‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 26 sur 235 · G. s., II, XII · texte numérisé non relu

G. s., II, XII

Rousseau avait posés pour la société (*) : les deux systèmes sont animés du même esprit, répondent aux mêmes questions et soulèvent les mêmes difficultés. Pour Kant ('), la volonté de l'individu doit être autonome et déterminer elle-même la loi à laquelle elle obéit librement : il n'y a de moralité qu'à ce prix. N'est-il pas alors à craindre que notre volonté, souveraine maîtresse de notre conduite, n'érige nos caprices ou nos passions en principes moraux? Nullement, car, pour être morale, notre volonté doit obéir à la raison : la liberté se limite donc elle-même du moment qu'elle a pour condition d'être raisonnable. La volonté morale ne peut nous commander que selon « des maximes que nous puissions ériger en lois universelles » ; elle ne peut, sans détruire ses caractères formels, méconnaître la dignité morale qui fait de l'homme « une fin et non un moyen s>. De même, la loi civile, selon Rousseau, ne peut imposer que des obligations universelles, également applicables à tous, sous peine de perdre les caractères qui lui assurent notre respect. La souveraineté populaire est limitée, comme la volonté individuelle, par la raison elle-même : elle peut bien s'en écarter en fait, mais alors il n'y a plus de droit. « Il n'y a peut-être jamais eu, dira Kant, un seul acte parfaitement moral (^). » « En examinant bien les choses, dit Rousseau, on trouverait que très peu de nations ont des lois (*). » De même que Kant détermine les conditions de la pure moralité, de même Rousseau construit une société idéale fondée sur le droit ; et tous les deux aboutissent à peu près à la même solution : il y faut deux

1. Ce rapprochement a été indiqué par M. Fouillée, L'Idée moderne du Droit, !'• partie.

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