‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 33 sur 235 · G. s., I, IV · texte numérisé non relu

G. s., I, IV

puisqu'ils devront obéir à des volontés étrangères sans avoir été consultés. Ce droit est proprement la liberté politique.

La liberté suppose ensuite Tégalité de tous devant la loi. Le citoyen doit obéir à toute loi, mais il ne doit obéir qu'à la loi, et la loi doit être également appliquée à tous. Par suite, chacun est maître de sa personne et de ses actions dans les limites établies par la loi. Et personne n'a intérêt à resserrer ces limites au delà du nécessaire^ puisque l'activité de chacun doit nécessairement être bornée par elles. L'égalité de tous devant la loi est donc la garantie de la liberté civile.

Ainsi la liberté, selon Rousseau, se ramène en fait à une double égalité, l'égalité politique et l'égalité civile. Un peuple libre, c'est un peuple où tous commandent, mais où chacun n'obéit qu'à tous. Est-ce là une liberté véritable ?

Benjamin Constant, qui, bien plus encore que Montesquieu, a fondé la doctrine qu'on appelle aujourd'hui le libéralisme, reproche à Rousseau d'avoir transporté « dans nos temps modernes une étendue de pouvoir social, de souveraineté collective, qui appartenait à d'autres siècles >, et à la « liberté des anciens », qui consistait dans « le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie », il oppose la conception des modernes, qui ont pour but « la sécurité dans les jouissances privées et nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances (*) ». Il est certain qu'une telle formule contraste étrangement avec le style plus haut du citoyen de Genève : il n'y aurait pas reconnu la « fîère et sainte liberté (*) » qu'il

1. Benjamin Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes (discours prononcé en 1819), t. H, p. 537 et suiv.

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