‹ Du concile general et de la paix religieuseChapitre 65 sur 90 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

vin. Dans ces courtes réflexions, qui ont eu pour but

Explication ^ montrer combien ont été funestes les entraves rmexécution. mises au jeu j^re ^ grancis ressorts du gouvernement divin de l'Église, notre intention n'est pas d'adresser aucun blâme aux Papes, aux évèques, ni même aux gouvernements catholiques qui , pendant les trois derniers siècles , n'ont pas procuré la tenue régulière des conciles généraux. Les causes générales qui mettaient obstacle à ces réunions étaient très -puissantes et dominaient généralement les volontés particulières. Les mœurs, les lois, les intérêts, l'état politique du monde, étaient loin de favoriser un mouvement vers les assemblées délibérantes. Mais l'absence de ces assemblées régulières n'en a pas moins été une des causes les plus actives de ruine pour l'État, d'affaiblissement pour l'Église.

La monarchie absolue de l'État a succombé sous le poids de ses fautes. L'Église ne peut périr comme elle ; mais elle peut souffrir d'une centralisation trop absolue de son gouvernement monarchique. Cette centralisation dangereuse est amenée pour l'Église , comme pour l'État, par l'abandon ou l'absence des assemblées délibérantes et souveraines, ix. Retour Dans la dispersion de l'Église, l'épiscopat conserve

sur les effets , . „ , ,

de tous ses droits, et 1 exercice de ces droits se concilie nécessairement avec la suprématie du Pontife romain , nous l'avons vu l .

1 Voir t. Ier? liv. ni , chap. xiv, et t. II, liv. y, chap. i.

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Toutefois, l'exercice de ces droits n'y est point facile, ni peut-être même complet. Comment un évêque , isolé dans son diocèse , absorbé par les soins de sa charge pastorale, pourra-t-il, sans y être provoqué, étendre sa vue sur les intérêts généraux de l'Église, offrir au Souverain Pontife ses conseils et ses vœux, et conserver toujours l'attitude d'un juge de la foi ? On peut, on doit craindre que l'évêque, ainsi isolé, ne se désintéresse forcément des questions générales , et ne se retire entièrement du gouvernement général de l'Église.

Ce gouvernement reste donc uniquement et exclusivement dans les mains du Souverain Pontife. Il lui appartient de droit divin, et il a, pour le bien gérer, les grâces les plus abondantes, proportionnées à la plénitude et à l'universalité de sa juridiction.

Mais le Pontife souverain ne peut pas porter seul les charges de cette sollicitude universelle. Il a besoin de coopérateurs et d'aides, et il les choisit naturellement autour de lui, parmi les Italiens et les Romains.

Les cardinaux, les prélats, les membres des diverses congrégations romaines, presque tous Italiens, forment les conseils du chef de l'Église, et deviennent ses ministres et ses instruments.

Rien n'est plus vénérable que le sacré collège des cardinaux. La prélat ure est fort respectable. Les congrégations romaines sont composées d'hommes savants et pieux. Elles rendent les plus grands services et méritent la reconnaissance de l'Église entière.

Mais quelle que soit l'autorité que ces divers corps tiennent du Souverain Pontife , ils ne peuvent pas en tout et toujours remplacer l'épiscopat. Ils ne sont que de droit ecclésiastique; les évêques sont de droit divin. Ils n'ont qu'une autorité déléguée; celle des évêques leur est propre et personnelle. Enfin, la souveraineté spirituelle ne connaît que deux éléments essentiels : le Pape et les évêques. On ne trouvera donc pas facilement dans ces corps respectables autant de grâces, autant de lumières, autant d'indépendance, autant d'autorité que dans l'épiscopat réuni autour de son chef.

Tout en reconnaissant que". l'organisation du gouvernement de l'Église, telle qu'elle existe depuis plusieurs siècles, a été amenée par des circonstances impérieuses; qu'elle a été suffisante pour opérer le bien et combattre le mal; qu'elle a été même la meilleure, puisqu'elle était la seule possible; nous nous permettrons donc d'exprimer encore nos regrets de ce que les grandes vues du concile de Constance ne se sont pas réalisées, et de ce que la périodicité et la décennalité conciliaires ne sont pas venues servir de complément et de couronnement aux institutions ordinaires du gouvernement ecclésiastique.

Mais ce qui n'a pas été possible jusqu'à nos jours peut le devenir, x. État Avec notre siècle commencent des temps nou-

du monde ...,,.

moderne, veaux : nous n'avons pas à en raconter ici 1 histoire, à faire dans nos révolutions la part du mal et celle du bien. Nous n'avons pas ici à déplorer les fautes

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et les erreurs, ni à applaudir aux réformes, aux améliorations utiles. De grandes ruines ont été consommées , de grandes transformations se sont opérées. Nous croyons que la liberté de l'Église sera un des plus grands résultats de ces prodigieux mouvements. Et comme signe de cette ère nouvelle , nous ne craignons pas d'affirmer que la périodicité et la décennalité conciliaires, c'est-à-dire, comme nous venons de le démontrer, la meilleure forme, la meilleure organisation du gouvernement ecclésiastique, le règne de la plus parfaite discipline, est dès ce moment possible.

Il est incontestable que le principe de la liberté religieuse a fait de grands progrès dans les esprits ; et que la liberté religieuse effective a obtenu d'importantes conquêtes. Sous l'influence de ces idées et sous l'empire de ces faits , les défiances des puissances séculières à l'égard de l'Église ont notablement diminué. Un concile général, qui n'est que la mise en pratique de la liberté religieuse; un concile général, qui n'est que l'exercice même de cette liberté au sein de l'Église, ne peut inspirer aux dépositaires de la puissance publique des craintes capables de leur suggérer des entraves à l'usage de cette liberté.

Cet esprit libéral, qui tempère les défiances et apaise les craintes, se manifeste aussi dans le monde par ce grand mouvement, par ce mouvement irrésistible qui porte les peuples à tempérer le pouvoir , à l'aider et à le contenir par des assemblées délibérantes. Et quand un mouvement analogue se

produira dans l'Église , quel peuple , quel souverain pourrait lui être contraire? Qui pourrait trouver mauvais que l'Eglise, qui a inauguré dans le monde moderne les assemblées délibérantes, qui en a fourni le premier modèle, veuille les rendre régulières et périodiques dans son sein ?

Le même besoin d'échange réciproque des idées et des connaissances, des délibérations communes, se fait jour dans ces congrès scientifiques et littéraires, où peuvent se réunir librement des délégués des nations diverses.

Enfin l'état matériel du globe appelle et. favorise toutes les communications, et rend toutes les relations fréquentes et rapides. La vapeur et le fer suppriment les distances ; et ces grandes découvertes du génie humain doivent servir au triomphe pacifique de la vérité religieuse et à l'amélioration morale du monde, par la fréquence des assemblées conciliaires * . Gomme confirmation de nos assertions précédentes et comme prélude des grands spectacles réservés à l'avenir, n' avons-nous pas vu, sous un seul pontificat, dans l'espace de quelques années, et à l'appel de Pie IX u trois réunions consécutives de tous les

1 Notons ici une des plus singulières contre-vérités que Joseph de Maistre se soit permises. Voulant prouver que la monarchie la plus absolue du Pape est le seul gouvernement possible dans l'avenir de l'Église , il a écrit « que le monde moderne est trop grand pour les conciles. » Le prophète du passé, comme l'a si bien nommé le grand et vénérable Ballanche , le prophète du passé ne se doutait pas que les progrès des sciences étaient à la veille de lui donner un démenti bien formel.

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évoques du monde? Et ces réunions ne se sont-elles pas faites avec une extrême facilité et sans rencontrer aucune opposition sérieuse?

Il était donc inspiré de Dieu ce grand concile de *i.

Pressentiment

Constance, lorsque, à une époque d'anarchie féo- divin dale, de guerres incessantes, de morcellements poli- de constance. tiques sans fin , de relations impossibles , de communications impraticables, il a décrété, par un édit perpétuel, edictoperpetuo, la périodicité et la décennalité conciliaires. Il avait le pressentiment divin qu'un jour l'exécution de son décret deviendrait possible, deviendrait facile; et que ce jour serait celui de la plus parfaite organisation du gouvernement ecclésiastique!

L'Église catholique est la religion de l'autorité, xil Les effets parce qu'elle est la religion divine. L'Église catho- périodicité lique conserve, dans le monde, la religion de l'auto- décennalité rite. C'est sa gloire et sa force. Mais l'autorité u est conciliairesjamais plus forte, plus vénérée, plus aimée, que lorsqu'elle accepte le concours, les conseils, l'examen et au besoin le contrôle de ceux qui ont le droit et la mission d'exercer ces grandes fonctions. L'exagération du principe le plus vrai et le plus nécessaire peut avoir les plus graves inconvénients. Nul doute, selon nos observations et notre expérience, que, par l'effet de l'organisation actuelle du gouvernement ecclésiastique., il n y ait, dans les rangs du clergé, des craintes souvent exagérées, quelquefois mal fondées; mais enfin des craintes d'une domination qui pourrait facilement tourner à l'oppression. Ces craintes, en attristant la vie, peu-

vent facilement étouffer la spontanéité des esprits, et nuire beaucoup aux progrès des sciences religieuses, à l'enseignement public, à l'édification générale. Toute la liberté que l'Église peut laisser à ses enfants est plus nécessaire que jamais, au milieu des problèmes redoutables que soulève l'état des esprits, des sciences et de la société.

Voilà quelques-unes des raisons profondes qui appellent la lumière complète et la liberté canonique * au sein du gouvernement ecclésiastique. Advienne donc l'ère des conciles périodiques et décennaux. Ce sont eux qui , par le concours de toutes les forces de l'Église, par le concours de tous ces évêques qui ont reçu la mission divine de gouverner l'Église de Dieu sous l'autorité du Pontife souverain, apporteront à ce Pontife les conseils désintéressés et indépendants, les lumières abondantes, les coopérations efficaces. Répandus sur toute la face du globe, en rapport avec tous les degrés de civilisation et de culture, vivant sous les régimes politiques et sociaux les plus divers, témoins des besoins qui travaillent les populations, appréciant et l'état des esprits et l'état des sciences, ils pourraient au besoin balancer ce qu'il y aurait de trop exclusif, de trop local peut-être, dans certaines vues, dans certaines habitudes du gouvernement ecclésiastique ; 'et ce gouvernement pourrait s'améliorer, sans rien perdre de ce qu'il y a d'essentiel dans son organisation actuelle.

Alors toutes les grandes questions qui se soulèveront pourront être étudiées et résolues dans les con-

ro

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ditions les plus favorables. Alors tous les torts pourront être facilement réparés, tous les abus corrigés,

utes les améliorations disciplinaires et scientifiques

troduites. Et le gouvernement ecclésiastique recevra toute la perfection que comporte l'imperfection • de notre nature.

Cette périodicité conciliaire imprimera un mouve- xm. ment salutaire à l'Église tout entière. Il y a quelques actïvït6 Vn» années, des évêques, s'inspirant des plus nobles pensées et du zèle le plus pur1, ont voulu faire renaître les synodes et les* conciles provinciaux. Ces efforts n'ont pas eu tous les résultats qu'on pouvait attendre, surtout parce que ces assemblées provinciales ne se rattachaient pas à la grande assemblée centrale, au concile général, et ne s'harmonisaient pas avec lui.

Mais lorsque Dieu aura rendu à son Église les* conciles décennaux, les conciles provinciaux, tenus régulièrement tous les trois ans, seront les trois degrés de la préparation du grand concile. Chacune de ces réunions provinciales pourra être précédée du synode diocésain, où les questions recevront, de la part de l'évêque et de son clergé, une première élaboration. Ainsi, pendant neuf ans le travail -du monde catholique tout entier, par l'œuvre de ses pasteurs légitimes, préparera les éléments des grandes

1 Rendons hommage ici au vénérable archevêque de Paris , M. Sibour, qui fut notre ami. Ce noble cœur, qui devait être transpercé par un glaive sacerdotal , avait été le promoteur de la restauration des synodes et des conciles provinciaux ! Voir ses Institutions diocésaines.

délibérations décennales, qui, sous l'autorité et la direction du Pontife suprême, seront appelées à enseigner, à édifier et à consoler le monde. Au milieu d'une grande liberté civile, politique, religieuse, la • grande organisation catholique offrira donc le plus magnifique spectacle d'autorité et de liberté qui jamais ait été donné aux hommes.

Ces 'grands efforts, n'en doutons pas, amèneront la fin de beaucoup de malentendus, de beaucoup de préjugés, le rapprochement de beaucoup d'esprits, une abondante lumière de vérité; une plus grande unité sur la terre, le' règne d'une paix plus solide, une floraison nouvelle de la beauté morale.

Ajoutons que , pour faciliter les conciles décennaux, le principe de la représentation épiscopale pourra recevoir une extension plus grande, et que peut-être il suffira d'une députation d'évêques choisis dans chaque province ecclésiastique *et nantis des pouvoirs de ceux qui resteront dans leurs diocèses, xiv. vœux Nous terminons ici la première partie d'une œuvre de conciliation et de paix ecclésiastique. Cette œuvre ne nous a été inspirée, nous osons le dire devant Dieu , que par l'amour le plus sincère du Siège apostolique et de l'Église de Jésus- Christ. Qu'il nous soit permis en finissant de former deux vœux dictés par le sentiment qui anime ces pages. Ces vœux, nous osons les présenter au grand et saint concile qui va bientôt se réunir dans la basilique Vaticane, auprès du tombeau des saints Apôtres, et sous la présidence du chef auguste de l'Église.

et dernière déclaration.

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Autant que personne, nous confessons et proclamons tous les droits du Siège apostolique; autant que personne, nous désirons l'exaltation et le triomphe du Souverain Pontificat. Cette gloire ne nous paraît point attachée à une définition nouvelle. Ne déplaçons pas les bornes posées par nos ancêtres. Mais , fils pleins d'amour, cherchons dans nos archives de famille les plus beaux titres qui jamais aient été donnés au Père commun; répétons avec transport les plus nobles paroles consacrées à sa gloire. Rien dans cet ordre n'est comparable au célèbre décret de Florence. Qu'il soit renouvelé d'une voix unanime par les huit cents évoques qui vont se réunir dans l'église de Saint-Pierre.; qu'il soit renouvelé et confirmé dans toute sa teneur; qu'il retentisse sous les voûtes sacrées, et que cet hommage de la piété filiale aille consoler le cœur du saint vieillard qui personnifie avec tant de majesté le Souverain Pontificat !

Tous les droits du Saint-Siège seront plus que jamais garantis, et sa divine autorité, conservant toujours le caractère tempéré que Jésus- Christ a voulu lui donner, n'en sera que plus chère à tous.

Mais il faut que le monde sache avec une certitude nouvelle que l'épiscopat et la papauté ne sont qu'un seul corps, une seule souveraineté spirituelle; qu'ils sont inséparables, indivisibles, et qu'ils présenteront toujours au monde l'image de la plus haute et de la plus parfaite unité qui soit sur la terre.

Dans le but de la manifestation de plus en plus éclatante de cette unité, dans le but de la consolida-

tion du droit épiscopal de participation au gouvernement général de l'Église, nous osons soumettre encore au saint concile notre second vœu.

Le décret de Constance , que nous venons de rapporter dans ce chapitre, est l'acte de la parfaite conciliation des droits de l'épiscopat et de ceux du Saint- Siège. En vertu de cet acte, le gouvernement de l'Église atteint le plus haut degré de perfection qu'il puisse réaliser.

Qu'il plaise donc au Souverain Pontife, qu'il plaise au saint concile de remettre en vigueur la loi salutaire de Constance, puisque son -application est aujourd'hui facile. Tous les dix ans, l'Église offrira au monde moderne , à ce monde flottant à tout vent de doctrine et exposé au naufrage universel de l'ordre moral, le plus instructif des spectacles, celui de la plus grande unité religieuse et morale s'affirmant dans sa liberté et dans sa force, et présentant aux hommes l'Evangile de Jésus-Christ comme la loi essentielle de leur vie supérieure et de tous leurs progrès légitimes.

Si les vœux que nous osons émettre se réalisent, le futur concile accomplira une des plus importantes et des plus fécondes réformes qui aient jamais été tentées dans l'Église. Il fermera les tenlps anciens, et ouvrira les temps nouveaux.

Puisse l'infinie Bonté bénir ces vœux, formés pour la gloire de Dieu et le salut de l'humanité!

Dans notre premier volume, en finissant les chapitres sixième et septième du premier livre, nous avons annoncé que nous placerions à la suite du second volume des développements sur les conciles et les élections ecclésiastiques.' Nous remplissons cet engagement, parce que nous croyons ces développements utiles ou même nécessaires. Toutefois les dissertations qu'on va lire ne sont pas faites pour les savants. Elles ont pour fin de répandre des notions justes sur des objets du plus grand intérêt, surtout dans les circonstances graves où se trouvent l'Église et la société.

La dissertation sur les conciles en général a pour but d'établir et de développer ce que nous avons dit en peu de mots sur l'origine, la nature, l'objet, les diverses espèces, la composition, les lois principales, l'utilité ou la nécessité de ces saintes assemblées. Ces éclaircissements, que nous avons placés à la fin de ce second volume pour ne pas trop retarder notre marche, serviront à mieux faire entrer le lecteur dans l'objet principal de tout cet ouvrage : l'exposé de la constitution de l'Église et des rapports de la papauté et de l'épiscopat.

La dissertation sur les élections ecclésiastiques développe aussi des notions très - sommaires présentées d'abord, et tend à établir que l'Église, en réservant à qui de droit l'institution canonique (voir les chapitres i , n et m du quatrième livre), s'est toujours montrée, selon les temps, trèsgénéreuse et très-libérale dans le mode de désignation ou de nomination des pasteurs.

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