on en droit d'invoquer les promesses divines en faveur de cette institution ? Il serait vain aussi de dire avec Joseph de Maistre que, par la nature des choses , tout servirait de borne au pouvoir absolu du Pape ' ; car quel est le pouvoir absolu que cette nature des choses a préservé des fautes les plus graves ?

Quelle explication satisfaisante, quelle garantie sérieuse à offrir, à donner aux puissances de ce monde qui voudraient voir dans la puissance pontificale, telle qu'on la ferait, un rival ou plutôt un maître, un maître redoutable, capable de porter le trouble dans l'État comme dans les consciences?

Pour éviter ces malentendus, on s'efforcerait sans doute de renfermer l'infaillibilité pontificale dans les plus étroites limites. Mais l'opinion des masses ne l'étendrait-elle pas à tout? Dans le prestige du Pape infaillible par lui seul, l'homme disparaîtrait. Toutes les paroles du Pontife seraient des oracles pour la foule des catholiques; toutes ses volontés seraient des lois. Ces dangers nouveaux ne provoqueraient-ils pas l'aggravation de toutes les lois restrictives de la liberté de l'Église? Les plus difficiles complications, les plus grands malheurs ne se trouveraient-ils pas au bout de cette voie périlleuse? Du moins, on peut craindre que l'abolition des concordats et la sépara-

1 Du Pape, liv. ier, chap. vin.

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