Consid. sur le gouv, de Pologne^ eh. vi, p
voulait établir dans sa république. Mais la question est de savoir si en effet Rousseau a sacrifié la liberté civile à la liberté politique, et si, en fondant la première sur la seconde, il a, involontairement mais nécessairement, détruit la première.
Bien au contraire, Rousseau me paraît avoir irréfutablement démontré que la liberté civile ne peut avoir d'autre garantie solide et durable que la liberté politique. Les intérêts d'un maître ne peuvent jamais tellement se confondre avec ceux de ses sujets que nous puissions nous en rapporter à lui du soin de veiller à nos intérêts et de nous assurer le bien-être et l'indépendance (*). Si l'on supprime la liberté politique, le but de l'État ne peut plus être « celui de la félicité publique (2) » : il devient aussitôt l'intérêt de ceux qui ont reçu pouvoir de vouloir au nom de tous. La participation égale de tous à la souveraineté est donc l'unique moyen d'assurer que l'État aura pour fin le bien de tous. Benjamin Constant lui-même est obligé de reconnaître que si « la liberté individuelle (est) la véritable liberté moderne, la liberté politique en est la garantie » et est « par conséquent indispensable (') >. On pourra bien discuter sur les meilleurs moyens d'exercer celleci, il ne saurait être question d'y renoncer: elle reste aussi essentielle aux modernes qu'elle a jamais pu l'être aux anciens, parce qu'elle est la condition première de toute liberté réelle. En en proclamant à nouveau la légitimité et la nécessité, Rousseau ne commet donc pas un anachronisme: il substitue seulement au principe d'autorité la raison et la justice et retrouve, à cette lumière, les droits politiques oubliés.
Mais la liberté civile, quelle en est la garantie?