‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 27 sur 235 · C. s., ni, XV · texte numérisé non relu

C. s., ni, XV

conditions, la volonté du sujet et l'universalité de la loi, la liberté et la raison (*).

§ 5. — Les conditions dé la volonté générale : l'organisation politique et morale.

On n'aurait donc pas sutiisamment réfuté le système de Rousseau en soutenant qu'il n'est qu'un idéal irréalisable. Mais encore faut-il examiner les moyens pratiques qu'il envisage ou qu'il propose pour rendre possible la vie de ce corps politique dont nous avons vu la constitution fondamentale.

La perfection de l'État dépend de la pureté de la volonté générale. Que tous les citoyens aient toujours en vue l'intérêt commun, et la loi ne pourra plus être oppressive: elle sera infailliblement juste, équitable, bienfaisante.C'est denc de la valeur du citoyen que dépend la valeur de la loi. Mais, à son tour, l'homme dépend ds la loi: les institutions et les mœurs doivent rendre possible, susciter, favoriser, au lieu de les corrompre,

1. Kant a exprimé d'une manière curieuse et profonde l'accord du Centrât social avec l'œuvre de Rousseau : « On peut mettre d'accord entre elles et avec la raison les assertions souvent mal comprises et en apparence contradictoires de l'illustre J.-J. Rousseau. Dans ses écrits sur l'Influence des sciences et sur Vlnégulité des hommes, il montre très justement l'inévitable conflit de la culture avec la nature du genre humain, considéré comme espèce animale.,, ; mais dans son Emile, son Centrât social et d'autres écrits, il cherche en retour à résoudre le difficile proljlème que voici : comment la culture doit se poursuivre pour développer les dispositions de l'humanité, en tant qu'espèce morale, dans le sens de leur destination, de telle sorte que l'humanité, comme espèce morale, ne soit plus en opposition avec l'humanité comme espèce naturelle... > {Miiihmasslicher Anfang der Menschengeschichle(ll%Q),éà.Yi?iV' tenstein, IV, p. 322, cité par DoÙiOs^Essai sur la formation de la morale de Kant, p. 123).

les vertus privées et publiques. Aussi l'objet essentiel de la politique sera de tendre tous les ressorts du gouvernement, d'utiliser toutes les puissances de l'éducation, de la religion et du patriotisme, en vue d'assurer chez le citoyen les qualités nécessaires à la perfection de la volonté générale.

Nul peuple ne sera libre s'il ne réussit à se donner une bonne organisation politique Assurément, « tout gouvernement légitimées! républicain »(*),et]e pouvoir de voter les lois appartient nécessairement au peuple tout entier. Mais l'organisation des magistratures chargées d'assurer le vote et l'exécution des lois est question beaucoup plus complexe et relative : elle dépend de mille conditions matérielles, psychologiques^, sociaies, par exemple, l'étendue du pays- et la densité de la population, le genre dévie, les traditions, les mœurs. Il estdoncimpossible de dire a/jriorilequel vaut le mieux d'une monarchie, d'une aristocratie ou d'une démocratie, pour assurer l'exercice de la puissance executive. La fin qu'il s'agit toujours d'assurer, c'est la pleine exécution de la volonté générale et, pour tout le reste, la parfaite liberté des citoyens. Mais, avec chaque forme de gouvernement, des difficultés spéciales vont surgir auxquelles il faudra pourvoir par des institutions et par des lois appropriées. De là, les très subtiles et curieuses théories qui remplissent les deux derniers livres du Contrat social : il faut organiser si habilement la machine politique qu'elle ne soit vraiment mise en jeu que par la volonté générale et qu'elle ne travaille que pour le bien général ; il faut proportionner les forces du « prince » à l'étendue du territoire comme au nombre des citoyens, empêcher les abus sans affaiblir le pouvoir, détruire les associations particulières ou au contraire les multiplier, etc. Pour Rousseau non moins

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