‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 19 sur 235 · i, III · texte numérisé non relu

i, III

pas aux individus la commune liberté qu'exige le droit naturel, s'il ne leur attribuait pas à tous une part égale de droits civils. Il faut efTacer d'abord, ou du moins oublier, les iaé^^alités naturelles, de môme qu'il faudra plus tard restreindre et combattre les privilèges sociaux. « C'est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l'égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir (^). »

Puis, c'est une nécessité absolue, une condition de l'ordre public, de la force, de la vie, du bon fonctionnement du corps politique. Si les individus, au lieu de se dépouiller totalement, conservaient en effet, après le pacte, quelques-uns de leurs droits naturels, ceux-ci ne pourraient leur être garantis par la société qui ne les aurait pas reconnus. Pour une partie de ses actions, l'individu serait en dehors de la loi. Dès lors, des conflits inévitables se produiraient sans cesse : l'individu invoquerait ses droits naturels pour résister aux légitimes commandements de l'État, ou l'Etat abuserait de sa puissance pour enlever aux individus toute liberté ; ce serait la tyrannie ou l'anarchie. « Le conflit des hommes et des lois, qui met l'État dans une guerre intestine continuelle, est le pire de tous les états politiques('). »Donc, point de droit qui ne soit reconnu par la volonté générale et garanti par elle. Le pacte social abolit totalement tous les droits naturels pour y substituer des droits civils.

Mais cette aliénation totale est surtout la condition de la liberté même. « Chacun se donnant à tous ne se donne à personne; on gagne l'équivalent de tout ce qu'on perd et plus de force pour conserver ce qu'on a. » L'individu ne se donne tout entier que pour être libre, « aussi libre qu'auparavant (^) ». — C'est ici la difficulté

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