PRÉFACE. LXV
Je veux en citer un exemple qui rentre dans mon sujet.
Parmi les nombreuses compagnies de commerce qu'il y avait à Florence, au xiv^ siècle, on distinguait celle des Bardi et celle des Peruzi , personnages dont l'opulence égalaitla noblesse et l'ancienneté. Tour à tour marchands et hommes d'état, les Bardi et les Peruzi avaient de tout temps figuré dans les luttes contre l'empereur, dans les conseils de la cité , dans sa politique , dans ses guerres , dans ses finances (i). A l'époque dont je parle, ils étaient banquiers d'Edouard lïl , roi d'Angleterre. Ce prince leur faisait passer ses laines , ses denrées , son argent , et eux , de lenr côté , lui fournissaient des fonds pour ses dépenses et ses besoins. La guerre venait d'éclater entre la France et l'Angleterre ; Edouard III avait fait de grands préparatifs, et le découvert des compagnies Bardi et Peruzi , à son égard , se montait à plus de 1,365,000 florins d'or, somme avec laquelle on aurait pu acheter un royaume ( che valeano un reame) (2). Edouard, pressé de s'acquitter, déclara ne pouvoir payer. Cette nouvelle jeta la consternation dans Florence; car les Bardi et les Peruzi avaient derrière eux une foule de commanditaires et de prêteurs confiants dont le
(1) Jean Villani, lib. 5, cli. 39, passim.
(2) J. Villani, lib. XI, ch. 87.
M. Michelet estime à cent vingt millions ce que ces deux maisons avaient prêté à Edouard. (T. 5, p. 379-380 et note 1 .)