XII PREFACE
merce. Si une loi provoquée par les tribuns , à l'époque des guerres puniques, défendait aux sénateurs les spéculations mercantiles ( i ) , il faut dire qu'elle avait été reçue par ceux-ci comme une atteinte à leur liberté et comme une ruse du parti populaire pour empêcher l'agrandissement des fortunes aristocratiques (2). Cette loi n'est donc pas un indice de l'éloignement des Romains pour les professions lucratives. D'ailleurs , les hommes d'état et les moralistes de Rome ont fait l'éloge du commerce qui, par d'utiles échanges , met la richesse en circulation , répand autour de lui l'abondance, et mérite la considération quand la bonne foi préside à ses actes (3). Les provinces, en effet, étaient couvertes de citoyens romains qui venaient y exercer le négoce, faire fructifier leurs capitaux , et s'enrichir par des spéculations de toute espèce. C'étaient des citoyens romains qui exploitaient presque tout le commerce de la Gaule, dételle sorte qu'il ne se faisait pas une affaire dans ce pays , il ne s'y remuait pas une pièce de monnaie (je copie Cicéron) (4-), sans l'intervention d'un citoyen romain. Là se trouvaient en foule desca-
(1) Tit. Liv., 21, 63.
(2) Id.
(3) C'est ce que dit Cicéron dans son traité De officiis, I, 42 : « Mer- « catura autem, si tenuis est, sordida putanda est-, sin magna et « copiosa, muUa undique apportans, muUisque sine vanitaie impar' n tiens, non est admodùm vituperanda, etc., etc. d
(4) Cives romani negotiantur in Gallia...Referta Gallianegotiatorum est , plena civium romanorum. Nemo Gallorura sine cive romano quidquam negotii gerit. Nummus in Galliâ nullus, sine civium romanorum tabulis, commovetur. {Pro Fontejo, n" 4.)
PUEFACE. XIII
pitalistes, spéculant sur les immeubles (i) , sur la ferme des impôts (2), sur le commerce de l'argent (3) , sur l'industrie agricole (4) , sur toute sorte de trafic (5). En Asie, quatre-vingt mille citoyens romains étaient répandus dans les villes pour y exercer le commerce (G). Mithridate arrosa cette province de leur sang ; mais cette effroyable réaction de l'esprit indigène ne découragea pas les tentatives du commerce romain. Quelques années plus tard, l'Asie comptait dans son sein de nouveaux et nombreux établissements (7), dont le crédit commercial était si intimement uni à celui de Rome, qu'au jugement des hommes politiques prévoyants, une crise commerciale en Asie éta it de nature à faire suspendre les paiements dans la capitale (8)!! J'ajoute que de très honorables citoyens étaient engagés dans le haut négoce : Atticus, par exemple , que Cicéron appelle germanus negotiai(or(9),Rabirius (10), dont la fortune était immense.
(1) Cicer. Pro Quintio.
(2) Pro Fontejo, n"' 4, 19. PttWtconos, pecuarios.
M. du Rozoir traduit jaectjarri par trafiquant de hestiavx (éd. Panck., t. 9, p. 387). Pecuarii veut dire fermier des pâturages publics (Burmann, De vecligalib., c. 9, p. 140, d'après Asconius etTite-Live).
(3) Cicer. Pro Fontejo, n" 4.
(4) /d.,n<"4et6.
(6) Valer. Maxime, lib. 9, c. 2, n» 3. a Octoginta miliia civium ro- « manorum, in Asia, perurbes necjotiandi gratia, dispersa. »
(7) Cicer. Pro leije Manilia, 7. Deinde caeteris ex ordinibus homines gnavi et industrii partim ipsi in Asia negotiantur.
(8) Ciceron fait ressortir ce point, loc. cit.
(9) Ad Attic. I, 18 (éd. Panck., t. 18, p. 110.)
(10) Cicer., Pro Rabirio Posthumo.