‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 20 sur 235 · C. s., l, VI · texte numérisé non relu

C. s., l, VI

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principale du système de Rousseau : c'est contre cette proposition paradoxale que se sont acharnés les critiques; c'est pour la justifier que Rousseau a construit sa sulDtile et profonde théorie de la volonté générale et de la loi.

§ 4. — L'individu et l'état ; la volonté générale

ET LA loi

Toute théorie politique qui admet un contrat social aboutit nécessairement au problème des droits respectifs de l'individu et de l'État. Si c'est en effet une convention — expresse ou implicite — des citoyens qui fonde la société et confère à l'État sa puissance, on en vient toujours à se demander quelle est, après le pacte, la condition des contractants vis-à-vis des autorités qu'ils ont eux-mêmes instituées. Les individus se sontils totalement dépouillés en faveur du « prince (^) », désormais armé d'une autorité souveraine? — telle était, malgré quelques atténuations, la théorie de Hobbes. — Les contractants se sont-ils au contraire réservé des droits individuels, placés en dehors de l'autorité de l'État et plus ou moins solidement garantis contre ses empiétements, et n'ont-ils confié au prince qu'une puissance conditionnelle et limitée? — telle était la théorie de la plupart des partisans de^'idée de contrat(*), notamment de Locke et de Jurieu. — Laquelle de ces deux solutions adopte Rousseau? Quelques critiques lui ont attribué la première, d'autres la seconde ; mais comme on trouve côte à côte, dans les mêmes chapi-

1. Je prends ce mot au sens de Rousseau, comme désignant le gouvernement, quel qu'il soit. Cf. G. s., III, i.

2, Cf. Giçrke, Allhusiu$i II, ii, p. 165 et suiv.

très du Con^ra^50cia/(*),raffîrmation des droits naturels et imprescriptibles de l'individu et raffirmation de la toute-puissance de l'État, on a le plus souvent accusé Rousseau d'avoir simplement juxtaposé les deux thèses contradictoires (';. Or il les rejette en réalité toutes les deux et c'est une troisième, plus complexe et plus originale, qu'il prétend nous apporter.

Le peuple, dans son système, n'a pas contracté avec un chef mais avec lui-même : il s'est dépouillé de tous ses droits naturels, mais seulement en faveur de la volonté générale ; il s'est engagé à obéir, mais à n'obéir qu'à la loi. Or nous allons voir — c'est la partie la plus difficile, mais la plus importante du Contrat social — que la loi, de par sa nature même et son principe, ne peut détruire la liberté individuelle, mais qu'elle en est au contraire la seule garantie réelle, pourvu seulement qu'elle émane bien de la volonté générale. L'expression de « volonté générale » a en effet, pour Rousseau, un sens très précis : cette volonté n'existe qu'à certaines conditions, et, en s'abandonnant totalement à elle, les individus ne se sont pas livrés à une puissance indôlermiiiée sans règle et sans frein.

D'abord, la volonté générale est la volonté de tous. Elle n'existe que si les citoyens ont été également et directement consultés. La souveraineté ne peut ni se déléguer, ni se diviser, ni s'aliéner : tout citoyen doit voter la loi. Sinon, il n'y a pas de loi : il n'y a plus qu'une volonté étrangère, qui peut se faire obéir par force ou par intérêt; mais, comme elle est imposée du dehors, l'homme cesse d'être libre en y obéissant. — • Sans doute, l'accord unanime est bien rarement possible, et le corps politique ne pourrait agir si l'on ne

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