‹ Du concile general et de la paix religieuseChapitre 80 sur 90 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

La troisième classe était le peuple proprement dit, ou plebs; elle comprenait les petits propriétaires trop peu riches pour entrer dans la curie, les marchands et les artisans libres.

Au commencement du cinquième siècle, il existait dans les villes un nombre assez considérable d'artisans libres, qui déjà étaient constitués en corps de métiers.

Enfin au-dessous de ces trois classes, et bien loin d'elles, étaient les esclaves, distingués en esclaves domestiques et en esclaves ruraux ou colons. La condition de ces derniers était diverse, et souvent préférable à celle de l'esclave domestique, qui portait encore, malgré les efforts du christianisme pour améliorer son sort, le caractère de l'esclavage antique dans toute son abjection et toute son horreur.

L'élection de l'évêque se faisait par tous les citoyens, c'està-dire par les sénateurs, les magistrats, les décurions et par les classes des petits propriétaires , des marchands, des artisans, désignée sous le nom de peuple. La classe nombreuse des esclaves domestiques et ruraux en était seule exclue, et la raison de leur éloignement se conçoit : des hommes qui ne s'appartenaient pas entièrement à eux-mêmes ne pouvaient pas concourir librement au choix des pasteurs. Cependant les rangs du clergé étaient ouverts aux colons, à la condition de leur affranchissement. L'Église faisait pour eux tout ce qu'elle pouvait faire.

On a remarqué avec raison que le mode des élections épiscopales était celui qu'on suivait dans l'élection du défenseur de la cité, qui n'était pas nommé comme les autres magistrats dans l'assemblée électorale de la curie, mais par l'universalité des habitants. De ce fait, on a voulu déduire une certaine influence du régime municipal romain sur les formes des élections épiscopales. On a insinué que le principe des élections dans l'Église avait été emprunté au droit municipal romain. (M. Raynouabd, Histoire du droit municipal, tom. Ier, livre icr, chap. 24.) Cette origine est entièrement imaginaire. L'élection dans l'Église est un fait originaire, tout à fait primitif. Cette institution, notfs l'avons vu, est née dans les premiers jours du christianisme, avant aucun

contact avec le monde romain, par l'autorité même des Apôtres, et sous l'inspiration de cet esprit de sagesse, de modération et de charité qui est l'essence de la religion chrétienne.

Les assemblées où les évêques étaient élus, composées, comme nous venons de le voir, de l'universalité des citoyens, étaient donc nombreuses. Quoique ces assemblées fussent réunies dans les églises , en présence de Dieu et dans le recueillement de la prière, quoique le clergé y exerçât une grande influence et que l'autorité principale y appartînt aux évêques de la province et au métropolitain , on conçoit aisément que l'intrigue et le tumulte pussent facilement s'introduire dans des réunions aussi nombreuses et aussi diverses. Dans les plus beaux siècles de l'Église, dans ses plus beaux jours, des divisions, des cabales, des violences même, viennent quelquefois troubler l'ordre des élections. Le peuple trop souvent se laisse séduire par des ambitieux et emporter par des passions aveugles. Il veut dominer les élections par le nombre et la terreur. Il suffit de rappeler ici les troubles qui agitèrent Rome à l'élection du pape saint Symmaque, et l'argent répandu parmi le peuple pour le gagner à son compétiteur Laurent. Le schisme qui naquit de cette double élection ne put être apaisé que par le recours des deux partis à un prince arien, au roi Théodoric, qui eut cependant assez de raison et de justice pour frire prévaloir le bon droit. On n'a pas oublié non plus les avertissements sévères que le pape saint Léon adressait aux évêques de la Mauritanie, trop complaisants pour les caprices de la multitude.

Ces abus, ces désordres ont donc existé de tout temps; toujours l'Église les a combattus avec fermeté, mais nous ne voyons pas qu'elle ait trouvé en eux une cause suffisante pour changer ou modifier la discipline des élections.

La cause principale de la réforme d'Innocent III est cependant rapportée à ces abus de la puissance populaire. Le peuple, dit-on, s'était rendu ind gne par ses intrigues et par ses violences de concourir aux élections épiscopales ; il fut justement dépouillé de son droit.

On ne voit pas que dans les onzième et douzième siècles les peuples se soient signalés par de nombreuses violences électorales. On peut citer sans doute quelques faits isolés comme on en retrouve à toutes les époques de l'Église. On peut citer dans le douzième siècle, par exemple, l'élection d'un évêque d'Angers faite par un peuple factieux à l'exclusion du clergé. Geoffroy de Vendôme et Hildebert, évêque du Mans, reprochèrent à l'élection de l'évêque ce caractère d'intrusion et de violence. « Vous avez été fait évêque, disait Geoffroy au nouvel élu, par une conspiration et par la fureur de la multitude. » Vulgi conspiratione , vulgo furente, vos creatus estis. Lib. m, Epist. 11. « Les clameurs séditieuses d'une foule égarée ont emporté l'élection. Le clergé ne vous a pas élu, les menaces populaires ont tout fait, » écrivait au même l'évêque Hildebert. Epist. 9, 13. On peut citer encore quelques autres faits séditieux dans les élections épiscopales. Mais, nous le répétons, tous ces faits sont isolés, et ne caractérisent pas plus les siècles moyens que l'âge antérieur. On ne prouvera pas que le mal se soit accru dans des proportions considérables.

En effet, si le peuple avait toujours ou presque toujours porté dans les élections le trouble et le désordre, serait-il possible d'expliquer le zèle de Grégoire VII et de ses successeurs pour rétablir et remettre partout en vigueur l'ancienne discipline qui appelait le peuple aux élections des pasteurs? Nous avons donné des preuves nombreuses et certaines du respect des grands papes de cet âge pour la liberté électorale. Si cette liberté eut tourné au détriment de l'Église, leur conduite serait inexplicable. Au douzième siècle, Yves de Chartres aurait-il fait dépendre, comme nous l'avons vu, la validité d'une élection épiscopale du concours populaire, si ce concours n'avait été pour l'Eglise qu'une cause de honte? Saint Bernard se serait-il montré plein de déférence et de respect pour le vœu populaire?

Non , sauf quelques cas justement condamnés , ce n'était pas le peuple qui corrompait les élections en donnant les évèchés aux indignes. Ce n'était pas le peuple qui faisait un indigne trafic de la charge pastorale , et qui l'accordait à des

laïques ou à des clercs sacrilèges et simoniaques. Ce n'était pas le peuple qui, sous prétexte des investitures, voulait usurper la puissance spirituelle. Non, le mal qui désolait l'Église à cette époque ne provenait pas de la part que les peuples prenaient aux élections. Ce sont plutôt les rois et les seigneurs qui se montrent trop souvent les ennemis et les oppresseurs de l'Église, et qui la dominent en maîtrisant les élections épiscopales ; et il fallut une résistance indomptable et des digues bien puissantes pour arrêter et contenir le débordement de ce despotisme.

D'ailleurs, quand on attribue le changement disciplinaire dont nous cherchons les causes aux excès de l'influence populaire, on nous représente le peuple, aux dixième et onzième siècles, comme nombreux et puissant, tandis que le régime féodal tendait sans cesse à le diminuer, à l'affaiblir, à le faire disparaître. Nous touchons ici à la véritable cause de la nouvelle discipline électorale.

Oui, c'est le régime féodal qui, en changeant toutes les conditions de l'ancien ordre social , en effaçant presque entièrement les classes anciennes pour leur substituer sa hiérarchie barbare, en faisant régner partout le droit du plus fort, a préparé, amené, rendu nécessaire le changement disciplinaire que nous voulons expliquer. Comment le peuple auraitil pu conserver le droit de concourir à l'élection de ses pasteurs , lorsqu'il était partout opprimé , réduit en servitude ?

Les villes qui surent perpétuer quelques restes du régime municipal de l'empire forment une exception , qui ne put prévaloir contre les faits tendant à se généraliser de plus en plus , et à devenir de plus en plus dominants.

Issue de la conquête , la féodalité s'empare de la société par l'hérédité des charges et des bénéfices, et constitue une aristocratie qui pèsera longtemps sur le monde. Comme, au milieu des désordres d'une société livrée à tous les hasards de la force , il n'y avait un peu de sécurité et de liberté qu'à la condition de faire partie de l'association féodale, on voit, du dixième au onzième siècle , presque toutes les propriétés se transformer en fiefs ; et les hommes libres eux-mêmes , éprouvant le besoin de se donner un patron dans un sei-

gneur puissant, se déclarent ses vassaux, et entrent dans la hiérarchie féodale. Dès le onzième siècle, cette hiérarchie est entièrement formée; elle enveloppe l'Europe entière d'une chaîne continue, dont le roi est le premier anneau, et qui s'étend, par des degrés successifs, jusqu'au petit possesseur de fief, jusqu'au plus humble des vassaux. En dehors de cette organisation qui renferme en degrés infiniment variés la propriété, la souveraineté, la liberté, la dignité humaine, se trouvent les masses nombreuses des serfs de la glèbe , qui cultivent la terre pour le seigneur. Quoique leur condition soit meilleure que celle de l'esclave domestique et se rapproche de celle du colon, ils ne jouissent pas de tous les droits inhérents à la nature humaine. Les villes gardent seules une image affaiblie de l'ancienne civilisation. Les institutions municipales de l'empire, le droit romain se conservent dans un certain nombre. Là on trouve encore quelques restes de l'ancienne curie, de l'élection des magistrats, du droit municipal. Le bourgeois, qui n'est ni serf ni vassal, et qui prend part à l'administration de la cité, nous rappelle le citoyen de la civilisation romaine et chrétienne, et contient en lui le germe de la démocratie moderne. Les preuves que nous avons données de la participation du peuple aux élections épiscopales jusqu'aux douzième et treizième siècles établissent avec évidence la perpétuité des institutions municipales; mais leur décadence est aussi certaine que leur perpétuité.

La dépopulation des villes du moyen âge, leur misère, l'absence complète de sécurité sont des faits connus de tout le monde. Dans cet état précaire, dans cet état d'abjection et de souffrance, les institutions favorables à la liberté ne pouvaient pas jouir d'une grande efficacité, elles devaient languir et s'amoindrir sans cesse. D'ailleurs beaucoup de municipalités étaient entrées dans la hiérarchie féodale ou comme vassales ou comme suzeraines. Les premières devinrent les villes prévôtales, qui étaient gouvernées par le prévôt d'un seigneur. Ainsi la féodalité envahissait tout, et imprimant partout son caractère, donnait ses formes aux villes comme aux campagnes, aux propriétés comme aux personnes.

Dans cette hiérarchie, le citoyen disparaissait et était rem-

placé par le vassal. Du vassal au citoyen il y a une immense distance, inutile sans doute à signaler.

Plus d'intérêt public et général; tout devenait local, individuel , personnel. Il n'y avait pas , à proprement parler, de patrie ni de chose publique. Le citoyen n'avait donc pas de place dans ce régime. Tout y était héréditaire; l'hérédité en était la grande lou L'élection ne pouvait s'y appliquer à aucun degré; elle devait finir par en être entièrement bannie.

Or, l'institution chrétienne des élections'épiscopales supposait un peuple de citoyens , d'hommes libres, d'hommes habitués à voir sortir de l'élection les magistrats de la cité. Elle s'harmonisait parfaitement avec ce milieu de liberté municipale , civile , politique , héritage de l'antique Rome. Quand, après une lente décomposition de six siècles, tous les éléments de l'ancien ordre social eurent été désorganisés, détruits ou du moins prodigieusement affaiblis, l'Eglise ne trouva plus ce peuple fidèle, ce peuple d'électeurs qu'elle conviait au choix de ses pasteurs. Le seigneur féodal était lui-même peu jaloux de ce droit électoral , il le comprenait à peine. A l'exemple du roi, il prétendait souvent nommer l'évêque de son fief; il se souciait fort peu de l'élire avec le concours de ses vassaux, qu'il estimait bien au-dessous de lui.

L'Église , nous l'avons dit , maintenait cependant , autant que les circonstances le lui permettaient, les institutions canoniques. Tant qu'il resta un peuple dans une cité, elle l'invita à l'élection épiscopale. Nous avons vu Grégoire Vil et ses successeurs, dans les onzième et douzième siècles, rappeler sans cesse les anciennes règles; nous avons vu ces règles encore généralement pratiquées. Mais enfin il vint un moment où il fut manifeste que les formes anciennes ne répondaient plus aux réalités vivantes, qu'elles étaient usées et impuissantes. Quelques villes conservèrent, il est vrai , leurs anciens droits municipaux ; mais tout s'y altérait de plus en plus; et le régime féodal était partout le fait dominant, le fait universel. Dès lors un changement dans la discipline était inévitable.

Quand la liberté succombe, elle est toujours prête à renaître. Ce fut au moment même du triomphe le plus complet de la féodalité que naquit ce grand mouvement d'émancipation qui annonçait l'avènement de cette nouvelle force qui devait être un jour l'héritière de l'aristocratie féodale.

L'insurrection communale porta le premier coup à la féodalité , et elle fut un des germes de la bourgeoisie, du tiers état, de la démocratie moderne. Dans un grand nombre de communes, on vit renaître la liberté, l'élection, la souveraineté politique dans une certaine mesure. Les communes de l'Italie devinrent même de grandes et puissantes républiques. Celles de la France , au contraire , ne conservèrent pas très -longtemps leurs libertés ni leur indépendance. Témoin de cetfe renaissance du peuple, l'Eglise cependant ne crut pas devoir lui rendre le droit électoral. Tant de siècles de désordres, d'anarchie, de violences, d'oppression, ne le préparaient pas à cette modération , à cette gravité , à cette moralité que suppose et qu'exige l'exercice du droit électoral dans l'Église. Écoutons M. Guizot décrivant les mœurs des communes :

« Vous auriez grand tort, messieurs, si vous vous représentiez le régime intérieur d'une commune , une fois bien conquise et constituée, comme un régime de paix et de liberté : rien n'en était plus loin. La commune défendait au besoin ses droits contre son seigneur avec dévouement et énergie; mais dans l'intérieur de ses murs les dissensions étaient extrêmes, la vie continuellement orageuse, pleine de violence, d'iniquité et de péril. Les bourgeois étaient grossiers, emportés, barbares, pour le moins aussi barbares que les seigneurs auxquels ils avaient arraché leurs droits. Parmi ces échevins, ces maires, ces jurats, ces magistrats de divers degrés et de divers noms, institués dans l'intérieur des communes, beaucoup prenaient bientôt l'envie d'y dominer arbitrairement, violemment, et ne se refusaient aucun moyen de succès. La population inférieure était dans une disposition habituelle de jalousie et de sédition brutale contre les riches , les chefs d'ateliers , les maîtres de la fortune et du travail. Ceux d'entre vous qui ont un peu étudié l'histoire

des républiques italiennes savent quels désordres, quelles violences y éclataient continuellement, et combien la véritable sécurité, la véritable liberté leur lurent toujours étrangères. Elles ont eu beaucoup de gloire, elles ont énergiquement lutté contre leurs adversaires extérieurs, l'esprit humain s'y est déployé avec une richesse et un éclat merveilleux, mais l'état social proprement dit en a été déplorable ; la vie humaine y manquait étrangement de bonheur, de repos, de liberté! C'était un régime infiniment plus turbulent, plus précaire, plus inique que celui des républiques de l'ancienne Grèce, qui cependant n'ont été à coup sûr des modèles ni de bonne organisation politique ni de bien-être social.

« Eh bien , messieurs, s'il en est ainsi dans les républiques d'Italie , où le développement des esprits et l'intelligence des affaires étaient benucoup plus avancés qu'ailleurs , jugez de ce que devait être l'état intérieur des communes de France. J'engage ceux qui voudraient le connaître d'un peu plus près à lire, soit dans les documents originaux, soit seulement dans les lettres de M. Thierry l'histoire de la commune de Laon; ils verront à quelles interminables vicissitudes , à quelles horribles scènes d'anarchie, de tyrannie, de violence, de cruauté, de pillage, une commune libre était en proie. La liberté de ces temps n'avait guère partout qu'une lugubre et déplorable histoire. » M. Guizot, Histoire de la civilisation en France, tome IV, leçon 19.

L'Église pouvait-elle rendre à ce peuple inculte, grossier et barbare, le droit si délicat d'élire ses pasteurs? Non, il fallait une discipline nouvelle.

L'Église se trouvait ainsi placée sur une pente dangereuse pour la liberté électorale. La force des choses faisait prédominer deux puissances dans les élections, celle des rois et celle des Papes. Nous avons vu comment la première changeait souvent en usurpation sacrilège les concessions nécessaires qui lui avaient été faites. Par l'état général de trouble et de confusion où se trouvait l'Église au onzième siècle, la seconde puissance, celle des Papes, était trop souvent obligée d'intervenir directement dans les élections pour sauver

l'honneur ou la liberté de l'Église. La logique des événements allait donc, vers la fin du douzième siècle et au commencement du treizième, à remettre toute la puissance électorale entre les mains des rois et des Papes. Dans cette situation, Innocent III et le quatrième concile de Latran donnèrent un grand exemple de modération et de respect de l'esprit de sage liberté qui a toujours animé l'Église. Ne pouvant conserver l'ancien droit du clergé et du peuple, ils choisirent un terme moyen et maintinrent tout ce qu'il était possible de maintenir de l'ancienne liberté électorale. Nous avons parlé des chapitres, de leur importance, des accroissements successifs de leur puissance. Ils furent substitués au peuple fidèle, comme aux évêques de la province et au clergé diocésain. Le quatrième concile de Latran confia donc les élections épiscopales aux chapitres cathédraux, et régla qu'elles se feraient de trois manières : par scrutin, par compromis et par acclamation.

« Comme les divers modes d'élection que certaines gens s'efforcent d'inventer font naître beaucoup d'embarras et de dangers pour les Églises vacantes, nous avons arrêté que, lorsqu'une élection devrait avoir lieu, en présence de tous ceux qui doivent, peuvent et veulent y intervenir utilement, trois membres du collège, les plus dignes de confiance, seront choisis pour recueillir avec soin, secrètement et une à une, les voix de tous, et pour publier ensuite le résultat arrêté en commun et par écrit, aucun appel n'étant dès lors admis. De manière que celui-là soit élu qui, après le recensement des votes, réunit l'assentiment soit de la totalité, soit de la majorité, soit de la partie la plus éclairée du chapitre. Le pouvoir électoral peut aussi être confié à quelques hommes choisis qui , au nom de tous , donnent un pasteur à l'Église vacante.

« Une élection faite autrement n'est pas valable , à moins que par hasard elle ne soit faite d'un commun accord, comme par une inspiration divine et sans que rien ait pu la vicier.

« Ceux qui iront contre ces modes d'élection établis,

seront par cela même privés de leur droit d'électeurs. » Concil. Later. IV, can. 24, 25, 26.

Ainsi le caractère de la liberté fut conservé dans les élections épiscopales; l'Église resta fidèle à l'esprit de l'ancienne discipline, car on pouvait regarder les chapitres comme les représentants du clergé diocésain et même du peuple fidèle.

Cette tendance à constituer des corps électoraux était d'ailleurs dans l'esprit du temps. Vers la même époque, l'élection de l'empereur d'Allemagne fut confiée au corps électoral des sept grands électeurs. Quant à l'Église romaine, dès le temps d'Alexandre III et du troisième concile de Latran, elle avait attribué l'élection des Souverains Pontifes au collège des cardinaux.

« Quoique dans les premiers temps tout le clergé, la noblesse et le peuple prissent part à l'élection du Pape , il n'en est pas moins certain que les cardinaux y exerçaient une grande influence, ce qui ne doit pas étonner, vu le poids que leur position leur donnait. Ce fut Grégoire VII qui posa les fondements de l'indépendance de l'Église. Pénétré de l'inconvenance qu'il y avait à ce qu'un Pape fût choisi par l'empereur, il fut d'avis que Léon IX, que Henri IV avait nommé, se rendît à Rome en pèlerin, à pied et sans pompe, et qu'il ne fût placé sur le trône pontifical qu'après s'être soumis à une nouvelle élection par le clergé de Rome. C'était depuis longtemps le privilège exclusif des cardinaux de placer le Pape élu sur le trône. Mais bientôt après Nicolas II, toujours à l'instigation de Grégoire, publia un ordre plus fixe pour l'élection, d'après lequel les sept cardinaux-évêques devaient, après la mort du Pape , se concerter entre eux sur le choix à faire, puis s'adjoindre les prêtres, et enfin demander la confirmation du reste du clergé et du peuple. Cet ordre fut suivi dans plusieurs élections; ainsi dans celles de Gélase II et de Célestin II, on eut égard au désir positivement exprimé par le clergé et par le peuple. On modifia pourtant plus tard cette forme, en accordant aux autres cardinaux les mêmes droits qu'aux cardinaux-évêques. Afin d'éviter les divisions dans une affaire aussi importante, Alexandre III, par une

ordonnance confirmée par le concile de Latran, exclut le reste du clergé de toute participation à l'élection , mais en déclarant que cette élection ne serait valable que si elle réunissait les deux tiers des voix. » Tableau des institutions et des mœurs de l'Eglise au moyen âge, par Hurter, tqm. I, chap. iv.

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