‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 145 sur 235 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

hommes, mais en général par la quantité d'action, laquelle se combine par des multitudes de causes ; qu'au reste, si, pour m'exprimer en moins de paroles, j'emprunte un moment des termes de géométrie, je n'ignore pas cependant que la précision géométrique n'a point lieu dans les quantités morales. Le gouvernement est en petit ce que le corps politique qui le renferme est en grand. C'est une personne morale douée de certaines facultés, active comme le souverain, passive comme l'Etat, et qu'on peut décomposer en d'autres rapports semblables ; d'où naît, par conséquent, une nouvelle proportion ; une autre encore dans celle-ci, selon l'ordre des tribunaux (*), jusqu'à ce qu'on arrive à un moyen terme indivisible, c'est-à-dire à un seul chef ou magistrat suprême, qu'on peut se représenter, au milieu de cette progression, comme l'unité entre la série des fractions et celle des nombres (*).

1, Le corps des magistrats est en effet décomposé en un grand nombre de groupes ou de tribunaux subordonnés les uns aux autres et dont chacun reçoit d'en haut une quantité déterminée de puissance qu'il applique en bas. Le même symbolisme mathématique pourrait donc s'appliquer aussi à ces rela-

G G' tions multiples et complexes. On pourrait écrire -rr, =t;-'

2. Si nous considérons le pouvoir exécutif comme rassemblé dans un unique magistrat suprême, G = 1, et nous avons alors,

G /-i Si

au lieu des rapports -— et -=r, les deux rapports — et — • '^ G E ^^ 1 E

Ces rapports seraient égaux si le peuple ne comptait qu'un seul citoyen, car alors S = I et, par suite; E a: I. Mais à mesure qu'augmente le nombre des citoyens et qu'augmente par suite la puissance du prince, chaque sujet reçoit de cette

Sans nous embarrasser dans celte multiplication de termes, contentons-nous de considérer le gouvernement comme un nouveau corps dans l'Etat, distinct du peuple et du souverain, et intermédiaire entre l'un et l'autre.

Il y a cette ditîérence essentielle entre ces deux corps, que l'Etat existe par lui-même, et que le gouvernement n'existe que par le souverain. Ainsi la volonté dominante du prince n'est ou ne doit être que la volonté générale ou la loi ; sa force n'est que la force publique concentrée en lui : sitôt qu'il veut tirer de lui-même quelque acte absolu et indépendant, la liaison du tout commence à se relâcher. S'il arrivait enfin que le prince eût une volonté particulière plus active que celle du souverain, et qu'il usât, pour obéir à cette volonté particulière, de la force publique qui est dans ses mains, en sorte qu'on eût, pour ainsi dire, deux souverains, l'un de droit et l'autre de fait, à l'instant l'union sociale s'évanouirait, et le corps politique serait dissous (*■).

puissance une fraction d'autant plus petite. Dans un État de

2 citoyens, — exprimerait le rapport numérique du souverain

au prince, et — le rapport du prince aux sujets. Si S prend

successivement les valeurs 3, 10.000, etc., on aura — et — >

et ' etc. Les deux rapports de notre ancienne pro-

portion s'éloignent donc de plus en plus l'un de l'autre, comme la série des nombres entiers et la série des nombres fractionnaires, tandis que le prince reste égal à lunité.

1. Si le prince détournait, pour son propre intérêt, une partie de la puissance qui ne lui est confiée que dans rintérêt

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