‹ Du concile general et de la paix religieuseChapitre 77 sur 90 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

cal s'était opéré dans la discipline de l'Église d'Orient , et Balsamon nous apprend que de son temps, c'est-à-dire vers la fin de ce siècle, le droit d'élire s' étant entièrement concentré dans les mains des évêques, le clergé et le peuple n'avaient plus aucune part aux élections. Quand un évèché venait à vaquer, les évêques de la province, ou même ceux qui se trouvaient à Constantinople , présentaient trois candidats au patriarche, qui choisissait parmi eux le nouvel évêque. Dans l'Église latine , l'ancienne liberté , malgré les envahissements continuels de la puissance séculière, a plus de vitalité, et de grands Papes s'arment pour la défendre. Nous voyons un concile, en 998, déposer Etienne, élu évêque du Puy , parce qu'il l'avait été sans le consentement du clergé et du peuple : eo quod sit electus sine cleri et populi voluntate. Le concile de Reims, en 1049, renouvelle la loi qui attribue l'élection au clergé et au peuple : Ne quis sine electione cleri et populi ad regimen ecclesiasticum proveheretur.

Le pape Grégoire VII emploie l'énergie de son caractère à rétablir partout cette discipline. Il blâme le roi Philippe d'exiger des présents pour donner son consentement aux élections canoniques. Il veut que l'évêché soit donné gratuitement à celui qui avait été élu : Unanimi cleri et populi consensu..., episcopatus dono gratis ut decet concesso, ecclesiœ prœfici patiatur. Lib. i, Ep. 35, 69. Il dépose un évêque simoniaque de Chartres , et écrit au clergé et au peuple d'en élire un autre. Lib. iv, Ep, 16. Par ses ordres, un évêque intrus d'Orléans est déposé, il s'était ingéré sine idonea cleri et populi electione. Il félicite le clergé et le peuple de cette ville d'avoir élu pour évêque un clerc de leur église. Lib. v, Ep. 5, 11 , 14. Depuis longtemps le siège d'Arles était vacant; le saint Pape écrit au clergé et au peuple de cette ville, universo ctero et populo, pour les convier à élire un digne prélat. Lib. vi, Ep. 21.

Sous son pontificat, les élections dans toute l'Italie jouissent d'une liberté entière. Mais ce fut surtout dans la célèbre querelle des investitures que le zèle de ce grand Pape pour la liberté des élections se montra dans toute sa force. Cette liberté était le grand intérêt de la lutte qui agita le monde

APPENDICES. m

pendant si longtemps. Sous le prétexte des investitures , tes empereurs et les rois s'étaient rendus maîtres absolus des évêchés et des abbayes. Ils les donnaient à leurs courtisans, et jouissaient des revenus pendant les vacations, qu'ils prolongeaient autant qu'il leur plaisait. On comprend les conséquences fatales de ces usurpations pour Tordre et la dignité de l'Église. Aussi Grégoire Vfl et ses successeurs combattirent sans relâche l'abolition 4e ees détestables prétentions. Ils voulaient conserver l'ancienne liberté et l'ancienne forme des élections. Voici ce que prescrivit le concile romain de 1 0«0 , sous Grégoire VII , après avoir défendu les investitures : Defuncto pasiore alicujus tcclesiœ instantia visitatoris episcopi qui ei ab Apostolka vel metropolitana Sede dirertus est, clerws etpopuku, remata ornnî sœculari ambitione, timoré atque gratia, Apostolicœ Sedis vd metropolitani siti consentit pastorem sibi secundum Deurn elrgant. Electionis veto potestas omnis in deliberatione Sedis Apostolicœ swe metropolitani sui consistât. Concit. rom. can. 6.

À mesure que les Églises d'Espagne renaissaient par les conquêtes des chrétiens sur les Sarrasins, nous voyons aussi renaître la liberté canonique dans ce pays, et sous Pascal IT, un évèque de Burgos est élu par le concours dm clergé et du peuple. Pascalis Epist. 65.

Les autres successeurs de Grégoire VÏI ne furent pas moins religieux observateurs des canons dans les élections. Nous ne citerons que l'exemple d'Urbain IT, qui, ayant reçu la démission de Geoffroy , évêque de Chartres , fit élire son successeur par le clergé et le peuple de cette ville.

Ces exemples suffisent pour montrer qu'à la fin du onzième siècle la liberté électorale était encore en vigueur, et quel prix y attachaient les grands Papes de cet âge.

Dans le douzième siècle nous trouvons encore des traces nombreuses de l'ancienne liberté et de l'intervention du peuple.

Ives,évéque de Chartres, consulté sur une élection qui n'avait pas été unanime dans l'Église de Paris, répond qu'il ne donnera son consentement qu'à l'élection qui aura obtenu celui du clergé et du peuple, et qui sera approuvée par le

métropolitain et par les snffragants : Electioni assensum non dabimus, nisi quem aut cleri plebisque consensus elegerit, aut métropolitain judicium cum conniventia suffraganeorum habita légitima discussione probaver it. ïves Carinut., Ep. 163.

Saint Bernard écrit au pape Honorius II que l'évêque de Chàlons ayant été élu unanimement par le peuple et le clergé, il doit confirmer cette élection : In quam vtique totus lam clerus quam populus pari voto et voce convenerant. Ep. 13.

Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, atteste que l'évêque de Lisieux a été élu par le peuple- et le clergé, et ensuite consacré par le métropolitain de Rouen : Clerus, populus et tota simul ecclesia elegit. Lib. iv, Ep. 7.

Il écrit au pape Eugène III que l'évêque d'Angoulême a été élu par le clergé, par les nobles, par les magistrats, et par le peuple : Nullo de clero excepto ab unanimi electione, assensu ut canones prœcipiunt honoratorum et totius populi. Lib. v, Ep. 5.

Sous la régence de Suger, le chapitre d'Autun élit pour évêque l'archidiacre de cette Église, consilio et assensu religiosarum personarum, et totius cleri et populi. Sugeru Abb. Ep. 43.

En Angleterre, où les rois normands, par ambition et par avarice, s'étaient rendus maîtres presque absolus des élections épiscopales, nous remarquons encore, en 1162, le concours du clergé et du peuple dans la promotion de saint Thomas à l'archevêché de Cantorbéry : Congregato clero et populo totius provinciœ Cantuarensis. Matt. Paris, ann. 1162.

Enfin, dans le commencement du treizième siècle, sous le pontificat d'Innocent III lui-même, nous trouvons encore la participation du peuple à l'élection d'un archevêque d'Embrun. Innocent atteste que l'évêque de Genève a été transféré à Embrun par le vœu du clergé, du peuple et des suffragants : Cleri,populi,et suffraganeorum desideriis concurrentibus , te insuu.m archiepiscopum postulavere. Epist. 175.

On retrouve même après le concile de Latran quelques exemples de la participation du peuple aux élections. Tant il était difficile d'abolir d'un coup un ordre disciplinaire aussi ancien , aussi enraciné dans l'affection des peuples ; et

quoique le plus souvent ces élections ne fussent, à cette époque, qu'une forme vide. Il fallut un décret exprès de Grégoire IX pour mettre fin à l'intervention laïque dans les élections. Edicto perpetuo prohibemus ne per laïros cum canoniris pontifias electio prœsumatur. Quœ si forte prœsumpta fuerit, nullam obtineat firmitatem. Non obstante contraria consuetudine , quœ dici débet potius corruptela. Extrav. de elect., cap. lit, lvi. Ann. 1241.

Quelle révolution s'était donc accomplie dans les mœurs publiques, pour que l'ancien droit, si énergiquement défendu par tant de grands et saints papes, fût appelé par Grégoire IX une corruption ?

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