partie du peuple prœsente etiam plebis maxima parte
Cyprien prit la parole. » Cypriani Opéra, t. II, Conc. Carth.
La lettre synodale qui fut écrite par le prêtre Melchior, au nom du concile d'Antioche, contre Paul de Samosate, semble attester également la présence des fidèles à ce concile, puisqu'elle est au nom de tous les évêques, des prêtres, des diacres de toutes les Églises d'Antioche et des lieux circonvoi-
sins. D. Ceillier, t. III, p. 601 ; et Duguet, Conférence, t. Il, p. 326.
Les fidèles n'étaient pas toujours réduits au rôle de spectateurs et de témoins; ils prennent quelquefois part aux délibérations et donnent leur avis sur certaines questions. Nous en avons un exemple célèbre dans saint Cyprien, lorsque ce grand évéque ne voulut pas décider seul la conduite qu'il fallait tenir envers les faibles et malheureux chrétiens qui, après avoir succombé à la violence des persécutions, demandaient le bienfait de la réconciliation et présentaient, pour l'obtenir, des suppliques écrites par les saints martyrs, qui, en allant au supplice, donnaient à leurs frères un moment égarés, mais repentants, cette marque de charité chrétienne. Le saint évèque, dans une lettre adressée à son peuple, fratribus in plèbe consistent ibus , dit de la manière la plus expresse que c'est une affaire qui doit être décidée par le jugement des évêques et de ceux d'entre les fidèles qui ont conservé leur innocence et leur foi : « Expectent regressionem nostram, ut cum ad vos per Dei misericordiam venerimus, convocati episcopi plures, secundum Domini diseiplinam, et confessorum prsesentiam, et vestram quoque scntcntiam, beatorum martyrum litteras et desideria examinare possimus. » S. Cyprïani Epist. 11.
Non content d'avoir consulté les évcques voisins, son clergé et les saints confesseurs de Carthage, saint Cyprien vent avoir sur cette grave et délicate affaire l'avis de l' Église romaine. Celle-ci, avant de répondre au primat d'Afrique, s'inspire des mêmes maximes et obéit au même esprit. Elle ne décide rien sans avoir réuni non-seulement les évêques, les prêtres et les diacres, mais les laïques qui avaient résisté aux persécutions et confessé la foi : « Nobis io ta m ingenti negotio placet prius Ecclesiae pacem sustinendam, deinde sic collatione conciliorum cum episcopis , presbyteris , diaconis, confessoribus pariter ac stantibus laïcis facta, lapsorum tractare rationem , quoniam nec firmum decretum potest
esse, quod non plurimorum videbitur habuisse consensum. » Cyprïani Epist. 31.
Ainsi l'usage d'admettre les fidèles dans les conciles et de
les consulter sur certaines questions était établi au troisième siècle dans la première, dans la plus illustre Église du monde, comme dans celle d'Afrique, et sans doute qu'il était général.
Au commencement du concile d'Elvire, nous lisons ces paroles : Cum consedissent sancti et religiosi episcopi, hoc est
Félix episcopus , residentibus etiam viginti et sex presbyteris,
adstantibus diaconis et omni plèbe, episcopi %dixerunt.m Conc. E liber itanum. Conc, t. I. La présence des fidèles à ce concile du commencement du quatrième siècle, le plus ancien dont nous ayons les actes , est encore incontestable.
Le concile d'Antioche donne accès dans ces assemblées à tous ceux qui ont quelque plainte à former , et qui demandent des juges : In ipsis autcm conciliis adsint presbyteri et diaconi... etomnes qui se lœsos existimant , etsynodi experiantur examen. Conc. Antioch., can. 20, anno 325.
Au concile général de INicée, outre les évêques et les ministres du second ordre, il y avait aussi des laïques ; c'étaient des philosophes, dialecticiens, orateurs, qui aidaient aux discussions, et qui par conséquent y prenaient part. Tel est du moins le sens naturel que présente ce passage de l'historien Sozomène : Aderant episcopi circiter trecenti et viginti; aderat quoque presbyterorum et diaconorum qui eos , ut est verisimile, comitabantur , multitudo non exigua. Aderant etiam una viri disserendi periti qui illis inter disputandum subsidio essent. Sozomen. Hist. eccles., lib. i, cap. xvi.
Il y avait même à Nicée des philosophespaïensqui s'y étaient rendus non pas sans doute pour prendre part au concile, mais pour s'instruire de la doctrine chrétienne, ou bien, irrités de voir le paganisme pencher à sa ruine, pour disputer contre les chrétiens et les diviser. L'historien Socrate rapporte à ce sujet une anecdote curieuse, qui est encore une nouvelle preuve de la présence des laïques dans ce concile. Il raconte donc « qu'un vieillard du nombre des confesseurs, simple laïque et ignorant, ne pouvant souffrir le faste d'un de ces philosophes, s'attacha à lui parler. Il fit rire les plus emportés de ceux qui le connaissaient et donna des craintes aux plus sages; toutefois le respect les obligea de le laisser faire» Il parla donc ainsi : Philosophe, écoute au nom de Jésus-
Christ. Il n'y a qu'un Dieu, créateur du ciel et delà terre, de toutes les choses visibles et invisibles ; qui a tout fait par la vertu de son Verbe, et tout affermi par la sainteté de son esprit. Ce Verbe, que nous appelons le Fils de Dieu, ayant pitié des hommes et de leur vie brutale, a bien voulu naître d'une femme, converser avec les hommes et mourir pour eux, et il viendra encore pour juger comment chacun aura vécu. Voilà ce que nous croyons sans curiosité; ne te fatigue donc pas en vain pour chercher des raisons contre les vérités de la foi, ou pour examiner comment cela peut s'être fait ou non; mais réponds-moi si tu le crois; c'est ce que je te demande. Je le crois, dit le philosophe étonné. Il rendit grâces au saint vieillardde l'avoir vaincu ; il se fit chrétien et conseilla aux autres de faire de même, assurant avec serment qu'il s'était senti poussé par une force divine à se convertir. » Fleuby, Histoire ecclés., t. III, p. 109.
Rien n'est plus connu ni plus célèbre que la participation de Constantin à ce même concile de Nicée. Il y joua un rôle si considérable, que les auteurs protestants ne craignent pas de lui en attribuer la présidence. Mais, quoiqu'il eût convoqué ce concile et qu'il parût en régler les discussions, il suffit de lire la manière dont il y fit son entrée, pour se convaincre de l'erreur des écrivains protestants. Écoutons Fleury, qui a reproduit exactement les auteurs originaux qui ont écrit l'histoire de ce grand concile.
« Le jour marqué pour la séance publique du concile étant venu, tous ceux qui devaient assister au concile se rendirent dans une salle qui était au milieu du palais, plus grande que toutes les autres pièces et remplie de bancs rangés des deux côtés, où , s'étant assis, ils attendaient en silence. Alors entrèrent plusieurs personnes de la suite de l'empereur : non sa garde ordinaire, ni des gens armés, mais de ses amis et des chrétiens seulement. Tous se levèrent au signal qui marquait l'entrée de l'empereur, et il parut au milieu de l'assemblée vêtu de pourpre et orné d'or et de pierreries qui jetaient un éclat merveilleux. La religion et le respect paraissaient sur son visage : il rougissait, il baissait les yeux et marchait modestement. D'ailleurs il était bien fait, d'un corps robuste et