PRÉFACE. LXIII
expulsait outrageusement sous les noms de peste publique, d'usuriers , d'hommes abominables (i j ; mais bientôt l'espoir du gain les ramenait braver la banqueroute et l'ignominie. Tantôt ils achetaient leur retour par de bonnes rançons payées aux rois; tantôt ils obtenaient la protection de quelques grands en leur donnant une part d'associé dans leurs opérations (2). Tant qu'on avait besoin d'eux , on les accueillait avec faveur. Le roi leur permettait de s'établir en corporations dans les villes qu'ils désignaient : par exemple , Paris , Montpellier, Nîmes, Toulouse, Nantes, Dinan , Quimper, Beauvais, etc. (3). Là, ils avaient leurs recteurs ou consuls élus par eux, et exerçant sur la corporation une juridiction basée sur les lois italiennes; ils jouissaient des mêmes privilèges que les bourgeois de Paris, étaient exempts de l'ost et de la chevauchée, de la taille, de la mainmorte, du droit de naufrage, etc., etc. (4). Mais malheur
(1) Mathieu Paris (ann. 1235) et ord. de Saint-Louis de 12G3 (ord. du Louvre, t. 1, p. 96) « Builiivo tali — intellexiaius quod Lombardi, Caorcini , ac etiam plures alienigena; usurarli, regno nostro publiée, super piqnoribus mutuantes ad uswam , habentes ad hoc domos et mansiones specialiter deputatas, ia quarum extorsione valdc depauperant regnum nostrum. »
Autre ord. de Philippe-le-Bel , de 1311 (t. 1, p. 489), « usuranim voragine. »
(2) Mathieu Paris, loc. cit.
(3) Ducange, v° Lor.gohardi.
(4) Y. dans Ducange v" Longohardi , la charte de 1278, par laquelle le roi Philippe-le-Hardi accorde ces droits à hulcone Cacio , cit03en de Plaisance, et prenant le titre de capitaneus universUalis des marchands lombards et toscans, ayant pouvoir et mandat des consuls des marchands de Venise, Plaisance, Lucques, Bologne, Pistoja, Asti, Florence, Milan, etc., de traiter avec le roi de France pour leur établissement à Nîmes.