PRÉFACE, XIX
était tellement diminué , depuis les désastres de Trasimène et de Cannes, que les fortunes individuelles n'étaient plus en rapport avec la grandeur des besoins. C'était donc au crédit à suppléer aux ressources défaillantes de la république (i). C'est pourquoi le préteur Fulvius convoqua une assemblée générale du peuple, et s'adressant particulièrement à ceux qui s'étaient enrichis dans les marchés avec l'état, il les exhorta à traiter pour toutes les fournitures de l'armée d'Espagne, avec promesse qu'ils seraient remboursés sur les premiers fonds disponibles. Le préteur indiqua ensuite le jour où les soumissions seraient reçues.
Au jour fixé, il se présenta trois sociétés {très societates) qui se chargèrent des approvisionnements nécessaires tant à l'armée de terre qu'à la flotte : sous deux conditions, la première, que les associés seraient exempts du service militaire tant que durerait l'entreprise ; la seconde, que la force majeure provenant de l'ennemi et de la tempête serait aux risques de l'état. Je ferai remarquer que cette clause était assez fréquente dans les marchés de ce genre (2), attendu qu'il n'existait pas chez les Romains de système d'assurance. Quoi qu'il en soit , l'engagement de ces trois compagnies ayant été agréé, les convois ne tardèrent pas à arriver en Espagne, et tous les services furent as-
(1) Itaque, nisi Cde staret respublica, opibus non staturara. (Liv., lib. 23, n° 48.)
(2) V. p. ex., Suétone, Vie de Claude, n" 19. « Negotiatoribus certa « lucra proposuit, susceptâ in se damnis, si cui quid per tempestatem « .«iceidisset. »