CHAPITRE VI
Appels en pleine vigueur avant le concile de Sardique.
Il est faux qu'avant le concile de Sardique de l'an ?)[\'-j les évê(|ues et les clercs déposes par les conciles parliculiers n'en aient pas appelé au saint-siége.
Appel deMarcion, vers l'an i4o. — Marcion était de Sinope, ville de la province du Pont. Son père, qui avait été élevé à l'épiscopat, fut un des plus saints évêques de ces temps. Il eut la douleur de voir son fils déjà prêtre tomber dans un crime abominable ; il l'excommunia , et malgré ses prières, il ne voulut pas l'admettre à la pénitence publique. C'est alors que Marcion en appela , non au concile métropolitain ou patriarcal, mais directement à l'Eglise romaine. Voici les paroles de saint Epiphane :
(( Gui cum Marcion diu multumque supplicasset ac pœnitentiam postulasset, banc a pâtre precibus nullis obtinuit... Ergo ubi se nullis artibus eblandiri posse quod cuperet animadvertit, popularium suorum probra ac ludibria non sustinens, clam ab oppido secessit, ac Romani post Hygini papae obitum sese contulit. Eo statim
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ac Marcioii pervoiiit, seniores adiens qui ab apostoloruni discipulis edocti adhuc supererant, ut in commuiiioneni adniitteretiir ab iis frustra petiit. »
Soit parce que le clergé romain ne croyait pas devoir pendant la vacance du siège prononcer sur une semblable cause, soit parce que Marcion demandait en même temps d'être incorporé au clergé de l'Eglise romaine, ce qui dès les premiers temps du christianisme ne devait se faire qu'avec le consentement du propre évêque, les anciens du clergé de Rome lépondirent :
c( Nobis injussu venerandi patris tui facere istud non licet... Neque contra speclatissimum collegam patrem tuum moliri quidquam possumus. » Sur quoi Marcion leur fit cette affreuse menace : « Ecclesiam vestrani ego dissociabo, et in eam schisma sempiternum immittam, »
Ce qu'il y a de certain , c'est que Marcion en appela à l'Église de Rome , qu'il parvint à se faire incorporer à son clergé, et que, excommunié une première et une seconde fois , il fut enfin tout à fait séparé, c'est-à-dire dégradé, fit qu'on lui rendit en l'expulsant les deux cents sesterces (ju'il avait donnés à l'Eglise de Rome. «Douée, dit Tertullien, ob inquietam semper eorum curiositatem,... semel et iterum ejecti, Marcion quidem cum ducentis sestertiis quœ Ecclesiœ intulerat, novissime in perpetuum discidiumrelegati , venena doctrinarum suarum disseminaverunt. »
Nous n'entrerons pas dans la discussion des nombreuses chicanes par lesquelles Pierre de Marca, Samuel Rasnage, Fébronius , Quesnel et plusieurs autres ont essayé d'éluder la portée de ce fait important. On peut les voir réfutées et pulvérisées par le savant
Clir. Wolf dans son traité de Romanis appellalionibus.
Appel de Montan et de plusieurs autres, vers l'an 2o5. — L'auteur que nous venons d'indiquer en fait mention en ces termes : « Montanum, Florianum, Bla- « stum , pluresque ipsorum asseclas fuisse a variis per a Antiochenam, Asiaticam et Ponticam diœceses sy- « nodis damnatos refert Eusebius Csesaraeensis (1. V, « c. i5-i8); appellasse vero ad Zepbyrinum pontifîceni, « postulantes sibiacecclesiis suis reddi ablatam comniu- « nionis pacem testatur Tertullianus in libro contra « Praxeam, capite primo, dure inillum (contre Praxéas) « invectus , quod circumscripto pontifici dolosas pseu- « dopropbeta3 technas aperiens , emissas comnnmicato- « rias litteras, id est, priorum synodalium sententiarum c dissolutionem fecisset revocari. y> (Wolf, t. I, p. «92.)
Trois autres appels sont ainsi mentionnés dans le traité de Chr. Wolf sur cette matière : « Dionysius (f Alexandrinus, uti in libro de ejus sententia refert « sanctus Atbanasius, in prima instantia a Pentapoli- « tanœ provinciœ episcopis delatus fuit ad Dionysium « papam atque ab illo judicatus : Polycrates Epbesiorum « a Victore primo : ab Stepbano primo Firmilianus « Cappadox, primas Ponticorum. « (T. 1, p. 2q3.)
Appel de l'évêque Privât, vers l'an 25i. — Privât, évêque d'une ville de la Numidie , avait été condamné par un concile de quatre-vingt-dix évêques, et un concile de Carthage avait confirmé la sentence. Il envoya à Rome un homme de son parti. Le siège de Rome étant alors vacant par la mort du pape saint Fabien , le clergé romain écrivit à saint Cyprien :
« Nos etiam ante litteras tuas fraus callidi liomiiiis
iOU TKaiSlEME PAKTU:.
c( latere non potuit. Nam cum antehac quidam ex ip- « sius nequitise cohorte venisset vexillarius Privati, et « fui'to ac fraucîulenter litteras a nobis elicere curaret , « nec quis esset latuit, nec litteras quas Yolebat acce- « pit. » (S. Cyp., epist. 3o.)
Voilà un évêque condamné par un concile local , puis par un concile national, et qui recourt à l'Eglise romaine. Pourquoi allait-il exposer sa cause à cette Eglise, et demandait-il son jugement, si ce n'est parce que cette Église pouvait prononcer en dernier ressort, et que telle était l'institution apostolique connue de tous, admise partout ? (Chr. Wolf, de Rom. app., t. VIII de ses œuvres, p. 217.)
Appel du faux évêque Fortunat et de sa faction, vers l'an aSa. — La lettre de saint Cyprien sur cet appel est le grand argument par lequel Pieri-e de Marca , et après lui Quesnel et Fébronius, croient prouver, avec évidence, qu'avant le concile de Sardique les jugements synodaux étaient sans appel au pape. Exposons premièrement le fait (i); nous verrons ensuite s'il est favorable ou contraire à la thèse que nous soutenons.
Saint Cyprien n'était encore que néophyte (neophytus, et ut putatur novellus) (2) lorsqu'il fut élu évêque de Carthage. C'était une exception à la règle apostolique, d'après laquelle il n'était pas permis d'élever des néophytes à l'épiscopat. Cinq prêtres de l'Eglise de Carthage protestèrent contre cette promotion, traitèrent saint Cyprien d'intrus, et lui refusèrent obéissance. Un certain Félicissime, ordonné diacre par un évêque héré-
(i) Voir le narré de ce l'ait dans Chr. Wolf, t. V, p. 3o4. (a) Ce sont les paroles du diacre Pontius, rapportées par Baroniiis. Wolf a cru que saint Cyprien était même encore catéchumène.
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tique, se joignit aux cinq mécontents ; et la faction profitant de l'absence de saint Cyprien, que la persécution avait forcé de sortir de Carthage, fit venir dans cette ville quelques évêques précédemment condamnés comme hérétiques , et tenant avec eux un simulacre de concile, ils déposèrent saint Cyprien , élurent en sa place Fortunat, l'un des cinq prêtres de la faction , et le firent consacrer par l'un des évêques hérétiques. Saint Cyprien condamna synodalement toute cette faction. Mais Fortunat recourut au pape Corneille, et lui envoya une députation à la tête de laquelle se trouvait Félicissime. Comme ces factieux menaçaient d'aller mettre à mort saint Cyprien si on refusait de les entendre , le pape Corneille ne ci'ut pas devoir les repousser de suite. De là le mécontentement de saint Cyprien et sa fameuse lettre, que les adversaires du droit d'appel font tant valoir. La voici ;
« Post ista adhuc insuper pseudo-episcopo sibi ab « hœreticis constituto navigare audent, et ad Pétri ca- « thedram atque ad Ecclesiam principalem unde unitas « sacerdotalis exorta est, a schismaticis et prophanis « litteras ferre , nec cogitare eos esse Romanos ad quos « perfîdia habere non possit accessum. Quae autem causa « veniendi et pseudo-episcopum contra episcopos fac- « tum nuntiandi? 4ut enim placet illis quod fecerunt «et in suo scelere persévérant, aut si displicet et re- «cedunt, sciunt quo revertantur. Nam cuni statutum « sit omnibus nobis, et eequum sit pariter et justum ut « uniuscujusque causa illic audiatur ubi est criraen ad- (.( missum , et singulis pastoribus portio gregis sit ad- « scripta quam regat unusquisque et gubernet, ratio- « nem sui actus Domino redditurus, oportet utique eos
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« quibus praesLimus non circumcursare, nec episcopo- « ru m concordiam cohserentem sua subdola et fallaci « temeritate collidere, sed agere illic causam siiam, « ubi et accusatores habere , et testes sui criminis pos- « sint. Nisi si paucis desperatis et perditis minor videce tur esse authoritas episcoporum in Africa constituto- «rum, qui jam de illis judicaverunt , et eorum con~ « scientiam multis delictorum laqueis vinctam judicii sui « nuper gravitate damnarunt. Jam causa eorum cognita «est; jam de eis dicta sententia est, nec censurœ con- (f gruit sacerdotum mobilis atque inconstantis animi le- « vitale reprehendi, cum Dominus doceat et dicat : Sit « sermo vestcr est, est, non non. Si eorum qui de illis cf priori anno judicaverunt numerus cum presbyteris ac « diaconis computetui-, plures tune adfuerunt judicio u et cognitioni quam sunt eidem isti qui cum Fortunato « nunc videntur esse conjuncti. » ( Wolf, t. VIIT,
Discutons maintenant la portée de ce passage. 11 est certain que la coutume pour l'Afrique était que les simples clercs ne pussent point faire appel au pape. Nous verrons bientôt que cette coutume, consentie ou au moins tolérée par le saint-siége, ne doit être considérée que comme un privilège particulier aux églises d'Afrique : ce qu'il importe de remarquer ici , c'est le fait même de cette coutume. Si Fortunat et ceux de sa faction ne doivent être considérés que comme de simples clercs, saint Cyprien, en disant qu'ils doivent être jugés en Afrique, ne fait que réclamer l'exécution de ce qui se pratiquait; et ce qu'il dit ne peut nullement être appliqué aux évêques qui font appel. Or, Fortunat ayant été ordonné par des hérétiques, et élu par une faction
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scliismatique , ne peut en effet, et ne doit être traité que comme un simple clerc. Saint Cyprien le considère ainsi, l'appelle faux ëvêque , et se plaint de ce que le pape , en accueillant son appel , mettait en quelque sorte en question s'il n'était pas un véritable évêque.
Ce que dit saint Cyprien en cet endroit ne constate donc point que les évêques d'Afrique ou du monde entier, condamnés synodalement, n'aient pas pu en appeler à Rome; ce point n'est nullement en question: ii constate uniquement l'usage relatif aux simples clercs. La preuve est que, lorsque saint Cyprien parle de l'appel des évêques au pape, comme on peut le voir ci-après au sujet de Basilide, il suppose la pleine légitimité et la parfaite valeur de ces appels.
Ce que prouve incontestablement ce passage de saint Cyprien, c'est l'opposé de ce que veut y trouver Pierre de Marca, savoir, que les appels des évêques au pape étaient un droit sur lequel on ne contestait même pas avant le concile de Sardique. Car, pourquoi Fortunat, dès qu'il se met à jouer le personnage d'évêque de Cartilage, songe-t-il à en appeler à Rome? Comment cette pensée lui serait-elle venue, si l'autorité du siège apostolique n'eût été regardée comme supérieure et comme pouvant rectifier les jugements synodaux? Pourquoi cette idée de recourir à une église étrangère, et d'y recourir de l'Orient comme de l'Occident, si cette église n'était pas un pouvoir admis partout comme pouvant juger en dernier ressort ? Fortunat se prétendait évêque, et il en appelle de sa condamnation au pape : voilà le fait certain, et par conséquent un exemple certain de la coutume des appels des évêques. Saint Cyprien lui conteste ce droit d'appel, mais parce qu'il lui conteste la
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légitimité de son caractère épiscopal; voilà qui confirme, loin de le détruire, le principe que les évêques en appelaient.
Mais saint Cyprien dit qu'il a été établi, pour eux tous, que la cause doit être jugée là où le crime a été commis. — Oui, mais le sens de ces paroles est que, selon la coutume établie pour toutes les églises d'Afrique, les causes des simples clercs, de ceux qui font partie de la portion confiée à chaque évêque, portio gregis singulis pastoribus adscripta^ soient jugées sur les lieux.
Mais saint Cyprien ajoute que chaque évêque gouverne son troupeau, radonem sui actus Domino redditurus, c'est-à-dire, qu'il n'a à rendre compte qu'à Dieu seul de ses actes, et point par conséquent à l'évêque de Rome. — Si tel était le sens de ces paroles, il faudrait dire que saint Cyprien a nié aussi la dépendance de chaque évêque par rapport au métropolitain, au concile provincial, au patriarche, au concile national et au concile œcuménique. Il faut n'avoir jamais lu saint Cyprien et les monuments ecclésiastiques pour s'arrêter à une hypothèse aussi absurde. Saint Cyprien dit, Domino rationem redditurus, mais non pas soli Domino, mais non pas à l'exclusion des autorités supérieures auxquelles chaque évêque est soumis dans la sainte hiérarchie établie par le divin Rédempteur. L'indépendance absolue de chaque évêque est une hérésie inouïe jusqu'à ce jour.
Pour montrer combien saint Cyprien était loin de regarder les évêques comme indépendants par rapport à celui de Rome, il suffit de citer un fait. Martian, archevêque d'Arles , avait embrassé et propageait en France le parti schisniatique et hérétique de Novatien. Pour
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remédier au mal, les évoques des Gaules, de concert avec saint Cyprien, recourent au pape saint Etienne. Et quel est le moyen que saint Cyprien conseille au pape? Le voici : « Adressez à la province et au peuple d'Arles une lettre qui dépose Martian, et ordonne d'en élire un autre à sa place : Dirigantur in provinciam et ad plebem Arelatae consistentem a te litterœ quibus, abstento Martiano, alius in locum ejus substituatur. » Quesnel luimême avoue que c'est bien la déposition de Martian que saint Cyprien demandait au pape : « Ad Cyprianum scripsere Galli, ut ipse apud Romanum instantius ageret de Martiani depositione. » (Cité par Wolf, de Rom. appelL, c. 5.)
Saint Cyprien admettait donc, sans aucune ombre de doute, que le pape avait le pouvoir de déposer les évêques par le fait de sa seule sentence, par une simple lettre. Mais celui qui peut déposer les éveques ne peut-il pas, à plus forte raison, réformer leurs jugements et recevoir le recours de ceux qui en appellent?
Appel de Basilide et de Martial, évêques d'Espagne, vers l'an 204. — Us avaient été déposés par un concile de la province de Bétique. Ils en appelèrent au pape saint Etienne, qui se laissa tromper par leurs fraudes, et qui les rétablit sur leurs sièges. Les évêques d'Espagne en écrivirent à saint Cyprien, et celui-ci leur répondit que la sentence du pape ayant été rendue sur des rapports manifestement faux, selon l'aveu qu'en avait fait enfin Basilide lui-même, elle devait être considérée comme obreptice et non avenue. Voici ses propres expressions :
« JNec rescindere Sabini ordinationem jure perfectam « potest, quod Basilides, post crimina sua détecta et
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« conscientiam etiam propria confessione nudatam , Ro- « mam pergens, Stephanum collegam nostrum longe po- « situm, et gestse rei ac tacltse veritatis ignarum fefellit, « ut exambiret se injuste reponi in episcopatum de quo « fuerat juste depositus. Hœc eo pertinent, ut Basilidis « non tam abolita sint quam cumulata delicta : ut ad « superiora ejus peccata etiam fallacia et circumventio- « nis crimen accesserit. Neque enim tam culpandus est « ille oui negligenter obreptum est, quam hic exécrante dus qui fraudulenter obrepsit. Obrepere hominibus « Basilides potuit, Deo non potest. »
Qu'on le remarque bien, saint Cyprien ne dit pas que le souverain pontife n'ait pas eu le pouvoir de reviser le jugement synodal d'Espagne et de le casser, mais que sa sentence, ayant été obtenue obrepticement de l'aveu même des coupables, ne doit pas être mise à exécution .
Qu'on le remarque aussi , Basilide était allé à Rome, non pour obtenir le patronage et la communion d'un évêque plus ou moins honoré, mais comme à une autorité qui peut rétabli?' sur leurs sièges les évêques canoniquement déposés par les conciles : Ut exanihiret se reponi in episcopatum de quo fuerat depositus. Comment Basilide aurait-il eu la pensée de recourir à l'évêque de Rome, comment aurait-il demandé d'être rétabli sur son siège par l'autorité de cet évêque, si l'on n'eût été persuadé dans toute l'Eglise que l'évêque de Rome avait ce pouvoir, et que tel était l'enseignement apostolique et l'institution de Jésus-Christ? Comment saint Cyprien, consulté sur la sentence du pape saint Etienne, n'aurait-il pas dit avant tout que l'évêque de Rome n'avait point le pouvoir qu'il s'arrogeait? Comment se serait-il
contenté de dire que la sentence avait été obtenue obrepticement? Comment l'entreprise de l'évêque de Rome n'aurait-elle pas ému tout l'épiscopat, et n'auraitelle pas été réprimée par les conciles? Comment même serait-il venu en pensée aux évêques d'Espagne de consulter saint Cyprien sur la valeur de la sentence pontificale obrepticement obtenue, si le pouvoir de l'évêque de Rome de recevoir les appels eût été à leurs yeux une chimère?
Appel de saint Athanase et de plusieurs autres évêques en 342. — Deux conciles avaient été tenus par les évêques ariens , parmi lesquels le plus actif et le plus influent était Eusèbe de Césarée. Dans ces conciles on avait déposé saint Athanase patriarche d'Alexandrie, Paul évêque de Constantinople, Luce évêque d'Adrianople, Marcel évêque d'Ancyre, Asclépas évêque de Gaza, et plusieurs autres. Ils en appelèrent au pape Jules 1". Celui-ci reçut l'appel, et cita les deux parties , c'est-à-dire les évêques déposés et leurs juges. Ces derniers avaient dirigé vers Rome trois députés pour informer le pape de ce qu'ils avaient fait et obtenir la confirmation de leur jugement. Ces députés se trouvèrent à Rome en face d'Athanase et des autres évêques déposés, qui confondirent leurs calomnies, et dévoilèrent toute la noirceur de cette trame. Voyant qu'ils ne gagnaient rien, les trois députés s'enfuirent furtivement de Rome. Jules attendit vainement l'effet de sa citation : les évêques ariens refusèrent de comparaître. C'est alors que le pape cassa leur jugement et rétablit sur leurs sièges saint Athanase et les autres évêques déposés. Néanmoins il assembla le concile de Sardique, dont l'œcuménicité a été contestée à tort , ainsi que l'ont prouvé
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desavants auteurs, et voulut que toute cette affaire y fût de nouveau discutée et jugée.
Relevons quelques circonstances de ce célèbre appel.
Théodoret,dans le second livre de son Histoire, chapitre cinquième, dit que le pape Jules, en recevant cet appel et en cassant le jugement synodal qui avait été porté, n'avait fait que suivre la règle de VE^lise, secutits Ecclesiœ canonem.
Ce pape, dans sa quatrième lettre, nous apprend luimême que les Eusébiens se plaignirent de ce qu'il avait cassé leur jugement, comme d'une entreprise anticanonique :« Tanquam factum iniquum, a lege ecclesiastica alienum, quod inconcussam habeat auctoritatem queelibet synodus, et contumeliose agatur cum judice, cujus judicium ab aliis examinatur. »
A cette accusation Jules P^ opposait qu'il n'avait fait que suivre les statuts apostoliques et ce qui s'était toujours pratiqué : « Nunquam mea statuta sed apostolica ut essent semper firmata et custodita perfeci , secutus morem ordinemque majorum, nihil addi episcopatui urbis Romse, nihil minui passus sum.)) (Epist. i.)
Quel est sur ce point le jugement des Pères de Sardique? Ils regardent comme tellement hors de doute que la conduite du pape a été conforme à la véritable règle de l'Église, que, dans leur lettre aux évêques de toute la catholicité , ils signalent comme principale preuve de l'égarement des Eusébiens leur rébellion à l'égard de Jules, c'est-à-dire leur refus de se rendre à sa citation et de subir son jugement : « Eusebianorum sycophantia ex eo pr?ecipue cognosci potuit quod, accersiti a dilecto nostro comministro Julio, judicio non steterint. »
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Au reste, les Eusébiens ne soutinrent comme irréformables que les sentences des conciles patriarcaux et non des conciles provinciaux, comme le prouvent leurs propres lettres. Et tel a toujours été aussi le sentiment des églises d'Orient séparées par le schisme de Photius, comme le montre entre autres ce passage du schismatique grec Théodore Balsamon : «Hujus canonis (le 5^ de Sardique) decreto summi sacerdotes antiquae Romœ in quacumque causa ab episcopis provocationem ad ipsos dari jactant, ac eumdem in prima Nicaena synodo conditum fuisse falso affirmant. Neque igitur hic canon a Nicaena synodo editus fuit, neque ad ipsum provocationes ab omnibus episcopis, sed ab iis tantummodo qui eidem subjecti erant, dari oportere decernit. Romanae autem Ecclesiae ditloni eo tempore omnes fere Occidentis ecclesise subjiciebantur. » (Ch. Wolf, t. I, p. 292.)
Ea sorte que Pierre de Marca et les auteurs qui le suivent, en soutenant que le pape ne peut pas casser lui-même les sentences des conciles provinciaux, mais seulement les faire reviser sur les lieux par un concile comprovincial^ va sur ce point plus loin que les Eusébiens et que les scbismatiques grecs. Egarement déplorable, pour lequel Hincmar de Reims lui avait déjà tracé la route! Hincmar finit par céder, Pierre de Marca par désavouer ses doctrines; mais leur sentiment na que trop continué de se transmettre.