XVIII PREFACE
sur les fournitures des armées (i), et là se trouvait encore un élément d'activité commerciale , et une source de richesses.
'Un seul trait de l'histoire romaine me suffira pour montrer la puissance de ces sociétés de fournisseurs, l'étendue de leurs ressources, les services que les Romains surent tirer de l'association dans les moments difficiles de la république.
Les deux Scipions, triomphants en Espagne, étaient parvenus à enfoncer l'armée d'Asdrubal et à empêcher son passage en Italie et sa jonction avec Annibal (2). Toutes les villes qui hésitaient encore dans ce pays des Ibères, convoité par Carthage, préparaient leur soumission. Mais au milieu de leurs succès , les deux généraux romains manquaient d'argent , de vivres et de Tetements pour leurs troupes de terre et de mer (3) ; et dans leurs lettres au sénat, ils annoncèrent qu'il faudrait évacuer la province, si Rome n'envoyait, sinon la solde, qu'on pourrait lever en Espagne, au moins les munitions et les approvisionnements. Ces demandes furent trouvées justes ; mais la république s'était déjà épuisée en longs efforts. D'une part, la Sicile et la Sardaigne , ces greniers de Rome avant la guerre, pouvaient aujourd'hui nourrir à peine leurs garnisons. De l'autre , on ne pouvait compter sur le tribut imposé aux citoyens pour faire face à toutes les dépenses. Car le nombre de ceux qui le payaient
(1) Ulp., liv. 52, § 4. D., Pro socio.
(2) Livius, Iib.23,c. 29.
(3) Id., c. 48.