‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 144 sur 235 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Or, moins les volontés particulières se rapportent (*) à la volonté générale, c'est-à-dire les mœurs aux lois, plus la force réprimante doit augmenter. Donc le gouvernement, pour être bon, doit être relativement plus fort à mesure que le peuple est plus nombreux.

D'un autre côté, l'agrandissement de TEtat donnant aux dépositaires de l'autorité publique plus de tentations et de moyens d'abuser de leur pouvoir, plus le gouvernement doit avorr de force pour contenir le peuple, plus le souverain doit en avoir à son tour pour contenir le gouvernement. Je ne parle pas ici d'une force absolue, mais de la force relative des diverses parties de l'Etat (^).

Il suit de ce double rapport que la proportion con-

fie la relation de deux quantités dont l'une est divisée par

l'autre (exemple : ), rapport dans la valeur absolue est expri-

mée par le quotient (exemple: -— ^ 3), que Rousseau appelle

ici exposant (au xviu« siècle, on disait que 3 est Vexposant de

12 \ —«•' ; — 2° au sens vague et courant, on dit que deux choses

ont du rapport, ou sont en rapport, quand elles se ressemblent. — Or, plus les deux termes d'un rapport sont différents, plus est grand le quotient qui mesure ce rapport. Il y a donc désaccord entre le langage commun et le langage mathématique.

1. Ici, le mot est pris dans l'acception courante. Moins il y a de ressemblance entre la volonté générale du souverain, s'exprimant par la loi, et la volonté particulière du sujet, s'exprimant par sa conduite habituelle ou ses mœurs, plus la première doit être puissante pour contenir et diriger la seconde,

2. Peu importe la force absolue, c'est-à-dire la quantité de puissance réellement possédée par S, E et G ; ce qui est nécessaire, c'est que le rapport de ces forces soit tel que le souverain se trouve toujours d'autant plus armé contre le gouvernement que celui-ci est plus armé contre les sujets.

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tinue entre le souverain, le prince et le peuple, n'est point une idée arbitraire, mais une conséquence nécessaire de la nature du corps politique (*). Il suit encore que l'un des extrêmes, savoir le peuple, comme sujet, étant fixe et représenté par l'unité, toutes les fois que la raison doublée augmente ou diminue, la raison simple augmente ou diminue semblablement, et que par conséquent le moyen terme est changé (*). Ce qui fait voir qu'il n'y a pas une constitution du gouvernement unique et absolue, mais qu'il peut y avoir autant de gouvernements différents en nature que d'Etats différents en grandeur.

Si, tournant ce système en ridicule, on disait que, pour trouver cette moyenne proportionnelle et former le corps du gouvernement, il ne faut, selon moi, que tirer la racine carrée du nombre du peuple (^), je répondrais que je ne prends ici ce nombre que pour un exemple ; que les rapports dont je parle ne se mesurent pas seulement par le nombre des

1. La relation qui existe entre S, E et G résulte de la nature des choses et des conditions nécessaires au fonctionnement de tout corps politique : la forme d'un gouvernement n'a donc rien d'arbitraire.

2. < La raison ou le rapport doublé, c'est celui qui résulte de

la multiplication de deux, rapports égaux, dont chacun est dit

rapport ou raison simple » (Arilhmélique de Bezout, cité par

M. Brunel. Rev. d'hist, lill. de la Fr., juillet 1904)- Donc, étant

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