CHAPITRE III
Un concile provincial peut-il être composé de plusieurs provinces?
En i368, sous le pontificat d'Urbain V, eut lieu à Lavaur un concile formé des provinces de Narbonne, de Toulouse et d'Auch. La manière dont il fut convoqué et tenu peut éclaircir la question qui nous occupe. Il fut présidé collectivement par les trois métropolitains, savoir ; par les archevêques de Narbonne et de Toulouse en personne, et par Philippe, abbé de Sorèze (Soricinii), remplaçant comme procureur l'archevêque d'Auch.
Les métropolitains demandèrent au pape la faculté de réunir ainsi leurs provinces, ce qui prouve qu'ils ne se croyaient pas en droit de le faire eux-mêmes comme métropolitains, et que l'archevêque de Narbonne ne croyait pas non plus avoir ce droit en sa qualité de primat de la Gaule Narbonnaise.
Voici la lettre d'Urbain V :
« Urbain, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, « aux vénérables frères archevêques de Narbonne et de « Toulouse, salut et bénédiction apostolique.
« Au sujet du concile provincial avec vos suffragants, « dont je vous écrivais dernièrement de hâter la con- « vocation, vous me faites savoir votre intention d'exé-
i6 Première partie.
« cuter le plus tôt possible ce que je vous al mandé « (nostris jussionibus obedire). Mais, pour certaines c( raisons que vous m'exposez, vous souhaitez avoir notre « agrément pour célébrer ce concile ensemble. Nous nous « rendons volontiers à vos désirs ; et par la teneur, des « présentes, nous vous accordons notre consentement, « vous conférant le pouvoir de célébrer ensemble ledit « concile dans tel lieu de votre circonscription que vous « jugerez convenable, et d'y convoquer vos suffragants, « nonobstant la nécessité où se trouveront ainsi quelce ques-uns de sortir de leur province. Donné à A vice gnon, le 5 des ides de mars, la troisième année de « notre pontificat. »
Quoique la lettre d'Urbain V ne s'adresse pas à l'archevêque d'Auch , il est certain qu'il réunit aussi sa province au concile, comme les actes en font foi. En voici la conclusion : « In quorum omnium fidem et teste timonium praemissorum , nos Petrus Narbonensis et « GaffredusTolosanus, divinaProvidentia archiepiscopi, «et Philippus , abbas Soricinii vicariusque generalis « domini Arnaldi archiepiscopi Auxitani, prœdictas conte stitutiones... publicari mandavimus. » (Coleti, t. XV,
Il semble résulter, de ce fait, qu'un métropolitain ne
pourrait pas, en vertu du droit commun, se joindre à un autre ou à plusieurs autres, pour célébrer en commun le concile provincial , et que cette union de plusieurs provinces ne serait légitime que par l'autorisation du saint-siége.
Il faudrait en conclure, en outre, que le nom de concile provincial peut être donné à un synode formé de plusieurs provinces, puisque celui de I.avaur porte
ce titre, soit dans la lettre d'Urbain V, soit dans ses propres actes.
Néanmoins, nous trouvons dans l'antiquité de nombreux exemples de conciles, composés d'évêques de plusieurs provinces, et qui ne semblent pas avoir été nationaux, puisqu'ils n'étaient présidés ni par un légat du saint-siége , ni par un patriarche, ni par un primat. Tels sont les conciles qu'Hincmar, archevêque de Reims, appelle comprovinciaux , qui se réunissaient ordinairement pour juger les évêques déjà condamnés en synode métropolitain, et qui avaient interjeté appel. Tels sont encore les conciles célébrés en France vers l'an 828, sous Louis le Pieux. Ce prince régla, par un capitulaire, que les évcques de son royaume se réuniraient en (|uatre endroits, savoir: à Mayence, quatre métropolitains avec leurs suffragants; à Paris, quatre autres métropolitains avec leurs suffragants; à Lyon, cinq métropolitains avec leurs suffragants ; à Toulouse , quatre métropolitains avec leurs suffragants. (Sirmond, t. If, p. 464-) ^'6S conciles furent en effet tenus dans cette forme, et nous avons au long les actes de celui de Paris. Les rois de France de cette époque paraissent avoir été d'accord avec le saint-siége en ce qui concerne la convocation des conciles, qui n'a jamais pu appartenir au pouvoir laïque, comme nous le montrerons plus tard. En se l'attribuant, ces princes usaient d'une sorte de délégation des pontifes romains; c'était le pape luimême qui les chargeait de tenir la main à la célébration de ces assemblées. Au reste, les statuts des quatre conciles dont nous parlons furent examinés dans celui de Worms, auquel le pape Grégoire IV envoya un légat. (Sirmond, t. II, p. 555.)
iS PllEMlÈRE PARTIE.
Dans le concile de Valence de 853, nous trouvons encore réunis les évêques de plusieurs j3rovinces, savoir, de Lyon, de Vienne et d'Arles. Quoi qu'il en soit de ces faits, puisqu'en i368 le pape Urbain V donnait une autorisation spéciale pour que trois provinces pussent tenir ensemble leur concile, il faut en conclure, ce semble, qu'au moins au xiv^ siècle on ne croyait pas qu'il fût permis, sans un induit pontifical, de célébrer un synode provincial composé de plusieurs provinces ecclésiastiques.