CHAPITRE X
De l'usage de distinguer les réunions synodales en sessions, en eongrégations publiques , et en commissions.
D'après la coutume généralement introduite dans les derniers siècles , les conciles provinciaux organisent leurs réunions en trois degrés différents : on y voit 1° des commissions composées chacune d'un certain nombre de théologiens présidés par un des évêques. Les membres de chaque commission se réunissent ensemble pour discuter les matières et préparer les travaux dont leur bureau a été chargé; i^ des congrégations publiques dans lesquelles se discutent les divers projets de décret : elles sont composées de tout le personnel du concile. Après la discussion, on prend les voix, et on y arrête les statuts à publier; 3° des sessions ou assemblées générales destinées à la publication solennelle des décrets déjà arrêtés dans les congrégations publiques.
Le droit canon ne prescrit rien à cet égard , et par conséquent, ces diverses sortes de réunions ne s'appuient que sur la coutume des temps modernes. Le Pontifical et le Cœremoniale episcoporam ne parlent que d'une
orKOvriO-Ns m; concile riiov., etc. 449
seule espèce de réunion ([u'ils désignent sous le nom de sessio. C'est dans la session même que le Pontifical romain place la lecture, la discussion et l'acceptation des statuts. Il suppose trois sessions célébrées en trois jours différents , et pour lesquels il prescrit un cérémonial ; mais il peut se tenir un plus grand nombre de sessions, ainsi que le suppose clairement le Cereinoniale episcoporurn par ces paroles : «Si ultra très sessiones fiant, repetentur eadem evangelia quœ in Pontificali posita sunt. »
D'après ces observations, il semble que l'usage des différentes espèces de réunions pourrait être modifié par les Pères des conciles , et que cette coutume , quoique louable et très-propre à faciliter les opérations conciliaires, ne devrait pas être regardée comme obligatoire.
Quoique le Cérémonial des évéques suppose, ainsi que nous l'avons dit , qu'on peut célébrer plus de trois sessions , nous voyons généralement les conciles fidèles à ne pas excéder ce nombre. Ils multiplient autant qu'il est nécessaire les congrégations publiques, mais non pas les assemblées qui portent le nom de session. Quelques synodes, ne pouvant achever en trois séances tout ce qui était à publier, ont compris sous le nom d'une même session les réunions tenues pendant plusieurs jours consécutifs.
Les conciles de Milan, dont l'autorité est si vénérable, n'auront pas peu servi à généraliser l'usage des trois degrés de réunion.
Voici l'ordre qui fut suivi, à cet égard, dans le pi'emier de ces conciles :
ï° Congrégation privée dans laquelle on distribua
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les matières à traiter à des commissions présidées chacune par un évêque.
2° Première congrégation publique, dans laquelle, après l'oraison Adsumus prononcée par le métropolitain, on nomma ceux qui devaient entendre les excuses des absents, et les raisons de ceux qui voudraient se retirer avant la clôture du concile. On y nomma aussi les notaires, les secrétaires et le promoteur. On y arrêta le jour de la première session; enfin, l'un des secrétaires y lut les décrets qui devaient être publiés à cette première session , et la profession de foi de Pie IV : « Quam in manibus illustrissimi Dom. metropolitani omnes episcopi provinciales emittere debebant ex decreto etiam conciliiTridentini, sess. aS, c. Cogit temporum, » (Extrait des actes, loco citatoS)
3° Première session. — Après la messe solennelle et le sermon, saint Charles, avec sa mitre d'argent, les deux autres cardinaux qui faisaient partie du concile, avec la mitre de soie, et les autres évêques avec la mitre de lin , se mirent en séance. Après les litanies et les autres prièies du Pontifical et du Cérémonial des évêques , et l'exhortation du métropolitain , l'un des secrétaires vint prendre des mains du métropolitain le 1 décret De aperienda synode^ qu'il lut en chaire. En voici la teneur :
«Illustrissimi et reverendissimi Domini , reverendis- « simi Patres, placetne vobis ad laudem et gloriam « sanctœ et indivlduae Trinitatis, Patris et Filii et Spiritus « sancti, ad tuendam et augendam christianse religionis « disciplinam pro moderandis moribus,corrigendis excesrtsibiis, et controversiis çomponendis provinciae Medio- «fanensis, aliisque ex sacrls canonibus permissis, sa-
OPÉRATIONS DU CONCILK PROV. , ETC. /j^ •
f( rriim Medlolanense provinciale roiiciliiim inoipere?» I.'un des secrétaires, accompagné des notaires, étant allé près de chacun des évêques , et ceux-ci ayant répondu, Pldcet^ le métropolitain dit : « Decretum placuit omni- « bus Patribus. Itaque decernimus provincialis Medio- « lanensis synodi initium fieri et jam factum esse. » Le secrétaire qui était en chaire vint prendre des mains du métropolitain le décret de Ratioiie vivendi in sjnodo, et en donna lecture. Outre divers points relatifs à la manière de vivre pendant le concile, cette formule renferme la défense de quitter le concile avant sa clôture, et la clause De non prœjudicando pour ceux qui élèveraient des plaintes relativement à la préséance. Il fut fait pour ce décret comme pour le précédent. On lut et on publia ensuite les décrets du concile de Trente, ce qui fit durer la première session pendant plusieurs séances. Elle se termina ainsi : le métropolitain ayant déposé la mitre, et à genoux devant l'autel, dit à haute voix :
« Ego Carolus cardinalis Bori'omœuS, archiepiscopus « Mediolanensis, ea omnia et singuïa quae a sacrosancta « œcumenica et generali Tridentina synodo definita et « statuta sunt recipid, necnon veram obedientiam summo « Romano pontifici spondeo et profiteor, haei-esesque « omnes a sacris canonibus et generalibus conciliis prae- « sertimque ab eadem synodo damnatas detestor et ana- «thematizo, juxta formulam prœscriptam a sanctissimo « D. N. Pio IV, pontifice maximo, in bulla pi'ofessionis « fidei quse ejusmodi est : Ego N. firma fide, etc. — «Ego idem N. spondeo, voveo ac juro : sic me Deus « adjuvet et liaec sancta Dei evangelia. »
En prononçant ces dernières paroles de la profession de foi de Pie IV, saint Charles Borromée toucha le li-
4D2 quatrième PALlTlJi.
vre des Evangiles avec les deux mains et le baisa. Il s'assit ensuite cam mitra pretiosa. Les deux cardinaux vinrent l'un après l'autre se mettre à genoux devant lui après avoir déposé leur mitre, et prononcèrent en entier la même formule. Les autres évêques , au lieu de prononcer la formule, la jurèrent en l'indiquant par ces mots: «Juxta formulam a sanctissimo D. N. Pio IV... « quam nunc legit illustrissimus et reverendissinuis « D. metropolitanus noster, » en ajoutant : « Et ita ego « recipio , spondeo, profiteor, anathematizo, voveo ac « juro : sic me Deus adjuvet et haec sancta Dei mysteria « evangelica. »
4° Seconde coiii^régatioii publique, 'puis une troisième et une quatrième. — On y discuta les divers statuts qui devaient être publiés dans la seconde session.
5" Seconde session. — -'On y publia les décrets qui avaient été discutés et admis dans les congrégations publiques.
6^ Cinquième congrégation publique.
■7° Troisième session. — On y publia les décrets qui restaient encore à publier.
L'un des secrétaires dit ensuite à baute voix : « Testes synodales qui sunt praesentes accédant ad prœstandum juramentum.» Us se mirent à genoux devant le métropolitain, et un des notaires leur donna cet avertissement : « Jurate vos fîdeliter munus vestrum impleturos, « vereque relatm^os , omni remoto affectu et cupiditate, « qUcB de bis quae omni indagatione et inquisitione a « vobis adbibita aut vlderltis aut ad vestras aures perce venerint. » Us prononcèrent ensuite la formule du serment en la touchant de la main.
Le promoteur du concile demanda que la commis-
sioii nommée pour les causes des évêques absents fût chargée , après la clôture du concile, de poursuivre juridiquement ceux des évêques qui ne s'étaient pas présentés. Il demanda aussi que la même commission fût chargée de juger quelques autres affaires qui n'avaient pu être terminées pendant le synode. Quand il eut fini son réquisitoire, le métropolitain dit : «Admittimus, « commlttimus et jubemus. »
Un des secrétaires lut ensuite du haut de la chaire le décret de clôture. La formule finissait par ces mots : « Placetne vobis , ut ad laudem Dei omnipotentis huic ce sacrae synodo finis imponalur? )■> Après avoir recueilli les suffrages comme pour la publication des autres décrets, le métropolitain dit : « Placuit omnibus Patribus; « itaque nos provinciali Mediolanensi synodo finem face cimus, et jam nunc factum esse decernimus, » Il adressa ensuite aux Pères du concile une allocution qu'il termina par ces mots: « Post gratias Deo actas, ite « in pace. » Et les Pères répondirent : « Deo gratias. »
Un des secrétaires lut ensuite la formule par laquelle le métropolitain ordonnait de souscrire, et menaçait d'excommunication les procureurs des évêques absents s'ils se retiraient sans savoir souscrit au nom de leurs évêques respectifs.
Le promoteur pria ensuite les notaires, comme il avait fait à la fin des sessions précédentes, de consigner dans des pièces authentiques tout ce qui avait eu lieu dans celte session. On chanta le Te Deum, et l'on se retira.