‹ Du contrat de sociétéChapitre 14 sur 165 · PRÉFACE. XXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXIII

Les fermiers de ces divers revenus s'appelaient publicaiiis (jfublicani) (i). Ce nom n'avait à Borne rien de déshonorant (2) ; car les publicains appartenaient presque toujours à l'ordre puissant des chevaliers (3), et Ton en voyait qui parvenaient au gouverLiement des provinces (4) et aux charges les plus élevées de l'état. Mais dans les pays soumis à leur exercice, ils étaient odieux aux populations (5). La haine d»es Juifs pour les publicains est attestée par l'Évangile (G). Les autres provinces rivalisaient à cet égard avec la Judée.

La ferme de l'impôt était une très grande entreprise : de Rome, où elle avait son siège, elle étendait ses vastes opérations aux pays les plus éloignés, en Asie, en Afrique, en Espagne, dans

(1) Quia pnUico fruunlur, 1. 1 , § 1 . D. c/e pithlic.

Publicum signifie tout ce dont l'état retirait des revenus, ou un émolument; et quelquefois il signifie reciigal.

(2) Pline, Uist. mit., lib. 33, 8, fait des publicains le troisième corps de l'état. Cicer., pro lege Maniliâ, 7.

(3) Cicer., pro Plane. 9, 12, 13.

in Venem, 11,71.

1, 5i. Junge, AdAttic, II, 1.

Suétone, in Awjust., 24.

Tacite dit que sous Tibère les impôts s'affermaient aux chevaliers. IVAnn., 6.

(4) Par exemple Aufidius qui , après avoir été intéressé dans la ferme du revenu d'Asie, en devint gouverneur. ( Valère Maxime , lib. 6, c. 9, n" 7.)

(5) Cicéron cite la Sicile comme une province où, par exception, les habitants ne détestaient pas les publicains et les négociants de Rome. « Sic porro nostros honiines diligunt, ut, hisf^olis^ neque publicanus, « neque negotiator in odio sit. » (II in Verrem, n° 3.) Cicéron parle de leur avidité et de la haine des Grecs pour eux {ad Quint, fratrem, lib. 1, epist. 1).

(6) Voir là-dessus Tertuliende PudùUiâ, c. 9; il s'occupe des publicains mentionnés dans l'Evangile.

ÎJiXIV PRÉFACE.

les Gaules, etc., etc. (i). De plus, il arrivait souvent que l'on adjugeait en bloc tous les impôts d'une même province (2) ; et un seul chevalier, quelque riche qu'il fût , ne l'eût pas été assez pour se charger d'une si lourde administration. C'est pourquoi les chevaliers étaient dans l'usage de former des sociétés , afin de suppléer, par la puissance de l'association, à l'insuffisance d'une action isolée. Ces sociétés sont très célèbres dans la littérature latine et dans les écrits des jurisconsultes (3) ; elles étaient composées des plus riches capitalistes de la république ; elles com-

(1) Cicer., III in Verrem, 11.

(2) La même compagnie avait affermé en Sicile les douanes et les pâturages. Cicer., II in Verrem, 70.

(3) On ne saurait croire cependant combien les hommes de lettres ont commis d'erreurs sur ce sujet : Burmann en a relevé beaucoup dans son traité de Vectigalibus. En voici de plus récentes. Tacite dit que sous Tibère on continuait à affermer aux sociétés de chevaliers (societatibus fquitum romanorum) le revenu public. M. E.Panckoucke (Annal., liv. 4, c. 6) transforme les sociétés en commissions de chevaliers ! !

Valère Maxime raconte que Rupilius, qui devint consul, avait commencé par être commis des publicains en Sicile, et qu'afin de pouvoir vivre, il avait été forcé de se mettre aux gages de la compagnie. « Auctorato sociis officio » (lib. 6, c. 9, n°8). M. Frochot traduit : « 11 s'était mis aux gages des alliés ! ! »

Un point plus douteux, c'est de savoir le sens d'un passage de Pline, dans lequel cet auteur parle du garum , espèce d'essence faite avec du poisson, et fort recherchée dans la cuisine des Romains (lib. 31, n° 43). Pline dit que le meilleur se faisait en Espagne et s'appelait garum sociorum. M. Ajasson de Grandsagne traduit : garum des alliés De toutes les versions, c'est la plus mauvaise. Il y en a deux qui sont plus vraisemblables, l'une qui veut que cette essence tire son nom d'une compagnie de marchands qui en faisait le commerce; à peu près comme nous disons : ihé de la compagnie des Indes ; l'autre qui aime mieux que les entrepreneurs de ce négoce fussent les publicains d'Espagne, qui en tiraient à Rome un parti très avantageux. (Burmann , de Vectigalibus , c. 9, p. 127, 128.)

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