‹ Du concile provincialChapitre 54 sur 92 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

// est faux qu'acant le cnjicilcdcSardique les sentences synodales contre les éveques et les clercs ne pussent être réformées qu'en obtenant du prince un rescrit qui en ordonnât la révision par un concile plus nombreux.

Cet expédient, inventé par Pierre de Marca, ou plutôt renouvelé de Luther , contre le pouvoir du saintsiége , sera une tache éternelle imprimée à la mémoire de cet auteur. Voici ses paroles : « Itaque appellationi locus non erat, nullaque alia antiquitus ratio suppetebat damnatis quam ut rescriplo principis negotium retractaretur in majori synodo. » (Concord., cap. \l\.)

Jusqu'à Constantin les princes furent, comme on sait, des idolâtres persécuteurs de l'Eglise. Ce n'est certes pas à ces princes que les éveques et les clercs condamnés synodalement faisaient appel et demandaient la révision de leur cause par un plus grand concile. Or, entre Constantin et le concile de Sardique en 347? on ne peut citer qu'un seul fait qui ait quelque apparente similitude avec ce que prétend de Marca; c'est ce qui arriva au sujet de Paul de Samosate, qui avait été déposé par le concile d'Antioche, et dont Eusèbe de Césarée parle en ces termes :

« Verum cum Paulus ex episcopi domo ejus ecclesiœ propria exire nollet, imperator Aurelianus, ea de re rogatus sententiam, sanctissime quld esset agendum sancivit. Praecepit enim ut domus ecclesiœ illis tribueretur qulbus christiani Italiae et urbis Romse episcopi per litteras tribuendam praescriberent. Sic demum Paulus cum sunimo dedecore sœcularis imperii ac potestatis auctoritate ab Ecclesia penitus extruditur. Quo quidem temporetalem ettam bénigne animatum erga nos Aurelianus se declaravit. » (Lib. y, cap. 24.) Rien n'indique que Paul de Samosate eût recouru à Aurélien. On eut recours à lui pour faire obtenir son effet à l'aide du bras séculier au jugement synodal porté contre cet évêque, mais non pour convoquer un autre synode, à l'effet de reviser le premier. Aurélien montra sa sagesse, en ne voulant accorder l'appui de son bras séculier que d'après les lettres venues de Rome. Il y avait contestation sur la justice du jugement porté contre l'évéque de Samosate, et ce n'était pas à lui, mais au pontife romain à décider.

Que peuvent alléguer les partisans de Pierre de Marca ? Ils ne trouveront avant le concile de Sardique qu'un seul fait en leur faveur, et ce fait est le crime à jamais flétri des hérétiques donatistes. Voici en quels termes ils furent accusés par saint Optât de Milève :

« Majores vestri Lucianus, Dignus,Nassutius, Capito, Fidentius et cseteri, imperatorem Constantinum harum rerum adhiic ignarum bis precibus rogaverunt : ^ogainus U\ o Constantine , optime impeialor, quoniam de génère justo es^ ciijus pater iiiter cœteros iinperatores perspcutioneiii non exerçait , et ah hoc facinore iniinunis est Gallia. ISam in Africa inter nos et cœ-

CONCILE PKOV. P.VK KAPPUUT AU S. SIÈGE. SSi)

Icws episcopos contentiones siint. Petimus ut de Gallia nobis judices dari prœcipiat pietas tua. Datœ a Luciano, Nassutio , Digiio , Capitone^ Fldeiitio et cœteris episcopis partis Donati. Quibiis lectis Constantinus pleno livore respondit. In qua responsione et eoium preces prodidit, dum ait : Petitis a me in saeculo judicium, cum ego ipse Christi judicium expectem; et tamen dati suiit judices. » (Optât. Mil., lib. I.)

Saint Augustin leur reproche de s'être adressés ainsi à l'empereur pour accuser l'éveque Gëcilien , au lieu de s'adresser au saint-siége : « Illos autem magis hinc arguimus quia apud imperatorem ultro Cecilianum accusaverunt , quem prius apud collegas transmarinos convincere debuerant. » (Ep. 48.) Et il ajoute que l'empereur, quoique catéchumène, a mieux agi qu'eux en renvoyant le jugement de cette cause à qui de droit : « Ipso autem imperatore longe ordinatius agente ut episcoporum causam ad se delatam ad episcopos mitteiet. »

Où donc Pierre de Marca avait-il trouvé un canon , un monument de coutume ecclésiastique, un exemple quelconque, qui autorisât à dire que, d'après le droit d'alors, ceux qui appelaient des sentences synodales devaient adresser leur appel aux princes et aux rois? Estce a»]x rois ou à saint Pierre que Jésus-Christ a dit: Coiifirnia fratres tuos ? Est-ce au prince ou au pape que recoururent Basilide, Privât, Fortunat, saint Atlianase et les autres dont nous avons cité les appels ?

Quelle est donc cette manie de régalisme , cette obstination à faire de l'Eglise une chose du pouvoir civil , cet inconcevable besoin de longer et de corroder à tout propos l'incontestable puissance donnée au successeur

34o TROISIÈME PAKTIE.

de Pierre, pour en apporter les débris au pied des trônes temporels, et affubler en papes les rois de la terre? et comment l'aveuglement d'un savant évêque a-t-il pu aller jusque-là? Si quelqu'un trouvait ces paroles sévères, qu'il veuille lire les ouvrages du pieux et savant religieux Cliristianus Lupus , docteur et professeur de l'Université de Louvain, et peser les raisons qui lui ont fait dire des livres de Pierre de Marca qu'ils sont une forêt d'erreurs, sjha errorum.

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