Op. cit., p
Rousseau a répondu : l'égalité de tous devant la loi et l'intérêt même du peuple souverain. Il est impossible que,« sous la loi de raison »,les citoyens puissent vouloir exercer leur puissance collective au delà des limites strictement nécessaires, puisqu'ils en pâtiraient tous également. L'individu, en s'abandonnant à l'État, reste protégé contre lui par la raison : il suffit que les hommes soient, non pas désintéressés, mais seulement raisonnables et soucieux du bien public, dont dépend le bien particulier de chacun (*), pour que la liberté individuelle se trouve assurée, dans la mesure oii elle est légitime et nécessaire.
Ces garanties ont paru insuffisantes à la plupart des critiques de Rousseau. L'infaillibilité qu'il attribue à la volonté générale ne les a pas rassurés sur l'usage que pourrait faire de sa toute-puissance le peuple souverain. Le peuple, dit Rousseau, ne peut édicter que des lois générales : mais, comme ou l'ajustement remarqué ('), il est assez facile de donner aux mesures en réalité les plus spéciales une apparence générale ; on peut viser les gens sans les appeler par leur nom, et une majorité sans scrupules pourrait légalement dépouiller des droits les plus essentiels une minorité réellement esclave, qui n'en garderait pas moins, avec le droit de vote, les apparences de la liberté. D'ailleurs il n'est pas de règle, de loi, de convention qui puisse être obligatoire pour le corps politique tout entier vis-à-vis de lui-même, « pas même le contrat social » : les limites qu'avait tracées Rousseau restent donc absolument idéales, autant dire illusoires, et la majorité pourra toujours les abroger dès qu'elle le voudra.
Toutes ces conséquences sont parfaitement logiques