XCVI PRÉFACE
prise; mais déjà, au xiv*' siècle, la ville de Florence tout entière était commanditaire de quelques négociants qui poussèrent aussi loin que possible le génie des entreprises ! !
Puis, si nos spéculations sont mauvaises, si nous avons été téméraires , imprévoyants ou crédules , nous tourmentons le législateur de nos réclamations tracassières; nous lui demandons des prohibitions, des nullités. Dans notre manie de tout réglementer, même ce qui est déjà codifié ; de tout enchaîner par des textes revus, corrigés et augmentés ; de tout administrer, même les chances et les revers du commerce, nous nous écrions, au milieu de tant de lois existantes : Il y a quelque chose àf aire. En cela encore nous ne sommes qu'imitateurs. Qu'on lise le mémoire de d'Aguesseau sur le commerce des actions. Il fut écrit sous le coup de la tempête, et porte l'empreinte de la frayeur. L'illustre auteur aurait pu se plaindre sans doute de ce que ce commerce , réglé dans d'autres pays par de bonnes lois, avait été livré par l'incurie du régent à toute la licence d'un jeu effronté. Mais d'Aguesseau se laisse entraîner à des idées plus tranchantes , et ses principes vont jusqu'à l'abolition même du commerce des actions ; en sorte que si l'on eût dû les prendre à la lettre, il aurait fallu fermer la bourse d'Amsterdam , et ruiner le crédit de la Hollande. Bien plus ! à l'heure qu'il est , il faudrait murer les portes de la Bourse de Paris, ce soutien nécessaire du crédit français.
Tels sont les dangers des résolutions prises pendant la pauique. Ainsi ne faisaient pas nos