‹ Du contrat de sociétéChapitre 45 sur 165 · LXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

LXVI PRÉFACE

sort dépendait de leur crédit (i). Pour comble de malheur , les compagnies succursalistes, que les Bardi etles Peruzi avaient organisées en France (2), étaient chassées par le roi avec confiscation. Ces deux maisons, accablées de tant de revers, écrasées sous le poids de leurs obligations, firent faillite, et la chute de ces deux colonnes, qui soutenaient pour ainsi dire le commerce de toute la chrétienté (3), fut pour Florence l'occasion de pertes immenses. D'autres riches compagnies entraînées dans la crise déposèrent leur bilan. J. Villani cite les compagnies des Acciajuoli, desBuonacorsi, des Cocchi, des Antellezi, des Corsini , des Castellani, des Perondoli (4). C'étaient les premiers noms de Florence dans le commerce et dans l'état. 1 )'autres compagnies moins importantes (5), plusieurs marchands opérant en nom singulier, dont les fonds étaient engagés dans ces grandes maisons, faillirent à leur tour. La catastrophe fut affreuse. L'argent disparut.

(1) C'était une grande folie à eux, dit J. Viilani, d'avoir mis d'aussi grandes sommes sur une seule tête. Et notez que la plus grande partie de cet argent {da maggior parie) n'était pas à ces Compagnies. Anzi (jii axeano in accomandà e in deposito di più cUtadini e forestier i. (Loc. eit.)

(2) « îd. E per aggiunto del maie délie dette Compagnie, il re di Fran- «iia fece pigliare in Parigi e per tutto il reame, i /;»ro Compagni e cose, e mercatanzie, etc. »

(3) Pero che fallite le dette due colonne, che per le loro potenzia, quando erano in buono stato, conducevano colli loro gran traffichi, grau partH del traffico délia mercatanzia dei cristiani, ed erano quasi un aïimenio, etc. {id.)

C4) Lib. XI, c. 137, et lib. XII, e. »4.

(5) Più altre piccole Compagnie altre Compagnie niinure, e sin-

golari. c'havcano il loro nei Bardi, et in Peruzi e negli alîri falliti...., faHJrono. ( J. Villani, lib. Xll, c. 54.)

PRÉFACE. LXVn

Toutes choses tombèreni: à rien(i). La richesse de Floi^ence en fut j)rofondénient altérée. Aussi , les contemporains , aigris par ces pertes, blâmeut-ils avec amertume la témérité de ces marchands qui compromettaient dans des entreprises si aventureuses la fortune publique et privée (2).

Tels étaient donc les risques auxquels était soumis le commerce de banque. A un jeu où il y avait tant à perdre, il fallait aussi qu'il y eût beaucoup à gagner. Au reste, nous ne pensons pas que, tout compte fait des succès et des désastres commerciaux , le calcul des probabilités ait tourné contre l'italie. Ce pays était et a été longtemps le plus riche en numéraire (3) et le plus avancé en civilisation.

Ce qu'il y a de certain, c'est que ses marchands cosmopolites ont fondé en France et ailleurs les grands principes du crédit commercial ; c'est que notre moyen âge leur doit les notions du change de place en place , largement comprises et pratiquées ; c'est qu'ils donnèrent au négoce une variété de moyens et d'expédients , une supériorité d'action qu'il n'avait jamais eues avant eux ; c'est que, dans des siècles d'ignorance financière et de mauvaise foi, ils surent, par leurs conceptions habiles, par leurs correspondances multipliées, par leurs virements ingénieux, mettre le commerce autant à l'abri qu'il était possible des dangers

(1) II!., lib. XI, c. 137.

(2) Id., lib. XI, c. 87 ; lib. XII, c. G4.

(3) Scaccia, § I, q. 7.

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