‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 28 sur 235 · C. s.. II, VI · texte numérisé non relu

C. s.. II, VI

que pour Montesquieu, l'organisation du gouvernement est « un chef-d'œuvre de législation », Si ce chef-d'œuvre pouvait être parfait, la liberté des citoyens se trouverait, à ce point de vue, parfaitement garantie.

Aussi Rousseau s'est ingénié à analyser les principales formes politiques compatibles avec le contrat social, en s'inspirant de l'histoire grecque ou romaine autant que de son expérience personnelle, et particulièrement de ce qu'il avait vu en Suisse et à Venise. Surtout, c'est là ce qui fait l'importance du législateur, dont Rousseau s'est manifestement complu à tracer le portrait (*) : nul doute que le rôle ne l'ait vivement et longtemps tenté. « Le législateur est à tous égards un homme extraordinaire dans l'Ktat, » Il lui faut, sans aucun pouvoir propre (son emploi, « ce n'est point magistrature, ce n'est point souveraineté »), réussir à découvrir, puis à faire comprendre à « un peuple naissant » que n'a pas encore façonné la puissance des lois, enfin à faire adopter par la volonté générale librement persuadée, « les meilleures règles qui conviennent aux nations ».

La liberté politique dépend aussi des conditions matérielles et économiques. Gomme Montesquieu, Rousseau reconnaît que les institutions d'un peuple doivent être calquées sur ses conditions d'existence : ne pas suivre les indications de la nature, c'est bâtir suc le sable. Il y a même des pays si grands, ou si riches, ou au contraire si pauvres, que nulle législation, si parfaite fût-elle, n'y pourrait vraiment fonder la liberté. Mais c'est peut-être encore l'inégalité des fortunes qui est le plus grand obstacle ; car si le pauvre dépend tellement du riche qu'il en doive subir toutes les volontés, on ne trouvera dans un tel peuple que bassesse, corruption, haine et révolte, et, sous le couvert apparent des meilleures lois, un régime de guerre civile, pcraianeale et

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